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Le schrelage évalué en France Maïs fourrage

Quelles performances attendre de l’ensilage brins longs ?

03 septembre 2020

Pour évaluer l’intérêt de cette technique de récolte du maïs fourrage venue des Etats-Unis, ARVALIS et ses partenaires l’ont mise à l’épreuve dans les conditions françaises en 2018.

Eleveurs et techniciens constatent parfois des gaspillages d’amidon avec le maïs fourrage ensilé de façon classique, comme l’atteste la présence de particules de grains dans les bouses. L’éclatement insuffisant des grains de maïs est souvent pointé du doigt.

Les constructeurs proposent depuis peu des éclateurs conventionnels « améliorés » avec des performances d’éclatement supérieures tout en restant dans des longueurs de coupe « courtes » (12 à 18 mm). La technique de l’ensilage brins longs vise elle aussi à obtenir un éclatement des grains intense mais associé à une coupe longue des brins (20 à 30 mm). Elle est majoritairement connue sous le nom de shredlage, mais d’autres systèmes (DuraShredder, XCut…) peuvent équiper les ensileuses. Les éclateurs présentent une configuration spécifique (rainurages en croix) et un différentiel de vitesse plus élevé qu’en ensilage classique.

Pour évaluer objectivement l’impact de l’éclatement du grain et de la taille des brins sur la conservation et la valorisation de l’ensilage, ARVALIS a mis en place deux essais sur les fermes expérimentales de la SAS des Trinottières (49), avec l’appui de l’Institut de l’élevage, et de la Jaillière (44) au cours de l’hiver 2018-2019 .

Au sommaire : 2 sites d’essais, 3 modalités de récolte et 120 vaches laitières suivies
Une qualité de conservation équivalente avec l’ensilage brins longs
Brins courts–brins longs : statu quo pour les performances
Et l’effet de l’éclatement du grain sur les résultats zootechniques ?
Une synthèse en vidéo

2 sites d’essais, 3 modalités de récolte et 120 vaches laitières suivies

Sur chaque site expérimental, le maïs fourrage a été récolté en bandes alternées selon trois modalités :
- éclatement faible et brins courts (12-13 mm) avec un éclateur classique (modalité E-) ;
- éclatement élevé et brins courts (13-15 mm) avec un éclateur classique (modalité E+) ;
- éclatement élevé et brins longs (25 mm) avec un éclateur rainuré en croix (modalité SCH).

Ce dispositif a permis d’obtenir des maïs de composition chimique proche, afin de comparer uniquement l’effet des modes de récolte.

Les maïs ont été récoltés à une teneur en matière sèche élevée (35,8 % MS aux Trinottières et 38,5 % MS à la Jaillière), stade auquel le grain contient environ 50 % d’amidon vitreux sur une variété cornée à cornée-dentée.

Sur chaque station, trois lots de vingt vaches laitières (allotées sur leur production laitière, poids vif, taux de matière utile et parité) ont été suivis durant 8 semaines (précédées de 2 semaines de transition alimentaire). Elles ont reçu une ration complète mélangée, distribuée deux fois par jour avec contrôle quotidien de l’ingestion individuelle. Le maïs a été incorporé à hauteur de 67 % ou 72 % de la ration en matière sèche selon les sites (figure 1) . La part de maïs volontairement élevée avait pour objectif d’extrémiser les effets des techniques de récolte. Les rations bâties sur chaque site sont identiques concernant la densité énergétique et protéique pour chaque lot de vaches ; elles ont été construites selon les critères objectifs de respect d’équilibre chimique : les teneurs en amidon restent inférieures à 23 % de la matière sèche ingérée et celles en cellulose brute supérieures à 19 % de la matière sèche ingérée.

Figure 1 : Rations distribuées pour les trois lots de vaches laitières sur les deux stations expérimentales (essais 2018-2019)

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Une qualité de conservation équivalente avec l’ensilage brins longs

Certains auteurs mettent en garde sur la qualité de conservation du maïs brins longs. Le tassement serait notamment plus difficile, induisant une densité de silo plus faible (jusqu’à -12 % par rapport à un maïs conventionnel). Or, dans les conditions expérimentales de nos deux stations en silos couloir (55 t MS à la Jaillière, 144 t MS aux Trinottières en moyenne), la densité des silos a été équivalente entre les trois modalités de récolte (figure 2). Ces densités sont toutefois inférieures aux recommandations (220-230 kg MS/m3), mais ce décalage est à relier à une teneur en matière sèche élevée à la récolte.

Figure 2 : Densités mesurées par carottage sur les silos des trois modalités de maïs fourrage sur les deux stations expérimentales

Moyennes de densité issue de 18 points de prélèvement ; les barres verticales traduisent la variabilité de la densité entre les trois périodes de mesure.
E- = Brins courts, éclatement faible ; E+ = Brins courts, éclatement élevé ; SCH = Brins longs, éclatement élevé.

Les profils fermentaires des trois modalités de maïs fourrage ont été évalués par des analyses de conservation en laboratoire. Aucune différence significative attribuable à la technique de récolte n’a été observée sur les différents paramètres étudiés : pH, acides lactique, propionique, butyrique, alcools, ammoniac.

Le niveau d’éclatement du grain du maïs fourrage a été mesuré après récolte en laboratoire par la méthode du CSPS. Les mesures réalisées à la récolte sont conformes aux objectifs de l’essai pour les trois modalités, à savoir inférieures à 50 pour la modalité E- (éclatement faible) et supérieures à 70 pour les modalités E+ et SCH (éclatement élevé). En revanche, après six mois de conservation en silo, le CSPS a augmenté en moyenne de 12,5 points pour les maïs E- et de 6 points pour les maïs E+ et SCH. Après conservation, les granules d’amidon sont plus friables lors du tamisage. Les maïs ont donc été « bonifiés » par le processus de fermentation, et ce, d’autant plus que le niveau d’éclatement était faible à la récolte et la teneur en matière sèche élevée.

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Brins courts–brins longs : statu quo pour les performances

Le passage des maïs au tamis Penn State a montré qu’à niveau d’éclatement identique (E+ ou SCH), la seule différence de répartition des particules concerne les grosses fractions (plus de 8 mm). La technique de récolte SCH augmente la part des particules grossières (plus de 19 mm) à hauteur de 20-30 %, contre 5 % pour un maïs conventionnel, au détriment des particules intermédiaires.

Néanmoins, les rations ont été ingérées en quantité équivalente, et le tri des grosses particules n’a pas augmenté avec la présentation du maïs fourrage en brins longs (tableau 1). Quant à l’apport de fibres longues par le maïs fourrage, il n’a pas eu d’effet non plus sur les performances laitières . Malgré le recoupement des fibres dans le sens de la longueur et une potentielle augmentation de leur surface d’attaque, la valorisation des fibres n’a pas été améliorée avec cette technique de récolte. Ces résultats sont concordants avec la bibliographie existante sur les dix essais indépendants réalisés aux États-Unis et en Allemagne.

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Et l’effet de l’éclatement du grain sur les résultats zootechniques ?

Dans le contexte des essais (maïs distribué après six mois de conservation), aucun effet du niveau d'éclatement du grain sur les performances zootechniques n’a été observé. Quelle que soit la modalité, les teneurs en amidon dans les bouses ont été assez faibles : inférieures à 4 % de la matière sèche. Toutefois, une meilleure digestibilité de l’amidon a été observée pour les animaux du lot E+ par rapport à ceux du lot E- (+1,2 point à la Jaillière, +2,8 pts aux Trinottières), sans impact sur les performances laitières (tableau 1).

Les connaissances disponibles à ce jour indiquent que la qualité d’éclatement du grain reste importante, notamment en cas de récoltes tardives et d’ouverture précoce des silos. Plus la récolte est tardive, moins l’amidon est dégradable, donc plus le grain doit être bien éclaté, même si l’effet d’un faible éclatement des grains sur la digestibilité tend à diminuer avec le temps de conservation du fourrage. Dans les deux essais, malgré les niveaux d’éclatement faibles du maïs E-, aucun grain n’était intact, ce qui a nécessairement favorisé l’évolution de l’amidon en six mois de fermentation et sa valorisation par les ruminants. Des études complémentaires sont en cours pour vérifier s’il est pertinent de corréler le niveau de CSPS et la durée de fermentation avec la dégradabilité ruminale de l’amidon pour affiner les valeurs UF et PDI du maïs fourrage.

Tableau 1 : Performances zootechniques des trois lots de vaches laitières sur les deux stations expérimentales

MSI : matière sèche ingérée. TP : taux protéique. TB : taux butyreux. Il n’y a pas d’écart statistiquement significatif entre les lots.

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Retrouvez en vidéo les éléments à retenir de ces essais. Ils confirment que l’ensilage brins longs n’a pas d’impact, bénéfique ou négatif, ni sur les performances laitières, ni sur la qualité de sa conservation.

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6 commentaires 06 septembre 2020 par BOIME

On se rejoint sur beaucoup de points M. l'éleveur laitier puisque j'utilise l'ensilage d'épis de maïs depuis une dizaine d'années et la luzerne ensilée plus de quinze ans, et pour les mêmes raisons que vous avez évoquées. J'y ajoute également des raisons agronomiques que vous partagez sans doute également. Pour en revenir à la technique du Shredlage, je fais appel à une ETA et nous échangeons régulièrement sur la technique. Par exemple, cette année sur les 46 ha ensilés, 9 ha présentés un maïs plus avancé (au final, l'analyse relèvera 38% de MS), j'ai donc convenu avec l'ETA de couper plus court cette parcelle en modifiant les paramètres habituels. De plus, l'ensileuse est équipé de l'option permettant de réguler cette longueur de coupe en fonction de la MS en temps réel. Ainsi la variation dans cette parcelle de 36 à 42 % d'après les données de l'ensileuse a permis d'adapter la coupe. Tout ça pour dire que si la technique du Shredlage est bien maitrisée, l'élevage s'en ressent en terme économique et d'efficience de la ration avec des animaux qui ruminent régulièrement et gère mieux l'acidose qui est toujours latent dans nos systèmes de production.

06 septembre 2020 par ROEDERER

Parfaitement d'accord avec vous BOIME. Simplement pour profiter du SHREDLAGE, il faut que l'entrepreneur ou la CUMA soit équipé de la sorte... Pour ma part (bovins laitiers, 37 ans d' "expérience"), je contrôle la densité énergétique de la ration en faisant aussi de l'ensilage de maïs épis que j'intègre au besoin dans la ration pour viser 0.95 UFL et 100 PDI au kg de MS. L'intérêt de cette technique est, pour moi, aussi dans la fourniture maximum au troupeau d'UF autochtones qu'il serait trop bête d'envoyer à la coopérative pour sèchage alors qu'on va avoir besoin d'en acheter pour les concentrés... Autant les valoriser directement, d'autant que la chaîne de récolte est la même qu'un ensilage classique ! Pour que cette ration fonctionne bien il faut aussi une autre fibrosité que celle du maïs (les VL sont sans doute plus "fines geules" que des bovins en croissance) avec du bon foin , si possible de luzerne pour gratter quelques points d'indépendance azotée, mais c'est un autre sujet. Certains collègues procèdent autrement, ils relèvent la hauteur de coupe de l'ensileuse pour augmenter la densité énergétique. C'est aussi une autre solution que je n'ai pas essayée. Oui, les techniques mises à notre disposition permettent à tous de trouver une solution pour chaque cas afin de permettre la récolte et la conservation de réserves pour un an ou plus si on veut un report de stock pour permettre un passage en douceur d'un ensilage à celui de l'année d'après. Bon courage à tous. PS: celui qui m'a fait connaître l'ensilage d'épis est un éleveur de bovins de croissance. Merci à lui.

06 septembre 2020 par BOIME

Mon commentaire n'a sans doute pas valeur pour un troupeau laitier mais pour moi qui est producteur de jeunes bovins viande, il y a un aspect technique, qui avec le recul de 3 ans de pratique, s'imposent comme un élément essentiel de la performance de la ration, à savoir la fibrosité du fourrages et la concentration de la ration En effet avec une quantité limitée de MS entre 7 et 10 kg par animal, la technique du shredlage m'a permis de supprimer l'apport de paille (soit une économie de 150 à 300 g par jour et par animal) tout en permettant de concentrer la ration avec un objectif de 1 UFV par kg de MS. Du coup, même si les performances des animaux n'ont pas fait un bon, la ration est économiquement plus productive et notre coût du kilo de croit a baissé. Mais j'en conviens cette problématique n'est peut être pas abordé par le secteur laitier, à tord sans doute, car faire du foin, du regain, de l'ensilage d'herbe ou de l'enrubanner coûte cher.

04 septembre 2020 par ROEDERER

Ouais, pour arriver à obtenir tous les ans 32% de MS, cela veut dire qu'il faut disposer d'une ensileuse et d'une équipe au "garde à vous" pour ensiler LA bonne journée. Personnellement, ce sont des problèmes d'intendance qui m'obligent à programmer l'ensilage au moins quinze jours à l'avance dans le meilleur des cas (sinon 3 semaines voire 1 mois..;)... Quand la météo se met au grand beau 30 à 35 °C avec du vent pendant la semaine qui précède l'ensilage (alors qu'il était prévu frais et humide...), le maïs prend 4 à 5 points sans que l'on puisse déplacer la date de la récolte ! Il faut donc se servir des leviers qui nous restent: les règlages de la machine pour assurer le tassage et la conservation...

04 septembre 2020 par GUILLOTEAU

bonjour,le seul problème est que les stades a 30_32 de ms sont systématiquement dépassés,alors on court apres la technologie et les couts d ensilage ont explosés;on a oublié qu un mais au bon stade necessite a peine un éclateur….

04 septembre 2020 par ROEDERER

Intuitivement, on pourrait résumer ces résultats à la phrase suivante: "brins longs ou brins courts, ça ne change pas, simplement parce que la cellulose du maïs est déjà évoluée". Pour moi, ça changerait quelque chose sur un stade jeune...Encore qu'à l'échelle du micro-organisme, la taille du brin (visible par l'homme) ne change rien ! Est-ce que ce débat n'est pas anthropomophique ? Il y a une seule chose que ça change, c'est le tassage (et donc la conservation) du silo.

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