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CEREALES / Semis de blé tendre : serrez les rangs

07 novembre 2011

Augmenter l'écartement entre lignes de semis peut sembler intéressant pour permettre le binage d'une céréale à paille telle que le blé tendre. Mais, dès 25 cm d'inter-rang, le rendement est pénalisé. Dans la grande majorité des conditions de culture, des interlignes étroits restent donc la règle.

Sommaire :

► Le rendement pénalisé
► Un effet variété indéniable
► Les milieux à fort potentiel davantage pénalisés
► Un intérêt limité

Semer ses céréales avec des inter-rangs de 25 cm ou plus est une technique qui semble se développer dans l'Hexagone. Elle présente l'avantage de rendre possible le binage des cultures. Elle accompagne également l'arrivée de nouveaux semoirs à dents, conçus pour une utilisation dans des débris végétaux. Utilisés notamment au Canada, ces matériels sont destinés au semis direct ou au travail superficiel du sol (Väderstad Seedhawk, Ecomulch Contour Master, Amazone Cayena). Le fort écartement entre lignes de semis limite alors les risques de bourrage des dents dans les résidus. Il réduit également la puissance de traction et le coût des semoirs tout en diminuant le bouleversement du sol et, donc, les nouvelles levées d'adventices.

Le rendement pénalisé

Mais, le rendement est pénalisé car la composante « nombre de grains par m2 » reste en retrait dans les implantations avec des inter-rangs de 25 cm ou plus, par rapport aux semis traditionnels à moins de 20 cm. En moyenne, la baisse est de 6 % pour des écartements de 25 cm. Elle atteint 15 % pour ceux de 35 cm.

Plusieurs phénomènes expliquent cette perte de rendement. Tout d'abord, les écartements élevés limitent la production de biomasse. L'écartement entre plantes conditionne en effet leur accès aux ressources naturelles : lumière pour les feuilles, eau et éléments minéraux au niveau des racines. La structure du peuplement change aussi la perception des signaux lumineux par les plantes, ce qui modifie leur physiologie et leur architecture. En particulier, elles ne perçoivent plus de la même façon les longueurs d'ondes du rouge clair et du rouge sombre, ce qui réduit l'émission de talles. Dans les forts écartements, la baisse du nombre de talles viables peut ainsi aller de 10 à 30 %. La levée se montre également moins bonne, la concurrence entre plantules dans chaque rang jouant probablement un rôle, surtout dans la phase précoce. A partir de la montaison, certains mécanismes de rattrapages se mettent cependant en place : la montée à épi des talles produites peut même s'avérer meilleure dans les forts écartements (jusqu'à 5 %) et la fertilité des épis augmente (jusqu'à 10 %). Mais ces deux phénomènes de compensation ne suffisent pas.


Des inter-rangs trop larges peuvent pénaliser les rendements jusqu'à 15 %.

Une interrogation récurrente

La question de la distance entre deux lignes de semis se pose de façon récurrente en fonction de l'apparition de nouveaux matériels ou de nouvelles pratiques telles que le semis direct. Cependant, dès 1983, Perspectives Agricoles soulignait que les meilleurs rendements étaient obtenus avec des inter-rangs étroits, prés de la moitié des essais montrant des gains d'au moins 2 q/ha entre des écartements de 9-13 cm et d'autres, plus larges (16-20 cm).

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Un effet variété indéniable

Les pertes de rendement sont accentuées chez certaines variétés. Variété à port foliaire dressé dite érectophylle, Caphorn n'assure pas une aussi bonne interception de l'énergie lumineuse entre les rangs qu'Oratorio, au port planophylle. Le mode de constitution du rendement des variétés joue également en défaveur de Caphorn. Ce blé talle faiblement et sa fertilité par épi, naturellement forte, ne semble pas capable de compenser le déficit d'épis par m2. A l'inverse, Oratorio couvre bien l'inter-rang, produit systématiquement assez de talles, même en écartements larges, et semble capable d'augmenter sa fertilité par épi. Au final, son rendement reste donc stable sur une large plage d'écartements entre les rangs.

Les inter-rangs larges pénalisent plus le rendement de Caphorn (à gauche) que celui d'Oratorio (à droite).

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Les milieux à fort potentiel davantage pénalisés

Le milieu conditionne également le niveau de perte. Les sols à fort potentiel sont davantage pénalisés par des interlignes larges car ils valorisent pleinement les couverts denses en assurant un nombre élevé de grains/m2 durant tout le cycle. Dans les essais conduits à la station de Rots, en plaine de Caen, le rendement chute ainsi de façon linéaire lorsque l'inter-rang passe de 12,5 cm à 25 cm puis à 37,5 cm, et ce, quelle que soit la variété. A l'inverse, dans la station d'Epieds (limon caillouteux du plateau de Saint André dans l'Eure), fortement pénalisé par la sécheresse du printemps 2010, le potentiel de grains/m2 est atteint tant à des inter-rangs de 17,5 cm qu'à ceux de 35 cm.


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Les variétés à port dressé ne ferment pas assez tôt les inter-rangs trop larges et laissent donc la place aux adventices dans ces zones. 

Un intérêt limité

En cas de binage, les grands écartements permettent l'utilisation des équipements traditionnels, même s'il existe des matériels plus modernes autorisant des semis plus étroits. Mais l'efficacité du binage des céréales reste moyenne et aléatoire avec peu de jours disponibles. De plus, les adventices trouvent des conditions de développement plus favorables dans les interlignes larges. Hormis pour les semis direct, les grands écartements présentent donc peu d'intérêt. Dans la majorité des conditions de culture, où l'ensemble de la surface est travaillée lors de la préparation des semis (herse rotative/semoir, semoir avec module de préparation) et quand un binage n'est pas nécessaire, il vaut donc mieux préférer un interligne étroit. Celui-ci permet de maximiser le potentiel de la culture. Cette dernière concurrence précocement les adventices et limite ainsi le salissement de la parcelle. Ce type d'implantation reste d'ailleurs parfaitement compatible avec certains outils de désherbage mécanique comme la herse étrille ou la houe rotative.





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