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OH ETINCEL (à gauche)  et OP RGT Planet (à droite), orges de printemps semés à l'automne 2017 en Bourgogne. Messagerie Bourgogne-Franche-Comté

Semer de l’orge de printemps à l’automne : plutôt de l’occasionnel

27 septembre 2018

Depuis peu, de plus en plus d’orges de printemps sont semées à l’automne. Un essai conduit en Plaine de Dijon a permis d’évaluer l’intérêt de cette pratique « de rupture ». Le point sur les résultats obtenus et la conduite à tenir.

RGT Planet implantée fin octobre produit rendement et qualité brassicole

Avant de résumer les principaux résultats du match « Etincel vs RGT Planet, à trois dates de semis, en 2017 et 2018 en Plaine de Dijon », il faut répondre à la question que tous se posent : RGT Planet semée à l’automne a-t-elle passée l’hiver sans encombre ?

En semis de fin octobre, en ayant connu des périodes de gel (de -7 à -10° du 19 au 27/01/2017 et de -7 à -11° du 26 au 28/02/2018) sur une culture en plein tallage, attendant épi 1 cm au cours de la dernière décade de mars, RGT Planet n’a connu que quelques blanchiments du feuillage très passagers.



Les rendements obtenus en 2017 et 2018 (figure 1) sont élevés dans ce milieu favorable de la Plaine de Dijon. Ni le sec printanier de 2017 ni la forte pluviosité enregistrée en 2018 ou les fortes chaleurs observées en fin de campagne des deux années n’ont vraiment entamé le potentiel de rendement de manière significative.

Figure 1 : Rendements obtenus pour des semis fin septembre, fin octobre et fin février

Dans ce contexte, RGT Planet de fin octobre produit régulièrement 20 q/ha de plus que RGT Planet de fin février. De son côté, Etincel confirme une dégradation de son rendement en semis tardif mais fait jeu égal, en semis précoce, avec RGT Planet de fin octobre.

Du côté du calibrage, les résultats obtenus en 2017 et 2018 sont variables pour les deux espèces à chaque date de semis (figure 2). Dit autrement, qu’il s’agisse de RGT Planet semée fin octobre ou fin février et d’Etincel semée fin septembre, l’assurance d’un calibrage supérieur à 90, au tamis de 2,5 mm, n’est jamais acquise à 100 %.

Du côté de la teneur en protéines, les résultats obtenus en 2017 et 2018 restent dans la fourchette 9,5 – 11,5 % pour les situations qui nous intéressent le plus (figure 3). Néanmoins, la teneur en protéines entre les deux années semble plus régulière pour RGT Planet de fin octobre que de fin février. Etincel en semis de fin septembre semble encore plus régulière, voire plus robuste, vis-à-vis de ce critère.

Figure 2 : Calibrages obtenus pour des semis fin septembre, fin octobre et fin février


Figure 3 : Teneurs en protéines obtenues pour des semis fin septembre, fin octobre et fin février

Enfin, sur le plan économique, sur la base des résultats de cet essai et avec des hypothèses sans doute un peu grossières : la production est brassicole, RGT Planet est vendue 30 €/t de plus qu’Etincel, les intrants coûtent 25 €/ha de plus pour Etincel par rapport à RGT Planet de fin octobre, cette dernière coûtant encore 50 €/ha de plus à produire que RGT Planet de fin février. Cela établi, RGT Planet de fin octobre procure une marge brute supérieure d’environ 20-25 % par rapport à RGT Planet de fin février et Etincel de fin septembre, toutes les deux au même niveau, dans le contexte de ces deux années d’expérimentation.

Mode d’emploi pour une orge de printemps semée à l’automne

Depuis deux ans, donc avec un recul nécessitant la prudence, RGT Planet semée fin octobre à début novembre donne de très bons résultats en rendement brassicole, aussi bien en expérimentation que chez certains producteurs qui ont tenté l’expérience en Bourgogne-Franche-Comté. Sur un cycle rallongé par rapport à celui d’un semis de printemps, c’est aussi plus d’opportunité pour piloter la conduite de culture, ne serait-ce que pour la fertilisation azotée.

Des risques de gel ?

Mais la technique a aussi ses limites que chacun appréciera et hiérarchisera. On pense d’abord au risque de gel qui peut revêtir des formes et conséquences diverses. D’abord le risque hivernal alors que la plante est en plein tallage. Avec RGT Planet, sachant que pour les autres variétés on ne sait pas, l’expérience acquise en 2017 et 2018 a montré qu’elle passait l’hiver en ayant subi des températures négatives sous abri comprises entre -10 et -12°C, sur une durée assez brève. L’analyse fréquentielle de ce type de gel donne un risque de l’ordre de 4 à 5 années sur 10 à Dijon et de 2 années sur 10 à Auxerre.

Ensuite, il ne faut pas exclure le risque de gel de l’épi car l’orge de printemps aurait commencé sa montaison très tôt sous l’effet de températures douces pendant l’hiver. Pour cette espèce naturellement alternative, la parade est de ne pas semer trop tôt. Il est probable, qu’en Bourgogne, la date optimale de semis se situe dans une plage de la fin octobre à tout début novembre. Par ailleurs, il sera obligatoire de semer sur un sol finement préparé et ressuyé. Si ce n’est pas le cas, il faudra reporter ce semis en fin d’hiver avec opportunisme. Pour être complet sur les questions d’implantation, il faut semer dense car on ne sait pas de quoi sera fait l’hiver et puis aussi parce qu’une orge de printemps fait son rendement essentiellement avec des épis/m² : 400 grains/m² en bonnes terres de plaines et vallées et 450 grains/m² sur des argilo calcaires plus ou moins caillouteux.

Et la lutte contre les pathogènes ?

Si on fait le tour des bio-agresseurs susceptibles d’affecter cette orge de printemps semée à l’automne, d’abord rappeler que les variétés inscrites sont toutes sensibles aux mosaïques de type Y1 comme Y2. Par ailleurs, bien que le semis soit tardif, rien n’empêche de voir le développement de pucerons dans un contexte d’hiver doux.

Concernant la lutte contre les mauvaises herbes, semer une orge de printemps fin octobre revient soit à décaler la date de semis d’une céréale d’hiver, soit à faire l’impasse sur la capacité nettoyante de cette orge semée au printemps. Dans ces conditions, l’orge de printemps implantée à l’automne ne sera pas indemne de graminées adventices. Par ailleurs, les produits racinaires d’automne sont autorisés au sens de l’homologation mais un doute persiste à la lecture de la liste des produits recommandés par la filière brassicole. En conséquence, on préfèrera implanter une orge de printemps fin octobre sur des parcelles présentant des infestations faibles à modestes. Outre le fait de ne pas avoir dépensé un herbicide en cas de gel de la culture, c’est une manière de gérer durablement des parcelles encore propres.

Du côté de la lutte contre la maladie et la verse, certes RGT Planet semble moins sensible aux maladies que la majorité des orges d’hiver mais la vigilance sera de mise vis-à-vis d’attaques précoces de rhynchosporiose en sortie d’hiver, dès la mi-février. Comme sur les orges d’hiver, l’application d’un régulateur de croissance peut être conseillée dans les milieux favorables.

Côté fertilisation

Enfin, la fertilisation azotée sera gérée comme celle d’une orge d’hiver : méthode du bilan azoté, fractionnement en 2 apports à partir de la sortie de l’hiver puis mise en œuvre de la méthode HNT Max pour piloter un éventuel apport supplémentaire afin de ne pas « louper » l’année favorable à la production.

Que faut-il retenir ?- Implanter de l’orge de printemps à l’automne n’est qu’une opportunité et certainement pas une nouvelle pratique à généraliser, ne serait-ce que pour ne pas déstabiliser l’équilibre entre les marchés 6 rangs hiver brassicoles et 2 rangs printemps brassicoles. Par ailleurs, rien n’indique que les systèmes assurantiels actuels prennent en compte cette pratique.
- Ne surtout pas semer avant le 25 octobre sous peine de subir un gel d’épis montés trop précocement en cours d’hiver. Retenir RGT Planet car on ne connait pas le comportement des autres variétés et semer dense.
- Semer sur une parcelle non inféodée par la mosaïque, propre en graminées adventices et venté pour limiter le risque de pucerons vecteurs de la jaunisse nanisante.
- Surveiller attentivement l’arrivée de la rhynchosporiose en fin d’hiver et si nécessaire, déjà appliquer un fongicide efficace contre cette maladie.
- Piloter un troisième apport d’azote, en plus de la dose totale déjà appliquée, avec la méthode HNT-Max développé par ARVALIS et YARA.

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