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Couvert végétal : pois, crucifère, phacélie Vidéo

Stocker du carbone, c’est restituer de la matière organique

02 décembre 2021

Le carbone constitue l’essentiel de la matière organique qui améliore la fertilité des sols, et dont le stockage additionnel atténue le changement climatique : deux raisons de s’y intéresser. ARVALIS étudie les leviers de stockage du carbone grâce à des essais de longue durée et à la modélisation.


La matière organique (MO) du sol comporte tout ce qui est ou a été vivant : bactéries, champignons, vers de terre, autres micro et macroorganismes, racines, résidus de culture… Elle joue de nombreux rôles dans la fertilité des sols. Par exemple, elle permet l’agrégation et la résistance du sol à l’érosion, elle fournit des éléments nutritifs aux plantes via la minéralisation, etc. Par convention, on considère que la matière organique est composée à 58 % de carbone, mais elle contient également d’autres éléments. Par simplification, les laboratoires mesurent la teneur en carbone du sol puis la convertissent en MO en multipliant par le coefficient de 1,72 (2 pour certains laboratoires). À l’échelle d’une parcelle, les quantités sont importantes. Par exemple, 2 % de MO sur 25 cm d’épaisseur (horizon superficiel arable) représentent 72 tonnes de MO par hectare pour un sol avec une densité apparente de 1,4 et l’absence de cailloux, soit 42 tonnes de carbone par hectare.

Lorsque la teneur en MO du sol s’accroît, cela correspond à un stockage additionnel de carbone dans le sol qui compense en partie des émissions de gaz à effet de serre (GES). Ainsi, augmenter la teneur en matière organique des sols contribue à atténuer le changement climatique. L’évolution de la teneur en carbone des sols est lente et correspond toujours à un changement d’équilibre. Cet équilibre dépend notamment des pratiques.

En lui-même, l’arrêt du labour n’est pas un levier de stockage du carbone

Sur des terres dédiées aux grandes cultures, différents leviers permettent de stocker davantage de carbone dans le sol :
• l’introduction de couverts végétaux : plus il y a de matière sèche produite et restituée au sol, plus il y a de stockage de carbone. Plus que le choix de l’espèce ou autres critères, c’est la biomasse restituée au sol qui est directement corrélée à la quantité de carbone stocké,
• l’intégration ou l’allongement de prairies ou luzernières dans la rotation,
• la restitution de résidus de culture : là encore, plus il y a de matière sèche produite et restituée au sol, plus il y a de stockage de carbone,
• l’apport de produits résiduaires organiques (PRO) tels que les effluents d’élevage, digestats de méthanisation, boues et autres produits épandables : le stockage à long terme de carbone est généralement inversement proportionnel à la valeur fertilisante azotée directe à court terme de ces produits. Par exemple, les fumiers et compost sont plus riches en carbone stable et moins riches en azote que les lisiers. C’est ce que montre l’Indice de Stabilité de la Matière Organique (ISMO) sur une analyse : plus il est élevé, plus le PRO permettra de stocker du carbone. Les digestats bruts* ont un comportement particulier, en étant à la fois des produits à valeur fertilisantes à court terme, et à la fois des produits à forte valeur amendante.

Contrairement à ce qui a longtemps été véhiculé, la pratique du non-labour en elle-même n’a pas d’incidence sur la minéralisation de la matière organique et le stockage de carbone sous nos latitudes. C’est ce qui ressort d’une étude sur 50 ans de données à la ferme expérimentale de Boigneville (91). Sans labour, la matière organique se concentre en surface au lieu d’être répartie sur la couche travaillée. Cela présente des avantages pour la fertilité du sol (moins d’érosion, etc.) mais pas d’impact sur le stockage de carbone. En revanche, réduire le travail du sol réduit la consommation de fuel et donc, les émissions directes de GES.

L’évaluation du stockage additionnel de carbone passe par des modèles

Les flux de carbone étant particulièrement lent, il n’est pas possible de mesurer l’effet des pratiques sur le stockage additionnel de carbone sur une période inférieure à dix ans après le changement de pratiques. Pour contourner cette difficulté, de nombreux modèles ont été créés. En particulier, le modèle français AMG (AgroTransfert, ARVALIS, Inrae et LDAR), calibré sur des essais de longue durée (entre 20 et 40 ans), donne des résultats fiables. On peut ainsi évaluer l’effet de combinaisons de pratiques pour différents systèmes de cultures et conditions pédoclimatiques. À noter que le déstockage (par minéralisation) est généralement plus rapide que le stockage.

* Un méthaniseur produit de l’énergie et du digestat. Quand celui-ci ne subit pas de séparation de phases (solide/liquide), on parle de digestat brut.

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7 commentaires 07 décembre 2021 par ROEDERER

Pardon, ..;on serait...

07 décembre 2021 par ROEDERER

Le glyphosate interdit... ça nous "pend au nez". En attendant, on peut songer, pour contrôler selon les besoins et les désirs de chaque agriculteur, à une charrue dite de déchaumage (pour ne pas brasser profond mais enfouir quand même) équipée de dents vibrantes ou non, juste derrière chaque corps et règlables en profondeur. De cette manière, on limite le tirage de la terre autour de la dent puisqu'elle n'a pas à travailler ce qui a été déplacé par le corps de charrue. Pour ce faire, je verrai bien des dents de fissurateur (bleu, tout le monde voit ce dont je veux parler..). Avec cet outil, on serrait à mi-chemin entre le labour classique à 25-28 cm et le travail superficiel fissurant. Il y a trente ans, j'ai utilisé une charrue classique équipée de dents derrière le corps, et cela marchait bien. mais pour les temps actuels, ce serait trop profond, je pense. Quelqu'un parmi nos fabriquants de ferraille y a-t-il songé ? PS: de même, il serait peut-être bon de songer à mettre nos épandeurs sur des coussins d'air (comme les aéroglisseurs qui traversaient la manche autrefois), pas sur des pneus, ça permettrait de travailler dans des conditions difficiles sans abîmer le sol. (rappel: pour soulever 1 tonnes de 3 cm au-dessus du sol, il suffit de 2 chevaux seulement). mais tout ça, c'est du rêve, bien entendu!

07 décembre 2021 par BABOT

On peut ajouter au non labour la problématique du glyphosate qui peut changer la donne si par hasard il devient interdit

06 décembre 2021 par DUFUMIER

Moralité, le carbone n'est pas une histoire de quantité de matière donnée au sol, mais de gestion de cette matière et du respect des micro-organismes efficaces pour stocker du carbone à commencer par les champignons. Ne pas laissr brûler le sol en plein cagnard en été et limiter les fongicides surtout en fin de cycle fait partie des solutions. Pareillement donner des résidus aux C/N élevés (mais pas arrosés de fongis !) donc très carbonés permet encore de mieux cibler cette activité des champignoins du sol (cf. le livre Revitaliser les sols de Francis Bucaille)

05 décembre 2021 par ROEDERER

Bonjour M. LE RALL. Merci pour ce discours apaisé; notre agriculture en a bien besoin. Les deux systèmes que l'on oppose tant, ont besoin les uns des autres, ne serait-ce que pour échanger des idées ou des pratiques. Pour cela il faut pouvoir discuter sans forcément s'étriper. Ce que je constate autour de moi (petit éleveur de VL sur sol de limon battant sur argile à silex), c'est que les tenants du non-labour continuent quand même à travailler leurs sols (certes sans charrue). Je me demande pourquoi ? Si le système qu'ils nous présentent comme une Vérité était vraiment valable, ils auraient arrêté tout travail du sol... , non ? Par contre,, j'admire leurs couverts conséquents. Pour ma part, le couvert que j'ai adopté, c'est avoine noire (parce que c'est une plante autochtone) et phacélie. Après avoir essayé d'y associer des trèfles annuels, je vais les laisser pour autre chose (très peu de levées, probablement semis trop tardif et concurrence avec l'avoine). Sur ce sujet, j'aimerais des retours d'expériences (instituts ou particuliers). Cordialement.

04 décembre 2021 par LE RALL

Bonjour ROEDERER Labour ou non, question de conviction, mais je pense qu'il y a 2000 ans la seule solution herbicide était le labour. les 2 système sont perfectionnables sans pour autant pousser à la démagogie. Adaptabilité aux types de sols, activité biologique,climat, région etc.. Nombreux sont les critères de choix. Vaincre la compaction sera impossible, mais minimiser ses effets doit être un objectif, et, Oui les couverts ont un rôle à jouer a ce niveau car la compaction profonde est hors d'atteinte mécaniquement . Et si en plus les couverts ont d'autres vertus pourquoi s'en priver.

04 décembre 2021 par ROEDERER

Ha ! Enfin la vérité sur l'impact du labour/non labour sur la "fixation" Carbone. S'il doit y avoir un effet, ce n'est pas dû au travail du sol, en effet, dans le discours régulièrement servi, il est dit qu'enfouir la MO, c'est bloquer la minéralisation et la laisser en surface augmente celle-ci. Si c'était vraiment le cas, les sols labourés verraient leurs teneurs augmenter... Dans le dogme qui nous est donné, le premier pilier présenté (non-travail du sol) n'est pas, pour moi, celui qu'il faut mettre en avant pour ce qui est du carbone. Le deuxième, en revanche, (avoir des couverts efficaces et développés) est bien plus intéressant sur tous les chapitres : agronomie, fertilisation (et les pertes d'éléments fertilisants, entre autres...), carbone, abri et nourriture pour les biodiversités de tous les étages, desherbages (les couverts étant concurrentiels vis à vis des adventices qui profitent du moindre espace pour se développer). Alors certes, moins travailler le sol consomme moins de carburants, mais nécessite des matériels spéciaux (semoirs, entre autres...) et des tracteurs "costaux" pour utiliser ces outils... Enfin, en situation d'élevage, il faut bien passer sur les sols à des moments "critiques", pour les épandages ou les récoltes et pour récupérer ensuite la structure, il faut bien (au moins de temps en temps) "brasser" le terrain. Mais, jusqu'à nouvel ordre, cultiver des couverts dignes de ce nom et labourer n'a jamais été antinomique et interdit. Dernière observation: si la charrue avait été si mauvaise pour nos sols, elle aurait été éliminée par nos prédécesseurs depuis longtemps (une sorte de sélection naturelle, en quelque sorte...): cela fait 2000 ans que les agriculteurs labourent, il me semble...

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