1 septembre 2015

Tabac Virginie

Stopper le séchage pour une couleur spécifique et une teneur en sucres élevée

Au-delà du processus physique d’évacuation de l’eau, des transformations biochimiques interviennent dans le tissu végétal lors du séchage. Ces réactions ne peuvent se produire que si la feuille est toujours vivante. Le meilleur indicateur de leur déroulement est l’évolution de la coloration. Pour du tabac virginie, le processus de séchage doit être stoppé dès le jaunissement des feuilles, synonyme de teneurs en sucres élevée.

 Qu’attend-on d’un Virginie de remplissage ?

Les caractéristiques d’un Virginie de remplissage se construisent pour partie au champ :
- des tissus souples et nourris, une bonne combustibilité,
- une composition chimique (chlorures, alcaloïdes et TSNA) compatible avec le remplissage des cigarettes.

D’autres sont conditionnées au séchage :
- une coloration jaune uniforme assez chaude,
- un arôme agréable (taux de sucres conséquent dans le tabac sec).



La maturité des feuilles au champ : ça se voit

La dessiccation n’est qu’une étape du processus de production. Elle permet d’exprimer (ou non) la qualité du produit final, qui s’est constituée au champ. Aucune technique de séchage, aussi élaborée soit-elle, ne permettra de corriger un problème de maturité ou un non-respect de l’homogénéité dans l’étage récolté.

Les signes de maturité à la parcelle sont :
- une légère décoloration du limbe de la feuille, avec apparition de marbrures jaune-vert,
- un blanchiment des nervures,
- un épaississement des tissus qui deviennent gaufrés et gommeux,
- un port des feuilles plus retombant.

Des précautions à prendre au four

Avant la campagne de séchage, il est bon d’effectuer une « remise en route » des fours : faire intervenir un professionnel pour le réglage des brûleurs, s’assurer que la courroie de la ventilation est en bon état, et vérifier l’état général du four.

La température et l’hygrométrie de l’air dans le four sont les deux paramètres prépondérants pour créer une ambiance propice à la bonne évolution du Virginie. La vérification du bon fonctionnement des sondes de mesure est indispensable pour piloter son séchage sur des valeurs fiables.

Que ce soit en peignes ou en containers, il faut apporter un soin particulier au remplissage du four. Les feuilles doivent être réparties de manière homogène : sans masse compacte et en évitant tout passage préférentiel de l’air. Il faut, en particulier, bloquer tout passage de l’air hors du tabac.

Faire transpirer le tabac au début, pour qu’il soit mieux disposé à libérer son eau à la fin






Jaunissement

Qu’est-ce qui se passe ?

Dans les cellules vivantes du tabac, la chlorophylle est dégradée et l’amidon se transforme en sucres simples.
On commence à évacuer l’eau libre (facilement évaporable).

Qu’est-ce qui peut arriver ?

• Tabac tacheté /pintadé :
Ce défaut est observé uniquement sur feuilles basses « claquées » (sur mûres, tissus fins et aqueux). Le jaunissement a été réalisé à une température trop basse (palier à 32-34°C).
L’eau a été évacuée trop lentement en fixation (ventilation insuffisante / hygrométrie reste trop élevée).

Fixation en vert
Ce défaut peut avoir une cause agronomique (manque de maturité ou tabac sur-azoté).
Au séchage, cet accident est lié à une atmosphère trop sèche (H < 75%) et/ou trop chaude (T° > 42°C) durant le jaunissement.
Vérifier si le four n’a pas des problèmes d’étanchéité ou si la ventilation n’est pas trop forte.

Tabac gris
Ce défaut peut avoir une cause agronomique (tabacs vieillis, arrière-saison froide, intoxication fer –manganèse à pH faible…).
Au séchage, le jaunissement a duré trop longtemps, à des températures trop basses (palier inférieur à 36°C).

Brunissement
Le tabac est resté trop longtemps en jaunissement et les sucres ont été dégradés.

Fixation de la couleur – Séchage du limbe

Qu’est-ce qui se passe ?

On stoppe l’activité cellulaire pour fixer la coloration jaune et pour empêcher la dégradation des sucres.
L’évacuation de l’eau libre se poursuit et on commence à évaporer l’eau liée (moins facilement accessible).

Qu’est-ce qui peut arriver ?

Brunissement
Ce défaut est dû à un déclenchement de la fixation, avec un excès d’hygrométrie dans le four (supérieure à 75 %).

Run back (retour d’eau des nervures vers le limbe, en liseré)
En fin de fixation, ce défaut intervient si on commence la réduction de la nervure principale, alors que les nervures secondaires ne sont pas sèches. Il peut aussi se produire si les volets d’admission d’air ont été fermés trop tôt (maintien d’une hygrométrie élevée) ou s’il y a eu une baisse de température intempestive.
Attention, le run back, suivant son origine, peut ne pas être visible à la sortie du four, mais apparaître seulement après conditionnement.

Réduction des côtes

⇒ Qu’est-ce qui se passe ?

On évacue l’eau liée de la nervure principale, la plus difficile à évaporer.

Qu’est-ce qui peut arriver ?

Tabac rouge - scorched
Ce défaut est lié à une caramélisation des sucres en fin de réduction, si la température est trop élevée (>72°C).

Réhumidification

Qu’est ce qui se passe ?

On veut réassouplir le tabac pour qu’il soit manipulable.

Que dois-je faire ?

Il faut abaisser la température du tabac aux environs de 30°C, avant de procéder à la réhumidification.

Qu’est-ce que je risque ?

Tabac rouge
Ce défaut apparaît si on injecte de l’humidité alors que la masse de tabac est encore chaude (>30°C).

Régulations et automates pour gérer au plus près

Le fonctionnement du four peut être géré manuellement ou en automatique. Un système de régulation réagira instantanément dès la consigne atteinte. En automatique, sous réserve que les sondes soient en bon état de fonctionnement, la gestion du four sera donc optimisée. Par conséquent, la consommation d’énergie sera mieux contrôlée.

En régulation simple (boîtier Digiter, delta T…), les paramètres dans le four seront gérés indépendamment. Un automate, quant à lui, contrôlera plusieurs paramètres en même temps (température sèche, hygrométrie, …), par l’intermédiaire de règles de priorisation. La mise en place d’un automate s’accompagne également d’une gestion proportionnelle du volet d’admission d’air, ce qui permet de limiter des refroidissements intempestifs de la masse de tabac. Les automates de séchage permettront donc une gestion plus fine du cycle que les régulations simples, avec un impact sur la consommation d’énergie mais également sur la « matière » tabac.

Des outils pour prendre du recul sur sa technique de séchage

Les automates offrent enfin la possibilité de visualiser en temps réel et d’enregistrer l’évolution de la température et de l’hygrométrie dans le four. L’utilisateur peut, ainsi, réellement appréhender ce qui se passe (s’est passé) dans l’enceinte de séchage : visualisation de pannes difficilement détectables autrement (ex : brûleurs défectueux), meilleure compréhension du lien entre consignes paramétrées et évolution réelle dans le four… Autant d’atouts, pour prendre du recul sur sa technique de séchage.

A noter qu’à moindre coût, il est possible d’acquérir des dispositifs qui enregistrent température et hygrométrie. Ces enregistreurs sont mis en place au remplissage du four, pour la durée du cycle de séchage. Ils seront ensuite branchés directement sur un ordinateur de bureau et permettront d’afficher, sous forme de courbes, l’évolution de la température et de l’hygrométrie dans l’enceinte, a posteriori. Des erreurs dans la stratégie de séchage pourront donc être corrigées dès la fournée suivante.

Les idées clés à retenir pour obtenir un Virginie sec de qualité avec un cycle de séchage économe en énergie

• Récolter des feuilles mûres et remplir son four de manière homogène, sans passage préférentiel de l’air.
• Ne pas appliquer de courbe « toute faite », mais observer son tabac et son évolution dans le four.
• Raisonner le choix de montée en température pour un bon compromis entre durée du cycle et coût en énergie.
• Faire « transpirer » le Virginie au début (0,5°C/h à volet fermé), pour qu’il libère son eau facilement et pour pouvoir terminer le cycle à des températures inférieures à 70°C.
• Ne pas effectuer systématiquement les paliers. Passer à la phase suivante dès que le tabac présente les signes recherchés.

Maud DELAVAUD (ANITTA)

Mots-clés

Réagissez !

Note globale :
  • (Aucun vote)
Commentaires

aucun commentaire pour l'instant

Merci de vous identifier pour commenter et noter cet article