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Coccinelle, auxiliaire des pucerons des céréales, observée fin mars 2020 en Auvergne Auxiliaires des cultures

Tour d'horizon des ennemis naturels des pucerons

03 juin 2021

Les pucerons comptent de nombreux prédateurs et parasites. Insectes, arachnides ou encore champignon... les espèces qui contribuent à réguler ces ravageurs représentent bien la diversité de la faune auxiliaire. Partons à la rencontre des plus fréquentes de ces drôles de petites bêtes.

Champignons entomopathogènes : une lutte à l’échelle microscopique

Les auxiliaires contribuant à réguler les pucerons peuvent être des micro-organismes, comme par exemple les entomophtorales. Ces champignons pathogènes appartiennent à six familles différentes. Une dizaine d’espèces est présente en France.

A partir du cadavre d’un insecte, le champignon se développe quand l’humidité ambiante est d’environ 95 % et ce pendant plusieurs heures. Puis il se propage aux alentours. Lorsqu’un autre insecte est atteint et que les conditions d’humidité sont favorables, le champignon se développe sur ce nouvel hôte. Le puceron meurt après quatre jours environ (à 20°C). Le climat est donc un facteur essentiel dans le développement de cet ennemi naturel.

Leur action se repère facilement en parcelle via la présence de pucerons mycosés c’est-à-dire de pucerons touchés par le champignon, avec possible présence de mycélium. Le changement de couleur et d’aspect permet de les reconnaître.

Les arthropodes parasitoïdes permettent une régulation très efficace des pullulations de pucerons

Les ennemis naturels des pucerons peuvent également être des arthropodes parasitoïdes. L’adulte pond sur, ou à l’intérieur, de l’hôte (ici, le puceron). La larve se développe à l’intérieur au détriment de l’hôte et finit par le tuer. Une fois adulte, l’auxiliaire émerge pour aller pondre dans de nouvelles victimes.

Les arthropodes les plus connus, et les plus nombreux, de ce groupe sont les hyménoptères parasitoïdes (photo). Ils peuvent être plus ou moins spécialisés dans le parasitisme d’une certaine gamme d’hôtes : certains ne parasitent qu’une seule espèce de pucerons par exemple. Leur présence est étroitement liée à celle des hôtes.


Les hyménoptères parasitoïdes pondent leurs œufs sur ou dans un hôte.

Les hyménoptères parasitoïdes sont actifs principalement au printemps et à l’été, mais certaines espèces sont présentes toute l’année. Leur grande fécondité et leur cycle court leur permettent d’adapter leur activité lorsque les hôtes se multiplient. Ainsi, ils font partie des ennemis naturels des pucerons les plus efficaces. Le taux de parasitisme peut atteindre 99 % lorsqu’une population de ravageurs est très développée, ce qui entraîne au bout de quelques jours sa disparition.

La présence d’hyménoptères parasitoïdes se détecte en parcelle grâce à l’observation de pucerons momifiés (photo). Ce sont des pucerons dans lesquels se trouve une larve du parasitoïde, ou duquel un adulte a déjà émergé.


Les pucerons momifiés sont un indice d’une régulation naturelle du ravageur par des auxiliaires de culture parasitoïdes (©V. Tosser).

Les insectes prédateurs spécialistes : un régime alimentaire ciblé

La présence des insectes prédateurs spécialistes des pucerons dépend, comme c’est le cas pour les hyménoptères parasitoïdes, de la présence du ravageur. Ces auxiliaires ont un potentiel de régulation plutôt élevé.

Syrphes : des adultes pollinisateurs et des larves entomophages

C’est par exemple le cas des syrphes (photo). Ces diptères, qui comptent environ 500 espèces en France, souvent mimétiques d’abeilles ou de guêpes, se nourrissent de pollen et nectar au stade adulte. Ils prospectent dans les parcelles et pondent à proximité des colonies de pucerons. Une femelle peut pondre jusqu’à 4 500 œufs.


Prenez garde à son allure trompeuse ! Ceci n’est pas une guêpe mais bien un syrphe (©V. Tosser).

Leurs larves, quant à elles, peuvent être aphidiphages : 40 % des espèces de syrphes ont des larves spécialistes de pucerons. Elles n’ont pas de pattes, peuvent mesurer jusqu’à 1,5 cm et sont surtout actives la nuit. Au cours de leur développement, qui dure une dizaine de jours, elles consomment entre 400 et 700 pucerons.


Près de la moitié des larves de syrphes ont un régime alimentaire basé sur la consommation de pucerons (©V. Tosser).

L’activité la plus intense des syrphes a lieu de mai à octobre, mais certaines espèces peuvent être présentes de manière plus précoce ou plus tardive dans l’année.

Larves ou adultes, les coccinelles chassent les pucerons

Les coccinelles sont, elles aussi, de redoutables prédatrices de pucerons, que ce soit au stade larvaire (entre 100 et 2000 pucerons consommés au cours du développement) ou adulte (9000 pucerons consommés) (photos). Environ 130 espèces sont présentes en France, dont certaines sont rencontrées très fréquemment en parcelles agricoles. Elles sont actives de mai à septembre, de manière optimale lorsque la température est comprise entre 20 et 25°C. La femelle pond ses œufs, en grappe, à proximité des proies.


Les larves de coccinelles attaquent entre 100 et 2000 pucerons au cours de leur développement (©Véronique Tosser).



Le régime alimentaire des coccinelles adultes est principalement composé de pucerons. Les adultes consomment également parfois du nectar et du pollen (©Véronique Tosser).

Les insectes prédateurs généralistes permettent une régulation de fond

Le carabe consomme trois fois son poids

Les ennemis naturels peuvent également être des insectes prédateurs généralistes, et consommer notamment des pucerons. C’est par exemple le cas des carabes, auxiliaires bien connus !

S’ils sont a priori moins efficaces contre les pucerons que les organismes cités précédemment, du fait de leur régime alimentaire plus varié, ils opèrent très certainement une régulation de fond, plus tôt et plus tard dans l’année que les auxiliaires spécialistes, ce qui permet d’espacer les pics de pullulation. Leur action est par ailleurs complémentaire de celle des spécialistes.

Les larves de carabes vivent dans le sol et sont en très grande partie carnivore. Les adultes, quant à eux, se déplacent à la surface du sol et peuvent pour certains grimper sur la végétation. Ils peuvent être omnivores, majoritairement zoophages ou phytophages comme c’est le cas pour le zabre.

Les carabes peuvent ingérer jusqu’à trois fois leur poids par jour, la taille de la proie étant généralement corrélée à celle du prédateur. Ils sont actifs quasiment toute l’année, mais souvent plus nombreux et plus diversifiés au printemps.

L’atout des arachnides, la diversité de leurs modes de vie

Les araignées sont des prédatrices généralistes qui s’attaquent notamment aux pucerons. Elles seront donc, comme les carabes, efficaces au moment de la colonisation des ravageurs, et beaucoup moins une fois que les populations se développent.

Les femelles pondent de 100 à plusieurs milliers d’œufs. Les adultes, qui vivent 1 à 2 ans, s’attaquent à leurs proies de différentes manières. Elles peuvent bien sûr tisser des toiles dans lesquelles les proies se retrouvent prisonnières et sont ensuite consommées par les araignées. Elles peuvent également directement les chasser.

De nombreuses espèces sont présentes en parcelles agricoles. Leurs modes de vie très variés en fait un groupe très complémentaire : certaines sont présentes au sol et d’autres dans la végétation, certaines sont actives le jour et d’autres la nuit, certaines tôt dans l’année et d’autres plus tardivement…


Piéger ses proies dans une toile est une des méthodes employées par les araignées (©V. Tosser).

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7 commentaires 05 juin 2021 par DEGROOTE RAMERY

Bonjour, j' ai à peu près le même raisonnement que ROEDERER. A l' approche de la retraite j' ai arrêté les cultures maraîchères. Je ne me souviens pas d' avoir effectué un insecticide sur épis de blé : il existe des seuils d' intervention recommandés. Sur pomme de terre en production de consommation il existe aussi des seuils d' interventions par comptage de feuilles avec présence de pucerons et le traitement n' est pas systématique sauf production de chair ferme pour les virus impactant la qualité de présentation tout comme la production de plant; pour les limaces la mise en place de pièges permet aussi de déclencher une application de molluscide à bon escient en privilégient le chlorure ferrique qui respecte les carabes. En betteraves j' utilise des semences sans NNI, la protection contre les pucerons verts surtout vecteur de jaunisse est déclenchée par un réseau d' observation et l' observation personnelle. L' agriculture évolue comme toute activités humaines. Sa mission première est de nourrir, les connaissances permettent de corriger les travers et les excès. Au delà des insectes il y a la faune. Bien que sans bande fleurie il existe un linéaire de haie sur mon exploitation, c' est aussi un système propice à la diversité et au gibier dont je suis quelque part victime en rapport aux dégâts. La société est devenue manichéiste, J' ai 64 ans et je n' ai toujours qu' essayer de bien faire le métier que j' ai choisi. Mon grand-père est enterré à 5 m du caveau de Charles-Frédéric Khulmann le père des engrais chimiques de par ses brevets sur la catalysation; Certes la chimie a des travers, mais c'est elle qui a permis de nourrir la population croissante. Tout le système de production est mobilisé pour réduire l' impact sur l' environnement Pour répondre à Berlichi, en agriculture raisonnée les bandes fleuries compte tenue des seuils de traitement cités plus hauts, ces bandes fleuries peuvent servir à ce que les auxiliaires évitent la prolifération des ravageurs et les maintiennent en dessous des seuils de traitement. De plus le gibier est perdu dans ces grandes parcelles sans repère. Je crois comprendre à propos de sa dernière question qu' elle fait partie des "anti". Il y aurait aussi beaucoup à dire sur ceux qui veulent une nature sans l' homme, à Lille les pies pullulent les ruraux les anciens les piégeaient aux moins eux connaissaient les ravages sur la population de passereaux.

05 juin 2021 par PANCHERI

J'ai cette année utilisé un insecticide sur mes blés, contre le puceron sur épis. Çà faisait 10 ans que cela n'était pas arrivé. J'ai traité le soir et la nuit lorsque la majorité des insectes ou ennemi du puceron étaient allé se réfugier dans les arbustes ou bandes fleuries. Voila certainement l'utilité des haies et des bandes fleuries. Traiter la nuit; désherbants, fongicides et surtout insecticides. En contre parti offrir les semences gratuites pour implanter des bandes fleuries, Mme Barbara Pompili !!! Guy 32

04 juin 2021 par VI

Tout ça c'est très poétique d'être en admiration devant les pucerons ou autres araignées rouges. Mais quand ces bébêtes se promènent, elles n'ont aucun geste barrière et le laisser faire pendant une quinzaine de jours, fait que le transport des virus et autres maladies ont pu s'opérer tranquillement surtout en cultures légumières. Quand les courgettes, melons carottes,etc...sont toutes crispées bin y a plus que la charrue

04 juin 2021 par DUMONT DE CHASSART

les cantharides sont-ils aussi prédateurs des pucerons ?

04 juin 2021 par ROEDERER

Bonjour, pardon d'insister mais pourquoi les chrysopes ne sont pas cités ? Pour répondre à BIRLICHI, pouvez-vous admettre qu'intensif ne rime pas forcément avec systèmatique ? En effet, pour avoir une efficacité normale avec un insecticide, il faut d'abord une ou plusieurs observations sur le terrain. Si on constate la présence d'auxilliaires en nombre suffisant et suffisamment actifs, alors le produit DOIT rester dans son bidon. C'est la vraie notion d'intensif: laisser faire la nature quand elle fait bien le boulot, mais par contre, agir à sa place quand elle ne fonctionne pas bien. Le systèmatique revient à tuer tous les insectes en même temps (quand on y arrive...). Le problème, c'est que la population des ravageurs précède toujours la population des auxilliaires, et qu'il faut donc tolérer un seuil de ravageurs avant de se poser la question d'intervention... Ayant fait peu d'études, je suis un peu surpris d'avoir à vous apprendre cela, à vous qui avez un MASTER. Ce que je vous dit là, je l'ai appris avec ma prof de biologie, en 1977-1978, au lycée agricole de Nancy-Pixérécourt, et cela portait le nom d'agriculture intégré-raisonnée.

04 juin 2021 par DIAGOURAGA

Très belles photos contrairement à d'habitude ! Bravo

04 juin 2021 par BIRLICHI

J'ai un master en sciences et techniques agronomiques option enseignement agricole de l'ENFA de Toulouse. Je me suis installée maraîchère sur petite surface (< 1 ha), selon la French méthod, en février dernier. Je pratique une agriculture agroécologique et j'utilise les bandes fleuris de différentes espèces. L'usage des bandes fleuris en agriculture conventionnelle intensive me pose question. En effet, à quoi bon attirer les insectes si c'est pour après les tuer avec les insecticides, fongicides et autres produits chimiques sur les cultures ?

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