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Parcelle de blé tendre mûr au coucher de soleil, en 2016, en Poitou Charentes Messagerie Poitou-Charentes

Rendements des blés en 2016 : la pluie, seule responsable ?

04 août 2016

Alors que les moissons se terminent et que les résultats obtenus en Poitou-Charentes sont souvent décevants, voire catastrophiques, notamment pour les blés durs, il est compréhensible de vouloir tout remettre en cause sur l’itinéraire technique, voire l’accompagnement… A-t-on mis trop d’azote ? Les produits fonctionnent-ils encore ? M’a-t-on mal conseillé ? L’analyse des résultats n’est pas terminée, mais on peut néanmoins revenir sur les trois principales raisons de ce coup de tonnerre.

Dans certaines parcelles, l’automne et l’hiver exceptionnellement doux avaient entraîné déjà de gros dégâts de viroses (mosaïques, Jaunisse Nanisante de l'Orge) et de maladies du pied (notamment piétin échaudage). Fin avril début mai, à plusieurs reprises de petites gelées blanches font craindre le pire. Toutefois, survenues lors d’épisodes de temps très clair et donc de forts rayonnements, leur faible intensité et leur brièveté n’ont pas entraîné de dégâts systématiques. Si quelques dégâts localisés dans des parcelles plus exposées (bas de pente, fond de vallée notamment où le froid s’est accumulé) leur conséquence reste très limitée.

Malgré ces incidents, très souvent, tous les indicateurs étaient au vert jusqu’au 15 mai (sans pour autant exclure un impact faible de JNO sur des parcelles ne présentant pas de symptômes). En effet, malgré un printemps plus frais que d’habitude, les céréales avaient réussi à convertir très efficacement l’azote apporté. Les composantes « biomasse » et « azote absorbé » à Floraison étaient au vert. Malgré une pression de maladies des feuilles importantes, les traitements appliqués s’étaient avérés jusque-là efficaces pour la contrôler. Dans les essais ARVALIS - Institut du végétal (Magneraud, Lusignan), les biomasses à floraison étaient du niveau de 2015, année exceptionnelle en rendement, soit 1 à 2 tonnes de matière sèche / hectare de plus que la moyenne des quinze dernières années.

Figure 1 : Quantité d’azote absorbée et biomasse au stade floraison


A partir du 15 mai, la situation se dégrade de jour en jour… De petites pluies répétées, accompagnées de températures très fraîches s’installent en pleine floraison et perturbent la mise en œuvre des protections floraison, notamment sur les blés durs. Puis d’énormes quantités d’eau s’abattent, en particulier sur le Nord et l’Est de la région (et sur une bonne partie de la France). En quelques jours, du 28 mai au 4 juin, on enregistre des cumuls parfois supérieurs à 100 mm, associés à de très faibles rayonnements et à des températures très fraîches. Certains secteurs reçoivent des épisodes de grêles.

Figure 2 : Cumuls de précipitations
(carte élaborée à partir des relevés de 56 postes météo)

Figure 3 : Cumuls de rayonnement
(carte élaborée à partir des relevés de 56 postes météo)

Or, les blés sont durant cette période, entre floraison et début de formation des grains, à une phase extrêmement sensible pour la composante Grains / Epi et le début Remplissage. Les excès d’eau provoquent des défauts de fécondation et des avortements de grains précoces. Au moment précis de la fécondation (1 à 3 jours avant la floraison), et dans les quelques jours qui suivent, les grains en tout début de formation ont besoin d’être alimentés par la plante. En cas d’excès d’eau (immersion ou simple excès d’eau), la plante réduit voire arrête son métabolisme, et ne peut donc pas alimenter les grains en cours d’initiation. Par ailleurs, des synthèses d’hormone (acide abscissique) peuvent pénaliser la fécondation des ovules. Dans une note publiée le 2 juin, l’équipe physiologie (J.C.Deswartes & co.) avait pointé ce risque, essentiellement pour les blés de la zone Nord, craignant de grosses pertes de rendement selon les cas (de 30 à 100%). Dans certaines situations, les parcelles sont restées saturées en eau durant 8 à 12 jours.

Et le remplissage ? les PMG ?

Plus que les cumuls de pluie pendant le remplissage (de floraison à floraison + 30 jours), c’est surtout le nombre de jours de pluie sur cette période qui est important. En fonction des précocités et de la localisation des parcelles de la région, on peut compter cette année jusqu’à 18 jours avec de la pluie sur 30 jours !

Les blés ont été constamment dans l’humidité, laissant au passage se développer largement des champignons comme les Microdochium sp sur épi ou aussi la septoriose.

La première conséquence est que les blés ne parviennent pas à remplir correctement les grains en cas d’humidité persistante. En observant les épis à maturité on peut trouver 3 types de grains dans des proportions variables selon la pression de Microdochium et la durée des excès d’eau :
• Des grains normaux, remplis correctement sans trace visible de Fusarium ou de Microdochium ;
• Des grains mal remplis voire très échaudés, présentant des symptômes de fusarioses ;
• Des grains avortés (formés incomplètement).

A titre d’exemple, la photo illustre des observations faites dans une situation intermédiaire : sols de limons profonds du sud-ouest de la Vienne.

Figure 4 : observations de grains sur un épi à maturité à Lusignan : en bas, grains normaux, au centre grains fusariés, légèrement échaudés, en haut grains très échaudés et avortés.

On voit bien en haut les ébauches de grains, avortés avant leur formation complète. Cette observation permet d’exclure l’hypothèse d’un accident lié à la fertilité des épis (froid de fin avril/début mai) et d’orienter le diagnostic sur un évènement survenu entre la fin de la floraison et le remplissage.

Dans cette situation, le déficit de Poids de 1000 grains (PMG) atteint 8 grammes par rapport à une année comme 2010 où le nombre de grains/m² était comparable. La perte de rendement atteint dans ce cas une vingtaine de quintaux par rapport au potentiel mis en place à la floraison.

Figure 5 : A nombre de grains/m² équivalent à celui de la campagne 2010, le PMG est réduit d’environ 8 g, soit un déficit dans ce cas d’environ 20 q/ha


En résumé

- Un bon nombre d’épis et un statut azoté satisfaisant à la floraison,
- Puis un gros problème de pluies (et donc de rayonnement) sur la formation des grains suivi d’un remplissage catastrophique lié à la pluie : directement (-20%) ou indirectement par les maladies de fin de cycle (variable selon les sites, les variétés et les protections) parfois amplifiés par la verse.
- Soit au moins 35 à 40% de rendement juste lié à l’eau… sans compter d’autres paramètres dans certaines parcelles comme la JNO, le piétin échaudage, les mosaïques et ponctuellement les conséquences des gelées de fin avril/début mai..

Ce sont des premiers éléments d’explication… Nous reviendrons, bien entendu, dans les semaines qui suivent sur un bilan plus détaillé lorsque toutes les données d’essais et les analyses complémentaires auront été réalisées.

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3 commentaires 11 août 2016 par TORCHE

Bonsoir une analyse intéressante ,puisqu'en Algérie c'est le même problème .un assèchement du grain en pleine floraison. des baisses de températures inhabituelles ont été constatées au mois de Mai.Un rendement négatif en particulier pour le blé dur. Salut à toute l'équipe ARVALIS.

05 août 2016 par MARTIN

remoi je n'ai ni trouvé ni reçu la note de Deswartes du 3 mais celle de Maufras du 2 juin. N'importe comment c'était déjà trop tard ! Entre Microdochui et Septoriose, c'est trop ! Quelle prevention efficace contre les 2 ? Si prévenir l'une permet à l'autre d'attaquer, personne n'a fini de travailler mais il faudra que le portefeuille puisse suivre ! A moins que les écolos fassent interdire le fongicide ad hoc !

05 août 2016 par MARTIN

J'attends la suite de cette analyse avec impatience.

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