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Utilisation du glyphosate en grandes cultures en 2019 Enquête inter-instituts

Usages du glyphosate en grandes cultures : 10 000 agriculteurs témoignent

22 avril 2020

Plus de 10 000 agriculteurs ont répondu à l’enquête en ligne lancée l’été dernier par les instituts techniques. Il s’agissait de mieux connaître les usages du glyphosate dans les systèmes de grandes cultures et de recueillir les avis, interrogations et perspectives des producteurs sur l’interdiction programmée de cet herbicide en France.

Après l’interdiction de son usage dans une majorité d’espaces publics en 2017, le glyphosate est interdit pour les particuliers depuis 2019. L’élargissement attendu de ces restrictions ou interdictions au monde agricole soulève de nombreuses questions autour de son utilisation actuelle (quels types d’usage, quelles fréquences, quelles doses, dans quel contexte, etc.) et des alternatives de remplacement.

Pour y répondre, une enquête inter-instituts (ACTA, ARVALIS, FNAMS, ITB et Terres Inovia) a été proposée aux agriculteurs, aussi bien utilisateurs que non utilisateurs de glyphosate, du 15/07/2019 au 18/09/2019 (via mailing essentiellement). 

L’enquête a recueilli 10 183 réponses, dont 7 677 réponses complètes, ce qui est plutôt important pour une enquête en ligne. Cela montre la volonté des producteurs de partager leurs pratiques.

Un usage large du glyphosate

Les répondants possèdent une exploitation d’une surface moyenne de 176 ha, principalement cultivée en grandes cultures céréalières (avec une charge en cultures d’hiver assez importante : blé tendre, colza et orge), et conduites avec un travail du sol majoritairement de type labour (68 %).

94,8 % des répondants utilisent du glyphosate, ponctuellement ou régulièrement, sur toute ou partie de l’exploitation (figure 1). Nous sommes donc loin de l’hypothèse généralement avancée d’une utilisation de glyphosate exclusivement en non labour.

Figure 1 : Pourcentage moyen annuel de la SAU de l’exploitation recevant du glyphosate (6 362 réponses)

Des utilisations et doses ajustées au cas par cas, en lien avec des problématiques d’exploitation

Parmi l’ensemble des usages possibles du glyphosate proposés dans l’enquête, six ressortent comme prépondérants (au-delà de 30 % d’utilisateurs), et quatre comme majeurs (au-delà de 50 %) (figure 2). Les quatre usages majeurs sont :
- « lutte contre les vivaces »,
- « destruction de repousses ou annuelles en interculture courte d’été »,
- « destruction de repousses ou annuelles en interculture longue », 
- « entretien des bords de ferme ».

Ces usages, surtout d’interculture, sont pleinement justifiés car efficaces et peu chers.

Figure 2 : Utilisation du glyphosate en fonction de divers usages autorisés - % « oui » (6921 répondants)

En croisant ces usages et les typologies d’exploitation, il apparaît que les répondants en système labouré sont plutôt des utilisateurs ponctuels de glyphosate (1 année sur 3), sur des surfaces limitées (moins de la moitié de l’exploitation), à des doses assez importantes (environ 3 l/ha, variables selon les usages : jusqu’à 5 l/ha sur vivaces).

À l’inverse, les répondants en non labour sont des utilisateurs plus fréquents de glyphosate (tous les ans), sur des surfaces importantes (toute la SAU traitée) mais à doses faibles (environ 1 l/ha, voire moins en interculture d’été).

Les exploitations concernées par ces quatre usages majeurs se répartissent schématiquement entre :
- des exploitations de taille assez importantes (199 à 1000 ha), plutôt utilisatrices de glyphosate à petites doses mais sur toute la surface,
- et des exploitations en système labouré, moins utilisatrices de glyphosate, qui sont de taille plus variable mais en moyenne moins grandes (jusqu’à 399 ha), avec des utilisations à doses plus élevées, sur une partie de l’exploitation.

Concernant le cas particulier de la production de semences, les agriculteurs mutiplicateurs utilisent le glyphosate dans des conditions similaires aux grandes cultures, avec toutefois des situations d’usages plus larges compte-tenu des contraintes de pureté des lots de semences.

L’élément important à retenir est que l’usage de glyphosate n’est pas irraisonné : il est utilisé dans des situations le requérant.

Pas de nouvelles alternatives identifiées par les agriculteurs

L’un des objectifs de cette enquête était de savoir si les agriculteurs avaient identifié des alternatives crédibles à l’utilisation du glyphosate pour leur situation.

L’enquête fait ressortir que 77.5 % des répondants ne savent pas encore comment ils vont gérer leurs problématiques sans glyphosate.

A noter que sur l’ensemble des répondants, 352 n’utilisent plus de glyphosate et que leurs méthodes de gestion des adventices passent par un changement de système (agriculture bio) ou bien par un changement de rotation (allongement) et de travail du sol (labour, faux-semis, etc.) (figure 3).

Il n’y a donc pas de solutions « novatrices » à court terme pour compenser l’absence de glyphosate. À noter également que ces exploitations en agriculture biologique ou en cours de conversion sont globalement plus petites (91 ha en moyenne) que celles en agriculture conventionnelle (140 ha).

Figure 3 : Répartition des agriculteurs non utilisateurs de glyphosate par type de travail du sol et par système (352 répondants)

Ce recours accru au travail du sol (qui ne signifie pas obligatoirement du labour) aura des conséquences sur les besoins matériels, et donc sur les charges liées aux investissements : 70 % environ des répondants devront se rééquiper. Il modifiera également l’organisation des exploitations et les charges de fonctionnement et de main d’œuvre associées. Cela se traduit par des achats de matériels mais aussi par des outils de travail du sol plus larges ou de la puissance de traction.

Parmi les utilisateurs de glyphosate, 90 % déclarent vouloir intensifier les déchaumages et passages mécaniques avant le semis, 84 % les faux–semis, 75 % les interventions mécaniques dans les intercultures et les cultures, 55 % le labour.

76 % déclarent devoir modifier leurs programmes herbicides.

Un retrait qui mettra les exploitations en difficulté

Les inquiétudes mentionnées dans les réponses libres de l’enquête sont nombreuses et mettent en évidence des contraintes/incertitudes sur la viabilité d’exploitation ou de systèmes tels qu’ils sont menés aujourd’hui. Citons par exemple les systèmes en agriculture de conservation : ils sont vertueux sur de nombreux sujets (sols, érosion, etc.), mais dépendants étroitement de l’utilisation du glyphosate.

Ces systèmes sans glyphosate devront ré-intensifier leur travail du sol, avec des conséquences importantes d’ordre économique (investissements), agronomique (érosion, matière organique, etc.), environnemental (consommation de carburant, bilan Carbone, etc.) et organisationnel (capacité à travailler toute la surface, main d’œuvre, jours disponibles).

Les inquiétudes portent aussi sur d’autres conséquences techniques de l’arrêt du glyphosate, avec de probables recrudescences de vivaces et d’adventices annuelles, voire des risques sanitaires accrus (ergot, adventices allergisantes ou toxiques…).

Finalement, la balance bénéfices / risques de ce retrait, pour les agriculteurs, n’a pas été clairement établie. Mais une inquiétude vis-à-vis de la concurrence dans une économie ouverte, face à leurs voisins encore utilisateurs, est clairement exprimée par de nombreux répondants.

Téléchargez les résultats complets de l’enquête inter-instituts 2019 sur l’utilisation du glyphosate en grandes cultures.

ACTA (Emeric Emonet, Matthieu Hirschy Alain Rodriguez)
ARVALIS (Ludovic Bonin, Sophie Dubois, Lise Gautellier Vizioz, Lionel Jouy, Jérôme Labreuche, Benjamin Perriot, Nathalie Verjux)
FNAMS (Jean Albert Fougereux, Camille Guérin)
ITB (Rémy Duval)
Terres Inovia (Franck Duroueix, Fanny Vuillemin)

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15 commentaires 09 octobre 2020 par MARTIN

Écoutons bien Torche "l’arrêt du glyphosate sera de courte durée" ! Mais il ne peut être que de courte durée, dès lors que tous les concurrents en utilisent et que leurs produits sont en concurrence avec les nôtres:! J'utilise une centaine de kg de glyphosate par an depuis qu'il est commercialisé: je ne suis pas encore phosphorescent; mes terres sont exploitées par ma famille depuis qu'elle les a acheté au 18éme siècle et leur fertilité n'a pas baissé depuis 36 ans ! Bodin pose la bonne question ! Combien de Cochet collapsonistes chez nos concurrents ? Combien d'écolos bobos urbains s'occupent d'agriculture et veulent imposer leurs méthodes à des agriculteurs chevronnés ? Combien d'OGM en pharmacie, en médecine en cancérologie, en génétique et combien en agriculture ? Alors que le prix Nobel de Chimie a été attribué à une française travaillant en Allemagne et aux USA à une boite à outil des chromosomes qu'elle n'a pas pu développer en France pour cause d'étroitesse d'esprit des écolos bobos bios qui n'ont jamais voulu penser génie génétique et l'aurait envoyé au bucher !

09 octobre 2020 par TORCHE

de toute manière l'arrêt du glyphosate ne sera que de courte durée.

28 avril 2020 par BODIN

avant le glyphosate l agriculture fonctionnait avec plus de difficultès certe. Alors ce qui est revoltant c est les differences entre les REGLEMENTS EUROPEENS. SOMMES nous dans un meme espace oui ou non

25 avril 2020 par MARTIN

BOLLINGER enfin un spécialiste honoraire c'est à dire retraité ! Nous ne jouons pas dans la même cour de récréation et mon époux, maintenant agriculteur a été un des plus hauts fonctionnaire de l'agriculture et de l'environnement. Il est beau de rouler des mécaniques pour prouver qu'on existe mais il est en phase avec votre avis d'EXPERT JUDICIAIRE HONORAIRE. Il se souviens d'un juge qui a annulé un arrêt de rejet d' un permis de construire en zone inondable! Trois ans plus tard la maison était inondée, rasée, et ses occupants heureusement indemnes! Les propriétaires ont pu bénéficier des indemnisations CATNAT. C'est beau le gouvernement des juges et des experts ! Quand les juges cesseront de juger au nom du peuple français et pourront être poursuivis, on sera beaucoup mieux!

25 avril 2020 par DELACROIX

Quand un produit fonctionne bien ca fait toujours des jaloux . Ca fait parler , les médias enquêtent, mettent leur grains de sel et donne une mauvaise image du produit alors que rien n'a jamais été aussi efficace rien n'y résiste. Si ce produit est si dangereux , Nous, agri seraient mort depuis longtemps . le problème c'est son utilisation il ne faut pas non plus en abuser . Certains l'utilisent juste avant la moisson !!!! Moi je ne l'utilise qu'en dernier recours et meme pas tous les ans pour: vivaces, vulpins et ray-grass résistants. Au final , c'est toujours l'agri qui trinque !!!

24 avril 2020 par BOLLINGER

Une fois consulté l'ensemble des appréciations, des jugements formulés, des risques certains de retour de mauvaises herbes annuelles ou vivaces dont la concurrence, les dangers pour l'homme sont connus. La disparition, l'arrêt des cultures sur certaines parcelles, l''investissement en outils mécaniques dont il faudra mesurer les conséquences sur les finances des agriculteurs sont autant de conséquences négatives sur la pérennité des cultures pratiquées, Les "anti" ne sont-ils pas entrain de promouvoir un poste de dépenses "non nécessaires" budgétairement parlant sans commune mesure avec le sujet. Dans les débats le bilan financier n'est pas présenté tout simplement parce qu'il n'a pas été engagé ou ne faisait pas partie du dossier. Pour les praticiens que sont les agriculteurs, il n'y a pas photo. Tuer le Glyphosate reviendrait à reprendre le travail à l'ancienne, à modifier les temps de travaux, à augmenter les frais, à certainement diminuer les rendements donc les ressources des producteurs. Je suis désolé mais en ma qualité d'Expert Honoraire de Justice près la Cour d'Appel, disposant au niveau national de très nombreuses années de travaux dans toutes les régions et cultures en France, je n'ai jamais eu à traiter de dossiers mettant en évidence des désordres consécutifs à l'emploi du Glyphosate que ce soit sur les cultures, sur les sols, sur les hommes dans le cadre de son emploi, respectant les prescriptions mentionnées sur l'étiquette.du fabricant gage de leur devoir d'obligation d'informations. La position décrite par M. ORBION, plus haut dans les avis, n'est pas recevable et l'explication en est la suivante : discours partisan, trop généraliste manquant de précision absence d'exemples. D'ailleurs il est probable que les résultats de cette enquête réalisée par ARVALIS, une organisation aussi sérieuse et aussi compétente dans ses spécialités ne devraient pas être contestées sans d'abondantes et sérieuses justification de faits.

24 avril 2020 par MARTIN

Orbion evidemment mais à quel cout ? Parlez en aux populations de l'Afrique de l'Est aux prises avec des milliards de criquets pèlerins qui détruisent TOUTES les cultures et qui ne peuvent plus se défendre GRACE à l’interdiction par les ECOLOS des pulvérisations aériennes ! Ces populations vont s'alimenter certainement grâce aux cultures BIOS qui inondent le marché des céréales et qui permettent de nourrir la population mondiales ! Ou encore migrer chez vous où vous les nourrirez grâce à vos surplus ? Voyer les russes interdisant l'exportation des céréales craignant de ne pas nourrir leur population et d'engraisser leurs porcs (comme d'ailleurs les chinois) ! Allez donc voir en Ukraine (je connais bien), en Roumanie, en Moldavie l'état des cultures, allez donc à Odessa voir les silos !!! Mais vous récoltez quoi? vous ? Pour alimenter la balance des paiements, les producteurs d'électricité par éoliennes ou par panneaux solaires ? Vous payez en Charançon, en sclérotes ? En teignes ? Allons reprenez les principes de nos grands agronomes ! Et cessez de rêver !

24 avril 2020 par ORBION

On dirait que ce produit qui a 50 ans est indispensable. D'autres produits étaient aussi indispensables avant leur retrait et actuellement on travaille sans et on récolte toujours.

24 avril 2020 par MARTIN

C'est une interdiction irraisonnée d’écolos bobos bios irraisonnables pour mettre à terre Monsanto sans que, parce qu'ils sont majoritairement urbains, ils ne s'imaginent le tort qu'ils faisaient à l'agriculture française et mondiale !!! Il convient en juste retour des choses que les agriculteurs n'acceptent aucun épandage sur leurs sols, de produits issus de déchets urbains pour les laisser à l'agriculture dite urbaine des souterrains, terrasses, ronds-points, jardinières, etc. qui leur permettront de se nourrir de leurs produits !!! Le de-confinement devraient les autoriser à baisser la tête devant les agriculteurs, paysans et ruraux sur les quels ils n'ont cessé de cracher et d'agonir !

24 avril 2020 par Obriot

On voit bien qu'Arvalis n'a pas envie que le glyphosate soit interdit...pour un institut technique, pourtant, il devrait être force de proposition technique..aucune nouvelle "technique novatrice" lit on.

24 avril 2020 par LACOURT

Les associations environnementales vont devoir réfléchir à la préparation des sols sans glypho, plus de passages, plus d'érosion éolienne, plus de particules dans l'air, plus de carburant donc de CO2.... Les incantations ça suffit , c'est de la réflexion intelligente qu'il nous faut. autre exemple d'aberration suppression insecticide sur semences céréales d'hiver; pullulation pucerons et jaunisse nanisante, donc soit on passe 1 voire 2 insecticides en végétation soit on perd du rendement , mais en même temps le produit interdit en agriculture est présent dans les maisons sur les animaux de compagnie , cherchez l'erreur. (et le summum en vente en pharmacie). bonne journée quand même,

24 avril 2020 par NUYTTEN

Cette enquete montre bien la place importante mais raisonnée du glyphosate dans tous le systèmes de culture. L'agriculture tire suffisamment de boulets en ce moment pour ne pas en rajouter un autre que serait l'interdiction du glyphosate que rien ne justifie sur le plan sanitaire et qui a été démontré depuis .. la science ne doit pas céder à l'hystérie .

24 avril 2020 par NUYTTEN

cette enquete montre bien la place importante du glyphosate dans tous les systèmes de culture. N'ajoutons pas pa

24 avril 2020 par NUYTTEN

cette enquete montre bien la place importante du glyphosate dans tous les systèmes de culture. N'ajoutons pas pa

24 avril 2020 par MENARD

L'arrêt du glyphosate serrai la morte d'une part importante de l 'agriculture française

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