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exploitation des luzernes Protéagineux

Réussir ses récoltes de luzerne : savoir-faire, technicité et bonnes conditions de séchage

26 juin 2014

L’objectif de valorisation de la luzerne (type d’animaux à nourrir, importance de ce fourrage dans la ration...) détermine très souvent son mode de récolte. Mais ensilage, foin et enrubannage peuvent se succéder dans l’année au gré des coupes successives selon les conditions de séchage au moment de la récolte et les équipements disponibles pour récolter, stocker puis distribuer.

La récolte de la luzerne, en ensilage, enrubannage ou foin, dépend de bonnes conditions de séchage au champ : de un à trois jours pour l’ensilage, de deux à quatre pour l’enrubannage et de trois à six pour le foin.
Pour sécuriser la récolte de la luzerne, d’autres modes de récolte existent mais ils nécessitent des équipements et des investissements spécifiques : affourragement en vert, silo-tours, séchoir en grange, unités de déshydratation…

La luzerne naturellement difficile à ensiler… mais, c’est possible !

L’ensilage est pratiqué généralement à la première coupe, quand la surface en luzerne permet de confectionner un silo de taille suffisante. Comme la teneur en sucres de ce fourrage est faible (de 7 à 8 % contre 15 à 20 % pour des graminées type ray-grass) et que ses teneurs en protéines et en minéraux sont élevées, la baisse du pH nécessaire à la conservation exige que le taux de matière sèche dépasse 35 % (un à trois jours peuvent être nécessaires). Dans ce cas, un pH de 4,6 à 4,7 est suffisant pour empêcher le développement des butyriques.

Réaliser un pré-fanage suffisant pour bien conserver la luzerne.

La bonne conservation de l’ensilage de luzerne en silo à plat exige donc de redoubler de vigilance sur le degré de pré-fanage, mais aussi sur le tassement et l’herméticité du silo. Le système de hachage de l’ensileuse homogénéise la teneur en matière sèche : il faut viser une longueur de brins de moins de 5 cm. Ainsi, les sucres des brins hâchés, libérés rapidement, seront immédiatement disponibles pour le démarrage rapide des fermentations. Les bactéries lactiques se mettent au travail dès que l’oxygène enfermé dans le silo est épuisé par la respiration du fourrage.

Si la récolte s’effectue à moins de 35 % de MS, il faudra compenser l’insuffisance d’acidification par l’ajout de conservateurs (acide formique, sels d’acides ou encore enzymes cellulolytiques), d’autres sources de sucres comme la mélasse ou de produits absorbant l’excès d’humidité (pulpes sèches…).

L’enrubannage : pour sécuriser les récoltes

Les éleveurs plébiscitent de plus en plus l’enrubannage de luzerne car cette technique combine de nombreux avantages : première coupe plus précoce au printemps, moindres pertes au champ que pour le foin…

Deux conditions sont essentielles pour limiter le développement de spores butyriques en cours de conservation : l’absence de terre dans les balles (grâce à une hauteur de coupe d’au moins 6 à 8 cm) et une MS de 50 à 60 %. Ainsi, le taux de MS en chaque point de la balle enrubannée sera d’au moins 35 %.

6 couches de plastique ?
Le nombre de couches de film plastique pour l’enrubannage dépend avant tout de la qualité de sa pose. Si 4 couches bien posées suffisent généralement pour assurer l’herméticité d’une balle de graminée au stade feuillu, il vaut mieux passer à 6 couches voire 8 en balles de luzerne, car les tiges ont tendance à perforer le plastique. C’est encore plus nécessaire pour les balles rectangulaires.

La qualité du pressage sera également déterminante sur les quantités d’oxygène emprisonnées dans la balle : elles doivent être les plus faibles possibles en visant une densité des balles d’au moins 200 à 220 kg MS/m3. Cet objectif sera plus facile à atteindre si la presse est équipée du système rotocut qui coupe les tiges en tronçons d’environ 5 cm, si les andains à presser sont réguliers et homogènes (surtout en pressage à balles rondes) et si le nombre de tours de liage filets ou ficelles est suffisant.

Le foin, le risque de pertes est au champ

Plus encore que les deux précédents modes de récolte, le savoir-faire est essentiel à la réussite de la récolte du foin de luzerne. Les pertes au champ peuvent dépasser 30 % du rendement initial quand les interventions de récolte ne sont pas maîtrisées. Ce sont les feuilles, deux à trois fois plus riches que les tiges, qui occasionnent le plus de pertes en se desséchant 1,5 à 2 fois plus vite que les tiges.

Pour le fauchage, il est conseillé d’intervenir après la rosée de façon à optimiser le séchage le 1er jour. L’idéal pour les légumineuses est la faucheuse conditionneuse à rouleaux qui écrasent et plient les tiges pour une meilleure dessiccation. Il est déconseillé d’utiliser une conditionneuse à fléaux, « véritables effeuilleuses » pour les feuilles de luzerne. Quant à la faucheuse à disques classique, elle étale plus largement l’andain et économise un premier fanage aussitôt après la fauche pour amener le fourrage de 15 à 35-45 % de MS.

Le fanage et l’andainage sont les interventions les plus délicates avec des risques de pertes importantes. Ne jamais intervenir en pleine chaleur mais impérativement pendant la rosée. Les fenêtres d’intervention sont parfois limitées à 1 à 2 h en fonction des conditions météo ce qui confère un avantage aux faneuses et andaineurs de grande largeur pour augmenter les débits de chantier.

Le fanage est souvent inutile en 3e et 4e coupe si la faucheuse a pu étaler l’andain. Le foin de luzerne ne doit pas « voler » en l’air, mais il doit être simplement remué sans être plaqué au sol après le passage de la faneuse. Dans l’idéal, il faudrait baisser la vitesse d’entraînement de la faneuse à la prise de force à moins de 300 tr/min.

L’andainage (voir un pré-andainage quand le rendement est conséquent) doit se faire idéalement à environ 50 % à 60 % de MS pour atteindre les 80-85 % de MS qui autorisent une conservation en foin sans risques. Là aussi, il est impératif d’intervenir le matin dans la rosée et de créer des andains aérés pour terminer le séchage.

Le pressage se fera le matin après la rosée ou tard le soir à la reprise d’humidité. Les pertes sont minimisées par la récolte de gros andains avec les presses à balles rondes à chambre variable : le temps de rotation dans la chambre est alors limité. Le liage filet est indispensable pour ne pas gâcher toutes les précautions mises en oeuvre en amont.


Avec une récolte en ensilage à plus de 35 % de MS, la luzerne exige un excellent tassage.


L’idéal pour les légumineuses est la faucheuse conditionneuse à rouleaux qui écrasent et plient les tiges pour une meilleure dessiccation.

Téléchargez ARVALIS - CETIOM Infos septembre 2013 "Fourrages et tourteaux : les meilleures stratégies pour nourrir le troupeau", dont cet article est extrait.

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