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ARVALIS - CETIOM Infos

Ravageurs d'automne : pucerons, la lutte s'organise

27 septembre 2013

Les pucerons sont doublement nuisibles car ils prélèvent la sève des jeunes plantes et, surtout, car ils transmettent aux céréales le virus de la jaunisse nanisante de l’orge. Comprendre leurs spécificités biologiques est indispensable pour lutter contre ces ravageurs.

Redoutables ravageurs, les pucerons sont capables d’envahir les parcelles de manière spectaculaire. Leur mode de reproduction les y aide grâce à une succession de phases asexuées et sexuées.

Parthénogénèse : redoutable moyen d’une diffusion de masse

Mâles et femelles fécondables sont formés à l’automne sous l’effet conjugué de la baisse de la durée du jour et de la baisse des températures. Ces femelles pondent des oeufs résistants au froid. Lorsqu’ils éclosent, en fin d’hiver, ils donnent de nouvelles femelles capables de se reproduire sans fécondation, par parthénogénèse. La population de pucerons comporte alors des juxtapositions de clones dont sont issus des individus possédant le même génotype.

Au cours de la belle saison, jusqu’à vingt générations de femelles parthénogétiques peuvent se succéder chez les pucerons des céréales, chaque femelle donnant naissance à un maximum de 60 larves. Puis c’est l’automne et le cycle recommence. Cette parthénogénèse cyclique présente deux avantages majeurs pour la diffusion des pucerons : résistance au froid (les oeufs supportent jusqu’à -30 °C), très forte diffusion à la belle saison.

Chez de nombreuses espèces de pucerons, notamment celles qui sévissent à l’automne, la reproduction sexuée n’est pas une phase obligatoire et une fraction des femelles passe l’hiver sous forme asexuée. Elles sont plus sensibles au gel que les oeufs mais peuvent se multiplier plus tôt, dès les premiers réchauffements de la fin de l’hiver (dès +3 °C). Cette parthénogénèse est dite « obligatoire ». Le mélange de clones à parthénogénèse obligatoire et d’autres à parthénogénèse cyclique permet de cumuler les deux avantages pour les ravageurs. Il est caractéristique des pucerons des cultures en Europe de l’Ouest.

Au cours de la belle saison, les pucerons des céréales peuvent compter jusqu’à vingt générations de femelles parthénogétiques.

Des ailes en option

Les pucerons présentent une autre caractéristique, le polyphénisme, unique dans le monde des insectes.

Il existe, en effet, des formes adultes avec ailes et d’autres sans ailes (aptères). Les colonies s’étendent grâce aux premières, les secondes envahissent tous les hôtes disponibles sur un point. Les pucerons répondent à des signaux annonciateurs de la dégradation de la qualité de leur milieu de vie (surpopulation, vieillissement de la plante, etc.) par la production de formes de « fuite », les ailés.

R. Padi ravage les jeunes semis à l’automne

Espèce à parthénogénèse cyclique, Rhopalosiphum padi est le principal puceron sur les jeunes céréales d'hiver dans les zones tempérées. Il peut transmettre des virus persistants comme ceux de la jaunisse nanisante de l'orge, ou des virus non-persistants comme celui de la mosaïque nanisante du maïs. De forme globuleuse avec un corps vert foncé, il présente des cornicules courtes, sombres et renflées, rétrécies à l'extrémité, avec des taches rougeâtres autour de leur insertion. Contrairement aux deux autres espèces majeures des céréales, Sitobion avenue et Metopolophium dirhodum, Rhopalosiphum padi sévit principalement à l’automne, ce qui en fait le principal ravageur des jeunes semis de blé et d'orge.

Dite « à alternance d’hôte », cette espèce démarre sa reproduction sexuée, à l’automne, sur le merisier à grappes (Prunus padus L.). Deux à trois générations parthénogénétiques issues de ces oeufs s’y succèdent au printemps. Puis, en mai, les générations suivantes migrent sur différents hôtes secondaires tels que les graminées fourragères ou le maïs. La colonisation des merisiers à grappes s’effectue ensuite, entre la mi-septembre et la chute des feuilles en France. Toutefois, dans l’Hexagone, une grande partie des populations de R. padi passe outre cette étape de reproduction sexuée et se maintiennent tout l'hiver à l'état parthénogénétique sur les graminées, en particulier sur les jeunes semis de céréales d'automne.

Cette colonisation du milieu par les pucerons explique que la présence de pucerons à l'automne, comme le nanisme des plantes infectées par la JNO au printemps, se développe par tâche dans une parcelle : un puceron ailé se pose sur une feuille et donne naissance à des aptères. Cela jusqu’à ce que la surpopulation induise la formation d'individus ailés qui vont coloniser d'autres plantes. Les repousses de céréales doivent donc impérativement être éliminées à l'inter-culture : ce sont de véritables réserves à pucerons.


Cette femelle parthénogénétique de Sitobio avenae
pond directement des larves, c’est la viviparité.

Un risque de contamination insidieux

La gravité de la JNO dépend de trois facteurs indépendants : le temps de présence des insectes sur la plante, le nombre de pucerons et leur pouvoir virulifère (c’est-à-dire la quantité de virus présente dans l’animal). Le risque de contamination est toujours très insidieux : par exemple, un petit nombre de pucerons restant longtemps sur une plante pourra faire de gros dégâts. Les attaques seront donc très variables d’une année sur l’autre.

Toute stratégie de lutte vise à éliminer les vecteurs de la maladie.

Dans les sols profonds qui ressuient lentement, les possibilités d'intervenir en plein champ à l'automne sont limitées, ce qui oriente la lutte vers le traitement préventif des semences. Ceci d'autant plus que ces parcelles sont semées tôt, pendant la première quinzaine d'octobre. La sortie des premières feuilles peut coïncider avec les vols de pucerons.

Dans les sols plus séchants, où il est plus facile d'intervenir après la levée des céréales, la lutte peut s'orienter vers des traitements en végétation pour n'intervenir qu'en présence avérée de pucerons. Associées à des semis plus tardifs (2e et 3e décades d'octobre), ces situations méritent d'être surveillées régulièrement dès la levée. Un traitement sera conseillé si 10% de plantes sont habitées ou après 10 jours de présence des pucerons sur les plantules, quel que soit leur nombre. La persistance d'action de cette protection est d'environ trois semaines. Mais attention, les nouvelles feuilles formées après l'application ne sont pas protégées.

Enfin, les semis de blés réalisés derrière un maïs (fin octobre/ début novembre), quel que soit le type de sol, ne présentent pas de risque important d'attaques de pucerons. La levée plus lente des cultures, associée aux semis tardifs, se déroule à des températures généralement trop basses pour l'activité des pucerons.

Téléchargez ARVALIS - CETIOM Infos septembre 2013 "Céréales et colza : la prévention au premier plan", dont cet article est extrait.

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