24 mai 2017

Maladies des céréales à paille

Un climat humide autour de la floraison favorise les fusarioses

Les fusarioses des épis provoquent une nécrose précoce d’un ou plusieurs épillets suivie le plus souvent d’un échaudage de l’épi. Certaines espèces sont capables de produire des mycotoxines comme le déoxynivalénol (DON) dont la teneur dans le grain est réglementée. Un climat humide à partir de l’épiaison et pendant la floraison favorise leur développement.



Le risque d’apparition des fusarioses sur les épis de blé résulte d’une combinaison de trois facteurs :

  Une forte humidité ou des épisodes pluvieux autour du stade floraison. 40 mm de pluies à cette période augmente considérablement le risque.
  La présence sur le sol de résidus de culture contaminés.
  La sensibilité des variétés aux fusarioses.

Il est donc primordial d’observer le climat à l’approche de la floraison pour évaluer au mieux le risque fusariose final. La période de floraison s'achève dans les régions les plus méridionales et devrait s’étaler jusqu’à début juin pour les régions les plus septentrionales. Pour des informations plus précises sur les stades actuels des blés, consultez le Bulletin de Santé du Végétal de votre région.

Sommaire

Deux genres et un complexe de différentes espèces

Les symptômes apparaissent après la floraison

Minimiser le risque fusariose

Des fongicides peu efficaces


Deux genres et un complexe de différentes espèces

Figure 1 : Genres et principales espèces de fusarioses de l’épi rencontrées pour les céréales à paille.

Genre

Fusarium

Microdochium

Espèce

F. graminearum, F. culmorum, F. tricinctum, F. poae, F. avenaceum, F. langsethiae, F. sporotrichioïdes

M. majus, M.nivale


F. graminearum est l’espèce la plus problématique car elle est capable de produire des mycotoxines dont le déoxynivalénol (DON). F.culmorum peut aussi produire du DON mais sa présence est très secondaire en France.


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Les symptômes apparaissent après la floraison

Les fusarioses (dues à F.graminearum, F.culmorum, Microdochium majus et Microdochium nivale) provoquent  différents symptômes :

  Les premiers symptômes sur épi apparaissent généralement 2 à 3 semaines après la floraison. Ils se traduisent par une décoloration progressive d’un ou plusieurs épillets. A ce stade, écarter la glume et la glumelle permet de constater plus aisément la contamination de l’épillet, parfois associée à une auréole brune.

  Les symptômes évoluent ensuite et s’étendent aux épillets voisins, voire à l’ensemble de l’épi lorsque le champignon envahit le système vasculaire de l’épi (cas de F. graminearum).

Le col de l’épi présente parfois un brunissement, correspondant à la progression descendante du champignon via le système vasculaire, de F. graminearum issu d’une contamination de l’epi. Microdochium spp. ne produit pas ce type de symptômes.



Les symptômes sur épi ne permettent pas d’identifier précisément l’espèce de fusariose responsable, tout au plus ils fournissent des indices. La présence de taches de Microdochium spp sur feuilles, est un bon indice de présence sur épi.  Pour un diagnostic formel, une analyse microbiologique ou moléculaire est nécessaire.

Les pertes de rendement peuvent aller de 30 à 70 % selon la gravité des attaques. Elles sont à mettre en lien avec la nécrose des grains attaqués et l'échaudage des grains issus des épis attaqués. D’autre part, une diminution de qualité boulangère des blés tendres est souvent constatée, tout comme de la moucheture sur blé dur. Enfin, F. graminearum et F.culmorum sont capables de produire des mycotoxines dans les grains, et plus particulièrement du déoxynivalénol (DON) toxique pour l’homme et le porc. La concentration de DON pour l’alimentation humaine ne doit pas dépasser la limite maximale réglementaire de 1250 µg/kg. Il est donc impératif de maîtriser le risque DON. A noter qu'en blé dur, cette limite maximale est portée à 1750 µg/kg.


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Minimiser le risque fusariose

Le principal facteur favorisant de la maladie est le climat. Une forte humidité ou un temps pluvieux durant la période de floraison (+/- 7 jours) augmente sensiblement le risque. Pour cette raison, il convient de ne pas irriguer le blé pendant une durée de 8 jours après la sortie des étamines, sauf en cas d'ensoleillement important, limitant le taux d'humidité au niveau de l'épi. La nature du précédent et le type de travail du sol ont également une grande importance dans la maîtrise du risque d’infection par les fusarioses. Les systèmes en non-labour sont les plus exposés car ils laissent en surface des résidus potentiellement contaminés. Le risque est encore plus grand s’il s’agit de précédent maïs ou sorgho. Enfin, des variétés sensibles aux fusarioses seront naturellement plus affectées en cas d’attaques.

Aujourd’hui, aucune variété de céréales d’hiver n’est totalement résistante à Fusarium graminearum. Bien que le nombre de variétés peu sensibles augmente, il reste limité. De fait, c’est la combinaison des facteurs qui permet de limiter le risque : gestion des résidus de précédent, choix variétal, protection fongicide à la floraison.



ARVALIS – Institut du végétal propose depuis quelques années une grille d’évaluation du risque DON à la parcelle (figure 2).


Figure 2 : Grille d’évaluation du risque d’accumulation du déoxynivalénol (DON) dans le grain de blé tendre et d’aide au traitement contre la fusariose sur épi (Fusarium graminearum).
La partie agronomique de la grille peut être utilisée pour le triticale.



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Recommandations associées à chaque niveau de risque :

  1 et 2 : Le risque fusariose est minimum et présage d’une bonne qualité sanitaire du grain vis-à-vis de la teneur en DON. Pas de traitement spécifique vis-à-vis des fusarioses quelles que soient les conditions climatiques.

  3 : Le risque peut être encore minimisé en choisissant une variété moins sensible. Traiter spécifiquement vis-à-vis des fusarioses en cas de climat humide (cumul de pluie > 40 mm pendant la période entourant la floraison).

  4 et 5 : Il est préférable d’implanter une variété moins sensible ou de réaliser un labour pour revenir à un niveau de risque inférieur. A défaut, effectuer un broyage le plus fin possible et une incorporation des résidus rapidement après la récolte. Pour ces deux niveaux de risque, envisager un traitement spécifique vis-à-vis des fusarioses, sauf si le climat est très sec pendant la période de floraison (cumul de pluie < 10 mm pendant les +/- 7 jours entourant la floraison).

  6 et 7 : Modifier le système de culture pour revenir à un niveau de risque inférieur. Labourer ou réaliser un broyage le plus fin possible des résidus de culture avec une incorporation rapidement après la récolte sont les solutions techniques les plus efficaces et qui doivent être considérées avant toute autre solution. Choisir une variété peu sensible à la fusariose. Traiter systématiquement.


Figure 3 : Classement des variétés de blé tendre selon leur résistance au risque DON (F.graminearum) – échelle 2016 - 2017

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Sur triticale, la gestion du risque fusariose se raisonne de la même manière que sur le blé. Avec le travail du sol et la rotation, la sensibilité variétale constitue un facteur important de présence du risque de mycotoxines. Mais les variétés de triticale peu sensibles sont rares. Pour décider d’une intervention fongicide, se reporter à la grille de risque blé tendre.


Figure 4 : Echelle de sensibilité des variétés de triticale au risque DON* (Fusariose graminearum) - échelle 2016/2017


Comme pour le blé tendre, une grille d’évaluation du risque DON à la parcelle est disponible sur blé dur (figure 5). Même s’il existe une petite variabilité de résistance des variétés à Fusarium graminearum et aux DON, les niveaux de sensibilité des variétés de blé dur ne permettent pas aujourd’hui de s’affranchir d’une protection fongicide des épis (figure 6).


Figure 5
 : Classement des variétés de blé dur par rapport à la tolérance à la fusariose des épis – Synthèse pluriannuelle nationale (2005-2015)


Comme pour le blé tendre, une grille d’évaluation du risque DON à la parcelle est disponible sur blé dur.


Figure 6 : Grille d’évaluation du risque DON à la parcelle sur blé dur


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Des fongicides peu efficaces

Les traitements fongicides sont un ultime recours mais sont loin d’être totalement efficaces. En effet, les protections fongicides atteignent dans le meilleur des cas 60 à 70 % d’efficacité. Ils doivent impérativement être réalisés préventivement. Si des symptômes sont visibles, il est trop tard pour traiter. Le stade de la céréale le plus sensible est le stade floraison. La présence de  pollens favorise en effet la contamination pour les Fusariums. Elles interviennent généralement après la pluie. Le risque climatique devient en effet très élevé dès que le nombre de jour de pluie supérieur à 1mm dépasse 4 j ou que la somme des pluies augmente.

Parmi les  substances actives les plus efficaces, le prothioconazole est la seule à présenter une grande polyvalence sur les principales espèces du complexe des fusarioses. Elle est généralement proposée sous le nom commercial de Prosaro (ou Piano), Kestrel (ou Onnel) ou Fandango S (Foster).

D’autres spécialités à base de tébuconazole ou de metconazole permettent également de lutter efficacement contre F. graminearum, mais présentent un intérêt plus limité sur les espèces du genre Microdochium, il est vrai moins fréquent. Enfin le prochloraze, le methylthiophanate et la dimoxystrobine, utilisés le plus souvent en mélange,  complètent la liste des molécules actives sur ces cibles.

Connaître tous les moyens de lutte prophylactiques contre les fusarioses


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Philippe DU CHEYRON, Jean-Yves MAUFRAS (ARVALIS - Institut du végétal)

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