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épis de blé dur mûr Résultats d'essais

Blé dur : quelles variétés choisir pour les prochains semis ?

25 juin 2020

En blé dur, le choix d’une variété n’est pas anodin, puisqu’il engage la conduite de la culture d’une part et le débouché d’autre part. Les expérimentations de post-inscription permettent de consolider ce choix et de mieux positionner les variétés selon leur terrain de prédilection. Revue de détails des caractéristiques agronomiques et qualitatives des dernières inscriptions et des références.

Les dernières inscriptions

Une nouvelle variété a satisfait les épreuves d’inscription du CTPS en zone Nord. Elle est actuellement en cours d’expérimentation dans le réseau de post-inscription d’ARVALIS et ses partenaires. RGT Vanur (RAGT 2019) est un blé dur demi-précoce à l’épiaison qui a réalisé des rendements en condition non traitée équivalents aux témoins Miradoux, Anvergur et RGT Voilur (100,3 %) et s’est légèrement mieux comporté en condition traitée avec 102,6 % des témoins. Le profil de résistance de Cette variété est globalement moyen, hormis pour la rouille jaune où elle obtient la bonne note de 8. Sur le plan de la qualité, la variété est classée BDC (Blé Dur Couleur) avec un gros PMG, une belle couleur jaune et un bon comportement vis-à-vis de la moucheture. Mais son taux de protéine et sa tendance au mitadinage (tous deux notés 5,5) sont moyens.

Après une année de post-inscription dans le réseau Nord, RGT Monbecur (RAGT 2018) a montré un niveau de productivité moyen : 100 % de la moyenne des variétés expérimentées en région Ouest-Océan et 98 % en région Centre - Ile-de-France. Cette variété demi-tardive à l’épiaison semble assez sensible aux principales maladies du feuillage. Néanmoins, elle se distingue sur deux points : son profil qualité est équilibré et de bon niveau. Elle est actuellement classée BDC et pourrait prétendre à la nouvelle classe Élite. Et sa qualité sanitaire est bonne puisqu’elle semble peu sensible à l’accumulation de DON (cotation de 6 à confirmer). Reconnue par les industriels, RGT Monbecur intègre la liste des Variétés Recommandées par les Semouliers et Pastiers 2020 du SIFPAF-CFSI(1)

Les variétés polyvalentes

Ces variétés ont été testées au moins 3 ans et ont un comportement suffisamment fiable pour préciser leur adaptation à différents milieux, adapter la conduite de culture en conséquence et limiter ainsi les risques d'accident.

Variété ½ précoce, Anvergur (RAGT 2013) s’est rapidement imposée comme une référence depuis son inscription. Elle combine des atouts agronomiques et une qualité supérieure aux autres variétés. Elle confirme encore en 2019 son très bon potentiel même si elle n’est plus seule en haut du podium. Elle construit son rendement avec peu d’épis très fertiles et un PMG moyen (49 g). Cela en fait une des variétés les plus souples avec une adaptation à tous les milieux. Elle est néanmoins très sensible à la verse, son principal facteur limitant en conditions de forte croissance (en Région Centre-IDF en particulier et dans les sols profonds d’Ouest-Océan). En outre, son PS un peu en retrait la fait déconseiller dans les situations à sécheresse de fin de cycle marquée (Sud-Est notamment). Sa tolérance globale aux maladies du feuillage est bonne à l’exception de la rouille brune à laquelle elle est moyennement sensible. Elle est également assez sensible à la fusariose des épis et au DON. Anvergur s’est montré assez tolérante à la mosaïque des stries en fuseaux en cas de faible attaque. Côté qualité technologique, elle est également très équilibrée : peu sensible au mitadinage, teneur en protéines correcte au vu de son potentiel, moyennement sensible à la moucheture, indice de jaune élevé.

Casteldoux (FD 2015) est une variété ½ précoce associant un bon potentiel, une qualité équilibrée, proche de celle de Miradoux, et une excellente tolérance aux rouilles. Les composantes clefs de l’élaboration de son rendement (épis/m² - grains/épi – PMG) sont toutes dans la moyenne. Moins souple qu’Anvergur, il faut lui assurer une bonne implantation pour qu’elle produise une densité d’épis suffisante. Dans les milieux à haut rendement (au-dessus de 75 q/ha), son potentiel est inférieur d’environ 5 %, mais elle est à son niveau en conditions de remplissage difficiles, avec un PMG et un PS plus élevés qu'Anvergur. Côté maladies, elle possède un très bon comportement face à la rouille brune et à la rouille jaune, mais elle est assez sensible à la septoriose, ce qui peut la pénaliser en année à pression importante. Sa sensibilité aux fusarioses des épis est moyenne mais elle est sensible à l’accumulation de DON comme Miradoux. Côté qualité, Casteldoux est équilibrée et se rapproche de Miradoux avec une bonne tolérance au mitadinage et à la moucheture. Ses teneurs en protéines sont correctes et son PS est dans la moyenne.

Relief (Syngenta 2014) est une variété tardive, productive et régulière, construisant son rendement de façon originale pour un blé dur : densité et fertilité d’épis élevées et petits grains (43 g). Les bonnes conditions de remplissage de 2019 lui ont été favorables. Sa tardiveté, notamment lors du remplissage du grain, et son petit grain la destinent a priori plutôt à des conditions de finition peu stressantes. Les résultats de nos essais montrent que dans les régions Centre, Ouest Océan et Sud-Ouest, elle est régulièrement supérieure à Anvergur et la plus productive, ceci dans tous les types de sol. Elle montre une certaine résilience face à des stress précoces lorsque les conditions de remplissage sont meilleures. Par contre, dans le Sud-Est, elle est pénalisée en cas de sécheresse longue (montaison puis remplissage) et on la réservera aux sols très profonds. C’est la variété récente la moins sensible à l’accumulation de DON (au niveau de Babylone). Par contre, elle est assez sensible aux maladies du feuillage (rouille jaune, septoriose et rouille brune). Elle est assez tolérante à la mosaïque des stries en fuseaux en cas de faible attaque mais n’est pas indemne. Sa qualité est sans faiblesse particulière mais avec une teneur en protéines qui suit la courbe de dilution moyenne. Son potentiel de rendement élevé la prédispose donc à des teneurs faibles, ce qui nécessite de renforcer le dernier apport d’azote dans les milieux où un bon remplissage du grain est attendu.

RGT Voilur (RAGT 2016) est une variété ½ précoce alliant productivité, bonne qualité et excellente tolérance aux maladies. L’élaboration de son rendement est proche de celle d’Anvergur avec un peu plus d’épis et un grain plus petit (48 g). Son potentiel est un peu inférieur à celui d’Anvergur en régions Centre et Ouest Océan (- 3 à 6 %), mais à son niveau dans le Sud. Elle paraît globalement moins résiliente qu’Anvergur en cas d’implantation difficile (excès d’eau hivernal, faible tallage) ou de longue sécheresse précoce (comme en 2019 dans le Sud-Est). Sa tolérance à la verse est la meilleure du moment. Sa très bonne tolérance à la rouille brune (sans être indemne) et à la rouille jaune (à surveiller néanmoins car des débuts d’attaques ont été notés en 2019), ainsi que son assez bonne tolérance à la septoriose en font une des variétés les moins pénalisées par les maladies en l’absence de protection fongicide. Elle parait par contre assez sensible aux maladies racinaires (piétin échaudage notamment) ; Nous la déconseillons donc en blé sur blé. Elle est moyennement sensible à la fusariose des épis. Elle semble assez tolérante à la mosaïque des stries en fuseaux en cas de faible attaque. Au niveau technologique, elle atteint des teneurs en protéines élevées (Anvergur + 0,5 point) compte tenu de son niveau de rendement. Ses autres caractéristiques qualitatives sont sans défaut, avec en plus une bonne tolérance à la moucheture, proche de celle de Karur. Cette variété permet ainsi de faire un très bon compromis avec une bonne productivité en règle générale, une qualité correcte et un bon niveau de tolérance aux maladies. Sa bonne tenue de tige et sa robustesse vis-à-vis de la moucheture la rendent particulièrement bien adaptée aux situations productives et irriguées.

Les variétés intéressantes dans certains milieux

Ces variétés ont généralement des comportements typés (manque de productivité, défaut de qualité ou comportement agronomique présentant des défauts importants) qui ne permettent pas de les préconiser largement. Mais elles présentent des points forts intéressants à valoriser dans des situations spécifiques.

Atoudur (Serasem 2011 - RAGT) est une variété ½ précoce, typée Sud (paille haute, PMG et PS élevés). Elle a une productivité inférieure à celle d’Anvergur d’environ 8 %. Elle construit son rendement avec des épis assez nombreux, peu fertiles mais portant de gros grains (PMG = 58 g). Il faut donc soigner l’implantation et favoriser son tallage pour lui faire faire des épis. Elle est bien adaptée aux conditions de finition difficile du sud de la France. En sol profond, sa sensibilité à la verse sera pénalisante : éviter les semis trop précoces ou trop dense et prévoir un régulateur début montaison. Sa tolérance à l’accumulation de DON est parmi les meilleures. Sa tolérance aux maladies foliaires (septoriose et rouille brune) s’est dégradée depuis son inscription et n’est aujourd’hui que moyenne. Sa qualité technologique est correcte avec un bon PS et un très gros PMG, et une teneur en protéines assez élevée (Anvergur + 0,7 points). Son indice de jaune est un peu faible.

Inscrite en 2002 en zone Nord, Karur (RAGT) marque le pas en productivité face à Relief ou Anvergur mais surpasse légèrement Miradoux sur 4 ans en région Centre, avec les meilleures teneurs en protéines du regroupement. Elle garde son intérêt dans la région grâce à sa résistance à la moucheture, à la fusariose (Microdochium spp. en particulier) et au froid. Elle supporte bien les irrigations tardives, à condition d’avoir prévu une protection contre la verse. Elle est sensible au stress hydrique en fin de cycle. Elle est assez résistante aux maladies avec de faibles écarts traités-non traités.

Miradoux (Desprez 2007), variété ½ tardive d’excellente qualité et toujours une référence en transformation, est aujourd’hui logiquement distancée en rendement par les variétés plus récentes. Son potentiel de rendement est en moyenne inférieur à celui d’Anvergur d’environ 8 % dans toutes les régions. Elle construit son rendement avec peu d’épis, de fertilité moyenne, mais un gros grain très élastique (PMG = 53 g). Elle rattrape ainsi bien sur le remplissage des densités d’épis faibles, comme en 2019 où elle n’est inférieure à Anvergur que de 3 %. Elle est adaptée à la plupart des milieux, sauf aux plus séchants et tardifs du Sud-Est en raison de sa tardiveté. Très sensibles aux rouilles, brune et jaune, et à Fusarium sur épis, elle est souvent pénalisée par ces maladies dans le Sud, beaucoup moins dans la région Centre. Sa qualité technologique est globalement excellente avec notamment un très bon PS et un très bon jaune, et une bonne tolérance au mitadinage et à la moucheture. Lorsque les rouilles n’exercent pas une pression élevée, Miradoux reste une variété intéressante.

Nobilis (Limagrain 2014) est une variété ½ tardive de potentiel identique à Relief et Anvergur, grâce à une élaboration du rendement similaire à celle d’Anvergur et une bonne tolérance aux maladies foliaires. Dans le Sud-Est, elle est régulièrement en tête, mais dans le Sud-Ouest, elle est très irrégulière aussi bien entre site qu’entre année, souvent dans les meilleures mais parfois très déclassée. Ses contre-performances tiennent probablement à une sensibilité élevée à Microdochium, qui s’exprime dans les contextes d’humidité chronique sur épis, plus fréquents dans le Sud-Ouest et très variables selon les années. Dans le Sud-Est, c’est la variété la plus tolérante à l’excès d’eau hivernal ; elle s’est aussi bien comportée en 2018 en conditions d’excès d’eau pendant le remplissage. Peu sensible aux rouilles, jaune et brune et à la septoriose, elle est en revanche nettement sensible à l’oïdium. Ses sensibilités aux fusarioses et à l’accumulation de DON sont dans la moyenne, mais sa sensibilité à la moucheture et à Microdochium sont nettes. En 2019, elle s’est bien comportée dans des essais touchés par le piétin échaudage. Sa teneur en protéines est inférieure à celle d’Anvergur (- 0,6 point en moyenne). Cette variété particulière est donc intéressante mais doit être positionnée avec soin : situations aérées pendant le remplissage, avec peu de risques de maladies de l’épi ; renforcement de l’apport d’azote tardif dans les milieux où un bon remplissage du grain est attendu.

Inscrite en 2002, Pescadou (Desprez) a une productivité largement en retrait depuis plusieurs années. Cette variété ½ tardive est sensible aux maladies du feuillage (rouille brune, rouille jaune et septoriose), mais elle est assez peu sensible aux fusarioses des épis et aux DON. Sa principale qualité est sa capacité à obtenir des teneurs en protéines élevées avec une fertilisation contrainte. Elle a, de plus, de bon PMG, un bon PS et un bon jaune. Elle est peu sensible au mitadinage. Etant donné son faible tallage, il est conseillé de ne pas la semer trop clair. Elle présente un intérêt en agriculture biologique en région Centre et dans l’Ouest-Océan.

Inscrite en 2008 en zone Sud, Sculptur (RAGT) est une variété à productivité moyenne par rapport aux nouveautés. Mais elle garde un avantage en sol séchant : sa précocité et sa fertilité épi lui permettent de se positionner parmi les bonnes variétés. Elle peut ainsi se trouver en tête de classement sur certains sites, devant Anvergur, comme en 2019 dans le Sud-Est. Elle est par contre très sensible aux maladies du feuillage, aux fusarioses sur épis et à l’accumulation de DON. Sa qualité technologique est moyenne : elle a un PS moyen, un petit PMG, une teneur en protéines faible et est sensible au mitadinage. Une bonne gestion de la protection fongicide et de la fertilisation azotée est nécessaire pour assurer rendement et qualité.

Toscadou (Florimond-Desprez2016) est une variété ½ précoce, de potentiel de rendement à peine inférieur à celui d’Anvergur dans le Centre et l’Ouest Océan (- 2 à - 3 %) et un peu plus en retrait dans le Sud (- 5 %). Elle construit son rendement avec un faible nombre d’épis de fertilité moyenne (comme Miradoux), mais avec un gros grain (PMG = 55 g). Moins souple que les variétés à épi très fertile comme Anvergur, elle doit faire des épis pour réaliser son potentiel. Elle réussit donc moins bien en cas d’implantation difficile (sol tassé, levée médiocre, excès d’eau hivernal…). Par contre, la taille et la plasticité de son grain lui permettent une bonne finition. Sa tolérance aux maladies est partout assez bonne, sauf pour la septoriose où elle n’est que moyenne. En matière de qualité, gros grain et PS élevé sont ses points forts. Par contre, elle est nettement sensible à la moucheture et sa teneur en protéines est modeste (Anvergur – 0,2 point), avec une tendance à la dilution lorsque le remplissage du grain se fait bien. Intéressante par sa bonne finition, Toscadou doit néanmoins être positionnée avec soin. Dans le Centre, son comportement est jugé globalement meilleur en sol profond. Dans le Sud, on évitera les situations à risque d’humidité chronique en mai et les risques d’implantation difficile ; elle sera par contre intéressante dans les situations aérées à risque de stress hydrique marqué en fin de cycle.

Cette liste n'est pas exhaustive, bien entendu. D'autres variétés ont aussi leur place dans la sole de blé dur, car adaptées à des contextes particuliers, ou à la faveur de contrats spécifiques correspondant à des marchés de niche bien identifiés.

Tableau 1 : Caractéristiques physiologiques, résistances aux maladies et qualité technologiques des variétés de blé dur

Sources : GEVES (CTPS) et ARVALIS

Téléchargez le tableau des rendements 2019 et pluriannuels des variétés de blé dur pour les régions :
- Centre / Ile-de-France
- Ouest Océan
- Sud-Ouest
- Sud-Est

(1) Syndicat des Industriels Fabricants de Pâtes Alimentaires de France - Comité Français de la Semoulerie Industrielle.

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