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Epi de blé dur au stade épiaison en mai 2021 en Poitou-Charentes : un risque fusarioses à surveiller Messagerie Poitou-Charentes

Retour des pluies et floraisons des blés : quel est le risque de fusarioses ?

12 mai 2021

Après un début de printemps sec, voire extrêmement sec depuis mi-mars, le mois de mai est arrivé avec une météo plus perturbée et plus pluvieuse. Pour les semis d’octobre, les floraisons ont débuté la semaine dernière. Elles se poursuivent dans de nombreuses parcelles cette semaine, avec, dans la plupart des cas, une dizaine de jours après l’épiaison, à la faveur de températures relativement fraîches pour la saison. Une pluviométrie abondante sur cette période est un facteur de risque de fusarioses des épis, pouvant inciter à intervenir dans les situations les plus à risque.

Situation climatique et risque de développement de la maladie

On peut rappeler que le climat joue un rôle prépondérant dans le cycle du champignon des Fusarium avec de grandes phases : de la maturation des spores à la production de toxines par le champignon, en passant par le développement sur l’épi.

Ainsi, de la pluie et/ou des hygrométries saturantes à partir de la fin de la montaison, associées à des températures supérieures à 10°C, favorisent la maturation des périthèces sur les résidus de culture, et par conséquent, l’émission d’ascospores transportées par le vent vers les épis. Ces conditions étaient peu propices cette année.

Ensuite, des humidités relatives de l’air élevées permettent la contamination de l’épi. Lors de la floraison des blés, les pièces florales s’entrouvrent, libérant le pollen : c’est le stade le plus sensible de la céréale.

Les symptômes apparaissent deux à trois semaines après floraison.

Cette année, les parcelles les plus précoces ont fleuri la semaine dernière, et dans certains cas, pendant un épisode pluvieux (attention pluies très variables selon les secteurs), mais après une période généralement sèche moins favorable à la maturation des périthèces (attention aux pluies localement abondantes survenues en avril).

La situation est un peu différente pour les parcelles arrivant à floraison cette semaine ou plus tard, qui auront connu un temps plus humide ces dix derniers jours. Si les pluies persistent, le risque de développement du champignon sera plus important même si les températures actuelles un peu basses sont moins favorables aux Fusarium.

Adapter la protection fusarioses à la pluviosité et au contexte agronomique : priorité aux blés dur

Pour les blés durs : la protection vis-à-vis des fusarioses est un enjeu majeur

Ces maladies engendrent une dépréciation de la qualité technologique, des pertes de rendement et des risques sur la qualité sanitaire (DON). Le traitement à floraison est fortement recommandé, compte tenu de la sensibilité de l’espèce blé dur et les risques pour la qualité sanitaire. Son positionnement, le choix du produit et les conditions d’application sont importants à respecter. En plus d’être efficace contre les Fusarium toxinogènes, afin de limiter le taux de moucheture les années humides en fin de cycle, le traitement fongicide à floraison doit être réalisé avec des matières actives contrôlant Microdochium spp (prothioconazole). Pour la protection de l’épi, notre préférence va donc vers les solutions associant prothioconazole et tébuconazole de type Prosaro ou Kestrel. La dose est à adapter, allant de 0,6 l/ha si l’année est sèche autour de la floraison et avec une variété peu sensible, à 1 l/ha pour les situations les plus exposées.

Pour les situations actuelles de parcelles de blé dur en tout début floraison ou dans les jours à venir, compte tenu des prévisions de pluie annoncées toute cette semaine, la fourchette haute de la dose est à privilégier d’autant plus que certains blés durs n’ont pas eu de protection dite « feuilles » avec l’absence des maladies foliaires.

Pour les blés tendres

La nécessité de protéger les cultures à la floraison dépend à la fois du risque agronomique (précédent, sensibilité variétale et travail du sol) et du climat (pluviosité cumulée entre + et – 7 jours autour de la floraison). La grille ARVALIS permet (figure 1) de qualifier le risque.

Les pluies annoncées dans les prochains jours, si elles sont abondantes (> 40 mm à +/- 7 jours de la floraison), pourraient situer l’année à un niveau de risque assez élevé pour les parcelles à floraison cette semaine. Il est alors nécessaire d’intervenir sur les parcelles les plus à risque (précédent maïs ou sorgho, sans enfouissement des résidus de culture) mais également dans certains cas sur variétés sensibles en situation de risque moindre en cas de pluies abondantes (niveau de risque de 3 à 7).

Plusieurs substances actives de la famille des triazoles ont une action sur les fusarioses  : metconazole, tébuconazole, prothioconazole et bromuconazole. Certaines solutions à base de triazole solo peuvent être plus économiques mais n’agissent que sur l’une des deux souches potentiellement responsables des fusarioses. En cas de risque fort, il sera plutôt recommandé d’intervenir avec des solutions qui combinent les substances actives les plus efficaces, permettant également une action contre M. nivale (associations prothioconozale + tébuconazole).

Figure 1 : Grille de risque DON blé tendre

Légende : Recommandations associées à chaque niveau de risque :
1 et 2 : Le risque fusariose est minimum et présage d’une bonne qualité sanitaire du grain vis-à-vis de la teneur en DON. Pas de traitement spécifique vis-à-vis des fusarioses quelles que soient les conditions climatiques.
3 : Le risque peut être encore minimisé en choisissant une variété moins sensible. Traiter spécifiquement vis-à-vis des fusarioses en cas de climat humide (cumul de pluie > 40 mm pendant la période entourant la floraison).
4 et 5 : Il est préférable d’implanter une variété moins sensible ou de réaliser un labour pour revenir à un niveau de risque inférieur. A défaut, effectuer un broyage le plus fin possible et une incorporation des résidus rapidement après la récolte. Pour ces deux niveaux de risque, envisager un traitement spécifique vis-à-vis des fusarioses, sauf si le climat est très sec pendant la période de floraison (cumul de pluie < 10 mm pendant les +/- 7 jours entourant la floraison).
6 et 7 : Modifier le système de culture pour revenir à un niveau de risque inférieur. Labourer ou réaliser un broyage le plus fin possible des résidus de culture avec une incorporation rapidement après la récolte sont les solutions techniques les plus efficaces et qui doivent être considérées avant toute autre solution. Choisir une variété peu sensible à la fusariose. Traiter systématiquement avec un traitement * anti-fusarium efficace.
* Traitements efficaces contre F. graminearum et F. culmorum : principalement produits à base de prothioconazole, tébuconazole ou metconazole, utilisés début floraison à une dose suffisante (60 à 80% de la dose homologuée minimum, selon le produit utilisé). Le thiophanate-méthyl et une association dimoxystrobine + époxiconazole également efficaces contre les Fusarium ont récemment complété la gamme des solutions possibles. Notez que parmi les solutions efficaces contre les Fusarium spp., il existe des différences marquées d’efficacité sur Microdochium spp. Une nuance qui peut s’avérer importante certaines années.

Le cumul de pluies de la semaine dernière est hétérogène selon les secteurs, et peut être pris en compte dans l’évaluation du risque pour les floraisons actuelles.

Carte 1 : Pluviométrie du 3 au 9 mai 2021

Figure 2 : Sensibilité des variétés au risque DON* (Fusariose graminearum) - échelle 2020/2021

Fusarioses des épis : trois points à retenir• La conduite de la culture devra être adaptée à chaque situation agronomique et climatique, en tenant compte de la date de floraison.
• Pour maximiser l’efficacité des solutions phytosanitaires (qui n’ont déjà qu’une efficacité partielle), il est nécessaire de positionner tout début floraison les fongicides spécifiques anti-fusarioses, lorsque les premières étamines sortent, ce qui rend souvent cette intervention compliquée à positionner.
• En cas de traitement, il est nécessaire de bien viser l’épi, plus difficile à atteindre par pulvérisation que les feuilles. Pour se faire, il est essentiel d’appliquer le produit avec un volume de bouillie d’au moins 150 l/ha, voire 180 à 200 l/ha afin de garantir la meilleure efficacité.

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