5 janvier 2017

Fertilisation du blé tendre

Besoins unitaires en azote des variétés : de nouvelles références pour assurer rendement et protéines

Afin de répondre aux enjeux de la qualité du blé tendre dans les filières de production en termes de teneur en protéines du grain, ARVALIS - Institut du végétal a revu la méthode de détermination du besoin unitaire en azote des variétés. Celui-ci intègre désormais un objectif protéines et permet de concilier à la fois rendement et protéines.

Pour calculer la dose totale d’azote à apporter sur blé tendre, la méthode du bilan prévisionnelle s’appuie sur le besoin unitaire en azote de la variété. Ce besoin était historiquement calculé à l’optimum de rendement sans intégrer le paramètre « protéines », conduisant à trois catégories pour l’ensemble des variétés : 2,8, 3 et 3,2 kg d’azote par quintal.

Aujourd’hui, de nombreux cahiers des charges, tant pour le marché intérieur qu’à l’export, requièrent des teneurs en protéines minimales de 11,5 %.

Or, toutes les variétés n’obtiennent pas une telle teneur lorsqu’elles sont fertilisées à leur optimum « rendement » . Pour tenter d’atteindre cet objectif, ARVALIS a défini un besoin « qualité » en azote (bq) pour chaque variété.

Un complément d’azote pour les protéines

Le besoin en azote se décline dorénavant selon les deux voies :
• Si l’objectif de production est uniquement d’optimiser le rendement, alors c’est le besoin unitaire « b » associé à la variété qui doit être pris en compte dans le calcul de la dose totale à apporter.
• Si l’objectif associe un rendement optimal et une teneur en protéines d’au moins 11,5 %, c’est le nouveau « bq » qui doit être pris en compte. Il correspond au besoin unitaire pour le rendement « b » auquel s’ajoute un besoin complémentaire « bc » pour viser une teneur en protéines de 11,5 %. Le calcul du complément bc se base sur l'écart entre l’objectif (11,5 %) et les teneurs en protéines moyennes ajustées, pour chaque variété, obtenu dans nos essais de caractérisation variétale.

En cas de variété dont la teneur en protéines est trop écartée de l’objectif de 11,5 %, le complément de besoin entraînerait un complément trop élevé de la dose totale, qui aurait pour conséquence, si les conditions climatiques ne permettent pas de le valoriser, une augmentation du reliquat d’azote minéral dans le sol à la récolte. Aussi, le complément de besoin est plafonné de façon à ne pas dépasser 40 kg d’azote environ.

Adapter les pratiques de gestion de la fertilisation azotée

La prise en compte de cette majoration du besoin uniquement, sans adapter le reste de la conduite, ne permettra pas d’atteindre l’objectif assigné, et ceci d’autant plus que le contexte pédoclimatique sera peu favorable à l’obtention de teneurs en protéines élevées.

Le fractionnement de la fertilisation est la première pratique à adapter. Il convient, en particulier, de reporter la quantité d’azote correspondant au complément du besoin vers la fin de montaison, où l’apport sera le plus efficace sur l’augmentation de la teneur en protéines ; le report sera d’autant plus important que le besoin complémentaire (bc11,5) est élevé.

Un premier apport modéré en sortie d’hiver permet de mettre en réserve des apports ultérieurs plus élevés et plus favorables au rendement et à l’augmentation de la teneur en protéines.

Dans certaines situations bien définies régionalement, la quantité correspondant au complément du besoin pourra être appliquée à l’épiaison ou à la floraison ; on peut alors envisager 4 apports, dont 2 réalisés après le stade « 2 nœuds ».

Le choix de la forme d’engrais apporté, en particulier pour le ou les apports de fin de montaison, présente aussi un enjeu important. L’utilisation de la forme d’azote la moins sensible à la volatilisation est préférable.

Rappelons néanmoins la part importante du facteur climatique dans l’élaboration en fin de cycle de la teneur en protéines. Avec ces préconisations, tout est mis en œuvre pour viser cet objectif, mais le climat, en interaction avec le sol, est l’élément final le plus déterminant.

Un exemple
Pour une variété ayant un coefficient bq de 3,2 et un bc de 0,2, c’est-à-dire un besoin complémentaire de l’ordre de 20 kg N/ha, un report d’azote vers la fin de montaison, qui serait habituellement de 40 kg N/ha doit passer à 60 kg N/ha.


Tableau 1 : Besoins unitaires en azote (kg N/q) à prendre en compte par variété et par objectif de production (hors blés améliorants ou de force)

Cliquez sur l'image pour l'agrandir


Si l’objectif de production se base sur le rendement seul, utiliser « b ». Si l’objectif se base sur le rendement et les protéines, choisir « bq ».

Christine LE SOUDER, Philippe DU CHEYRON (ARVALIS - Institut du végétal)

Sur le même sujet

Mots-clés

Réagissez !

Note globale :
  • (Aucun vote)
Commentaires
  • 06/01/2017BORE
    C'est pas comme si les gens suivaient ce tableau.. 90% des agri n'en ont même pas connaissance et se fichent du PPFN.. En tous, c'est une bonne chose, surtout pour ceux qui ont des moyennes de rendement faiblardes et qui étaient condamnés à stagner surtout avec des variétés à 2.8. Il fallait presque faire son choix variétal en fonction du coeff B, mais avec cette nouveauté, ça devrait aller mieux, enfin pas sur que tout le monde la comprend, rien que pour les Farmstar, les gars se trompent également..
  • 06/01/2017GUYOT
    Oui enfin. Depuis le temps que l'on culpabilise l'agriculteur français qui n'est pas capable de produire de la protéine. Avec un "petit b" trop bas pas facile,donc au lieu de le reconnaitre simplement, voici l'usine à gaz du "nouveau calcul de la dose d'azote". En espérant au moins que celui ci soit le bon, rdv dans 10 ans....
  • 06/01/2017BARAILHE
    Enfin !

Merci de vous identifier pour commenter et noter cet article