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Conduite du semis de blé tendre en novembre 2019 en Normandie Messagerie Normandie

Semis de céréales différés : des adaptations variétales et culturales à prévoir

14 novembre 2019

Avec l’installation d’un temps perturbé depuis bientôt un mois et des cumuls de pluie importants (2 à 3 fois la médiane), les chantiers de semis de céréales ont pris du retard. Voici quelques préconisations pour adapter le choix variétal et la conduite des cultures.

Jusqu’à fin décembre, pas d’inquiétude sur la capacité à monter à épi pour la plupart des variétés. Il faut toutefois faire quelques ajustements de l’itinéraire technique, notamment concernant les densités de semis.

Retour de conditions humides et absence de créneaux de semis

La pluviométrie sur le secteur Normand du 1er octobre au 4 novembre se situe, en moyenne, entre 150 et 200 mm (carte 1). Pour l’Eure, les cumuls sont compris entre 100 et 150 mm. Pour la Seine-Maritime, le Calvados et l’Orne, la pluviométrie est comprise entre 150 et 200 mm en moyenne et pour la Manche entre 200 et 310 mm.

Carte 1 : Pluviométrie de 1er octobre au 4 novembre 2019 (mm)

Les quantités d’eau cumulées sont telles que les sols atteignent désormais ou dépassent très fréquemment la capacité au champ (réserves en eau du sol accessible à la plante reconstituées, éventuellement drainage en cours). Ainsi, les parcelles qui n’ont pas encore été semées peuvent ne pas être praticables à court terme pour implanter dans de bonnes conditions.

Semis retardés : quelles conséquences pour le potentiel de rendement ?

Conséquences à variété inchangée

Les essais menés au cours des années précédentes sur blé tendre permettent d’évaluer l’impact de la date de semis sur le rendement final. La figure 1 illustre les pertes de rendement en pourcentage du rendement maximal en fonction de la date de semis. Pour un semis au 20 novembre, le potentiel est aux alentours de 85 % du maximum et descend à 75 % au 15 décembre.

Figure 1 : Potentiel de rendement en fonction de la date de semis - Zone Bretagne et Normandie (35 essais et 77 situations de 1997 à 2015 ARVALIS - Institut du végétal)

Conséquences en adaptant la précocité variétale à la date de semis

Dans le cas de semis très tardifs (décembre et au-delà), le changement de variété peut s’avérer indispensable ; cependant, il n’est pas nécessaire de se ruer immédiatement vers des variétés alternatives ou de printemps. En effet, les variétés de type ½ hiver ou ½ alternatives restent souvent les plus productives pour des semis jusqu’en février, et cela même si elles présentent une tardiveté significative (+5 à 10 j à épiaison) par rapport aux variétés de printemps.

Figures 2 et 3 : Effet de la note d’alternativité sur la précocité à épiaison et le rendement en situation de semis de rattrapage (15 février / 01 mars / 15 mars) en zone Nord


(Source : essais variétés de blé tendre en semis de rattrapage 2002-2018 ARVALIS)

Semis retardés : quelles décisions quant au choix variétal ?

Lorsque les semis sont fortement retardés (décembre et au-delà), il est important de se pencher sur le choix de la ou des variétés à implanter, pour s’assurer que leur cycle ne sera pas retardé au point de les exposer trop fortement aux stress de fin de cycle (critère de décision : précocité à épiaison), et qu’elles pourront épier sans difficulté (critère d’alternativité). (Retrouvez les notes d’alternativité et de précocité à épiaison pour les variétés de blé tendre, d’orge et de triticale dans l'encadré en fin d'article).

Jusque mi-décembre, les conditions requises pour la vernalisation (températures entre 3 et 10°C environ) seront vraisemblablement obtenues pour la quasi-totalité des variétés sur la moitié nord de la France. Cependant, garantir qu’une culture va épier ne garantit pas pour autant qu’elle va épier dans les meilleures conditions : il faut donc vérifier que la précocité de la variété (indiquée par la précocité à épiaison) ne conditionne pas un cycle trop long et tardif.

A partir de la mi-décembre, il devient progressivement indispensable de prendre en compte l’alternativité. En effet, ce critère traduit l’aptitude d’une variété à épier en l’absence de période fraîche pendant l’hiver. Ainsi, une variété hiver (note d’alternativité de 2) ou très hiver (note 1) nécessitent entre 6 et 8 semaines de vernalisation, contre 1 à 3 semaines pour les variétés demi-alternatives ou alternatives (notes supérieures ou égales à 6). Autrement dit, une variété très hiver implantée en février ou mars présente une forte probabilité de ne pas voir ses besoins en vernalisation satisfaits, et donc, de ne pas pouvoir épier à une période favorable.

Le tableau 1 donne quelques orientations pour l’adaptation de la précocité variétale en fonction du mois de semis. Il est nécessaire de combiner alternativité ET précocité épiaison.

Tableau 1 : Notes d’alternativité et de précocité épiaison minimales à respecter pour des semis de novembre à mars

Et pour l’orge d’hiver et le triticale ?

Dans des secteurs où le risque gel est limité, le maintien des orges d’hiver reste raisonnable. Cependant, un retard de semis va notamment avoir un impact sur la dynamique de tallage, et donc, le risque d’avoir une densité d’épis limitante.

Du point de vue de la phénologie, les variétés d’orges d’hiver (2 et 6 rangs) sont pour la majorité au moins ½ alternatives (note d’alternativité ≥ 5) ; il y a donc peu de risque de voir la précocité des cultures déraper vers trop de tardivité.

Chez le triticale, les variétés se distinguent par des notes d’alternativité très étalées. Il convient donc de mettre en œuvre la même démarche qu'en blé tendre : si possible, privilégier des variétés de plus en plus précoces lors que les semis tardent, et tenir compte de l’alternativité dès que les implantations approchent de Noël. A la différence du blé tendre, beaucoup de variétés sont alternatives voire de printemps.

Adaptation nécessaire des pratiques

Densité de semis

Le décalage de la date de semis impacte directement la dose de semis, à la fois à cause du risque de perte à la levée (limaces, risque d’hydromorphie à des stades sensibles, lenteur de la levée), et du tallage fortement réduit. Il est donc nécessaire d’adapter à la hausse la quantité de grains semés au mètre-carré.

Le tableau 2 résume les préconisations de densités de semis pour la Normandie selon le type de sol. Pour les semis tardifs, l’objectif est d’obtenir 210 à 250 plantes/m² en sortie d’hiver.

Tableau 2 : Densités de semis (grains/m²) optimales pour des semis tardifs pour la Normandie

Désherbage

Les conditions actuelles auront souvent trois conséquences :
- Une part des adventices aura levé en octobre, permettant un effet de faux-semis pour les graines de surface et les repousses.
- Le recours au labour sera probablement accru suite à cet épisode humide, permettant sans doute de réduire la pression en graminées, mais possiblement en provoquant un basculement de flore vers plus de dicotylédones dont les graines auront été mises en surface par le labour.
- Les désherbages d’automne seront parfois compromis ou impossibles (peu de créneaux disponibles, levées lentes, parcelles non praticables), obligeant à un recours à des désherbages de sortie d’hiver.

Fertilisation

La fertilisation devra être adaptée :
- Le potentiel de rendement devra être revu à la baisse.
- L’enracinement des céréales sera tardifié, notamment en sortie d’hiver et au printemps.
- Le faible tallage causé par le semis tardif devra peut-être être soutenu en sortie d’hiver par des apports adaptés.

Maladies et ravageurs

Les semis tardifs auront permis l’évitement des insectes d’automne. Cependant, des implantations en novembre ou décembre conduisent le plus souvent à des levées très lentes, qui peuvent exposer les plantules aux limaces. (Retrouvez les règles de décision d’un traitement en se basant sur l’observation ou le piégeage de limaces dans l'encadré en fin d'article).

Au printemps, le moindre inoculum dans les parcelles et le rythme accéléré des sorties de feuilles devraient permettre de réduire les risques précoces de maladie.

Téléchargez :

- les caractéristiques physiologiques des variétés de céréales
- l'arbre d’aide à la décision basée sur l’observation des céréales

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