Plantules de morelle (adventices) dans parcelle de pommes de terre, avant le désherbage de prélevée en 2017 Pomme de terre

Adapter le désherbage de prélevée à la flore présente

21 avril 2022

En culture de pomme de terre, la période de sensibilité à la concurrence de la flore adventice s’étend de la levée à la fermeture des rangs. La nature et le stade des adventices étant des facteurs décisifs dans le déclenchement du désherbage, les opérations de prélevée doivent être judicieusement choisies et positionnées. Quelques précautions sont également à prendre avec les herbicides à base de prosulfocarbe.

Le travail du sol est un levier majeur dans le contrôle des adventices. Le labour, très souvent réalisé avant la culture de pomme de terre, et les nombreux passages d’outils pour préparer la plantation et former les buttes participent préventivement à la gestion des adventices. Ces opérations minimisent la levée de certaines d’entre elles dans la culture.

Le choix de la variété est également un levier à prendre en compte. Des variétés avec un développement foliaire important (Bintje, Magnum, Kaptah Vandel…) sont en principe plus compétitives que des variétés à plus faible développement foliaire, comme Agata ou Belle de Fontenay. Par ailleurs, l’utilisation d’un plant sain, bien préparé et un sol réchauffé permettent également d’avoir une couverture rapide du sol et de résoudre les problèmes de manque de persistance des herbicides.

Appliquer les produits de prélevée sur buttes définitives

L’idéal est d’intervenir sur butte ré-appuyée, suffisamment émiettée, légèrement humide et par temps calme pour bien répartir la pulvérisation sur les deux flancs de la butte et l’entre-butte. En effet, les herbicides de prélevée autorisés en culture de pomme de terre n’ont qu’une sélectivité de position vis-à-vis de la plante. Ils demeurent dans la couche superficielle du sol et sont absorbés par les racines des adventices, tandis que la pomme de terre, plantée plus profondément, développe son système racinaire et stolonifère dans une zone exempte d’herbicide. Pour une bonne sélectivité, il est conseillé d’effectuer les traitements sur buttes définitives, au moins une semaine avant la levée des pommes de terre, et de réduire les doses préconisées dans les sols sableux ou limons très battants (cas des spécialités à base de métribuzine).

Des interventions trop près de la levée de la pomme de terre ou des précipitations importantes dans les jours suivant le traitement peuvent entraîner, à la levée, l’apparition de symptômes de phytotoxicité mais sans conséquence grave, en principe, pour la culture.

Adapter les associations herbicides à la flore adventice

Afin d’optimiser l’efficacité des herbicides, il est fréquent de les associer :
• Parcelles avec une flore simple, peu diversifiée (renouées, chénopode, morelle) et une faible infestation : l’usage de spécialités à base de deux matières actives garantira le désherbage, telles que Bastille (2,5 kg/ha), Bismark CS (2 l/ha), Tahoma (1,2 l/ha), Toutatis Damtec (2,4 kg/ha) ou Metric (1,25 l/ha). L’association métobromuron + clomazone sera aussi efficace avec Proman/Soleto/Inigo (2,5 l/ha) + Centium (0,25 l/ha), par exemple.
• Parcelles avec une flore simple ou diversifiée et une infestation moyenne : les associations à base de trois matières actives sont à privilégier, par exemple Challenge 600 (2 l/ha) + Bismark CS (1,8 l/ha), Toutatis D. (2,4 kg/ha) + Sencoral SC (0,3 l/ha) ou Proman (2,5 l/ha) + Metric (1,25 l/ha).
• Parcelles avec une flore complexe et/ou une forte infestation : l’association de quatre matières actives peut s’avérer judicieuse, par exemple Defi/Roxy (3 l/ha) + Proman/Soleto/Inigo (2 l/ha) + Metric (1,25 l/ha) ou Bismark CS (1,8 l/ha) + Bastille (1,5 kg/ha).

Attention ! Challenge 600 ne peut pas être utilisé sur Monalisa en terre crayeuse.

Cas particulier de la métribuzineLa métribuzine (présente dans les spécialités commerciales Almeria 70 WG, Bretteur, Sencoral SC, par exemple) n’est pas tolérée par toutes les variétés. Il faut vérifier la sensibilité variétale avant son application. De même, avant d'utiliser cette molécule, il faut suivre un arbre de décision qui aide à définir le type de parcelle où la mise en place d’un dispositif de cloisonnement des inter-rangs est nécessaire pour éviter le ruissellement et protéger les organismes aquatiques (figure 1).

Figure 1 : Arbre de décision pour l’utilisation de la métribuzine

*Cela peut être une bande cultivée (céréales), une bande enherbée intraparcellaire en travers de la pente, ou un fossé intraparcellaire de rétention…

Des pratiques à respecter pour l’application de produits à base de prosulfocarbe

Le prosulfocarbe est présent dans trois produits homologués sur pomme de terre : Défi, Roxy 800 EC et Arcade. Depuis l'automne 2017, les conditions d’emploi de ces herbicides ont été reprécisées, avec, d'une part, l’obligation de les appliquer à l’aide de matériel homologué pour réduire la dérive. Le ministère de l’Agriculture actualise régulièrement une liste qui recense ce type de matériel, composée principalement de buses à injection d’air et de certaines rampes de pulvérisateurs à assistance d’air. 

D'autre part, afin d’éviter la dissémination du prosulfocarbe, les conditions d'emploi sont renforcées en cas d’application sur une parcelle adjacente à certaines cultures comme :
• des arbres fruitiers (pommiers et poiriers),
• des cultures maraîchères, légumières (mâche, épinard, cresson des fontaines, roquette, jeunes pousses),
• des plantes aromatiques (cerfeuil, coriandre, livèche, menthe, persil et thym),
• des plantes médicinales (artichaut, bardane, cardon, chicorée, mélisse, piloselle, radis noir et sauge officinale).

A proximité de ces cultures non-cibles, il est important de respecter les règles suivantes :
• Si ces cultures sont situées à moins de 500 mètres de la parcelle à désherber : ne pas appliquer le produit avant leur récolte.
• Si ces cultures sont situées à plus de 500 mètres et à moins d’un kilomètre de la parcelle à désherber, il est recommandé de ne pas appliquer le produit avant leur récolte. En cas d’impossibilité, appliquer le produit uniquement le matin avant 9 heures ou le soir après 18 heures, en conditions de température faible et d’hygrométrie élevée.

L’outil Quali’Cible, proposé en accès libre par Syngenta, facilite le respect de ces conditions d'emploi vis-à-vis des cultures non-cibles. Consultez Quali’cible !

Un rattrapage en postlevée est-il possible ?

En cas de printemps sec, l’efficacité de la prélevée seule peut s’avérer insuffisante. Il sera alors nécessaire de réaliser un traitement de rattrapage en postlevée. Cependant, la maîtrise des dicotylédones en postlevée demeure très difficile en raison d’un choix restreint de spécialités et d’une efficacité limitée sur certaines adventices (renouées, morelles et matricaires par exemple).

Le rimsulfuron (Rimuron ou Olorim) est une molécule herbicide de post-levée utilisée dans le cadre d’un programme de traitement incluant un désherbage de prélevée. Actif sur graminées, dicotylédones et certaines vivaces, ces produits s’utilisent toujours avec un adjuvant de type HELM Surfer Plus ou Pottok à 0,2 l/ha. L’efficacité maximale est obtenue sur adventices jeunes (cotylédons à 2 feuilles maximum, 3 feuilles maximum pour les graminées annuelles). Le stade de la pomme de terre n’est pas limitant mais il convient cependant de faire attention à l’effet « parapluie ». L’application de l’herbicide en condition de forte chaleur doit être évitée (température maxi 25°C).

La métribuzine (SENCORAL Ultradispersible, SENCORAL SC…) peut également être utilisée en postlevée en situation de rattrapage uniquement sur variétés tolérantes. On ne dépassera jamais le stade 5 cm et la dose de 0,5 kg/ha ou 0,6 l/ha de produit commercial, et l’on veillera à intervenir sur une culture en bon état végétatif.

Combiner le mécanique au désherbage chimique localisé

Des combinaisons mécaniques et chimiques sont possibles, en sachant que :
• L’efficacité est dépendante des conditions climatiques,
• Les interventions sont à réaliser sur des adventices jeunes,
• Une phase d’apprentissage de l’utilisation des outils mécaniques est nécessaire pour éviter l’endommagement du système racinaire et des stolons, voire des tubercules, par des chocs ou des lésions, susceptibles d’engendrer des pertes de rendements,
• Les coûts de production et le temps de travail sont généralement augmentés.

Un désherbage localisé sur le rang en prélevée complété par du mécanique en postlevée (avec un passage d’outil de type butteuse à disques ou herse étrille) est une stratégie envisageable. L’application localisée nécessite d’avoir une rampe spécifique et des buses adaptées (à jet uniforme). Avec une largeur de traitement de 20 cm et un écartement entre buses de 80 cm (ex : buses Teejet TP), la localisation sur le rang réduit de 75 % la surface traitée (comparé à un passage en plein). L’économie en herbicides est donc significative.

La gestion de la flore adventice dépend ensuite du moment de l’intervention et de la technicité employée (outils et méthodes). En effet, les conditions pédoclimatiques favorables au désherbage chimique (humidité de l’air, sol frais) sont antagonistes à celles appropriées à la mise en œuvre des alternatives mécaniques (temps sec). L’efficacité du désherbage combiné sera optimisée en intervenant sur des adventices jeunes (stade cotylédons – 2 feuilles) avec une application chimique sur une butte réappuyée et un sol humide, associée à une intervention mécanique ultérieure en conditions séchantes.

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