L'implantation de la pomme de terre est une étape clé qui conditionne croissance de la plante mais aussi récolte. Contexte 2022

Quelle stratégie d’apport d’azote adopter sur pomme de terre ?

28 avril 2022

Face à la hausse des prix des engrais minéraux, la stratégie de fertilisation à mettre en place cette année sur pomme de terre a pour but d’augmenter l’efficience d’utilisation de l’azote de l’engrais. Pour maximiser la quantité d’azote absorbée par la plante par rapport à celle apportée avec l’engrais, quatre groupes de leviers sont disponibles : la dose prévisionnelle, son fractionnement, la forme d’azote apportée et le mode d’application.

Au sommaire
• Bien mesurer les fournitures du sol pour estimer la dose totale prévisionnelle
• Fractionner et piloter les apports
• Attention aux conditions d’apport pour bien valoriser les différentes formes d’engrais
• Des effets variables de la localisation

Bien mesurer les fournitures du sol pour estimer la dose totale prévisionnelle

Il est fondamental, cette année, d’estimer au plus juste la dose prévisionnelle d’azote à apporter car chaque unité apportée compte.

Deux sources d’azotes sont disponibles pour la culture de pomme de terre au cours de son cycle : l’azote minéral, présent dès la plantation, et l’azote potentiellement minéralisable au cours du cycle (issu des matières organiques du sol, des résidus du précédent ou des cultures intermédiaires, etc.).

La mesure du stock d’azote minéral à la plantation, appelé reliquat de sortie d’hiver (RSH) ou reliquat avant plantation (RAP), est déterminante pour ajuster avec précision la dose totale calculée avec la méthode du bilan.

Quant à l’azote potentiellement minéralisable (correspondant aux postes Mh, MhCi, Mhr… de la méthode du bilan), il est plus difficile à estimer. Des analyses de terre à jour permettent de bien prendre en compte les matières organiques du sol et d’autres paramètres tels que le pH, la teneur en argile, les carbonates, le rapport C/N notamment. Il est également important de renseigner avec précision les pratiques sur les cultures intermédiaires et les précédents.

Autre limite de la méthode du bilan : elle ne prend pas en compte les conditions climatiques de l’année (prévisions de précipitations et de températures). Certains outils d’aide à la décision peuvent fournir une meilleure adaptation à l’année.

Dans le contexte tendu de l’année, il est donc fortement conseillé de s’appuyer sur des logiciels d’estimation de la dose totale prévisionnelle pour profiter du meilleur de la R&D des dernières décennies. Une liste d’outils labellisé « Prev’N » est disponible sur le site du Comifer.

Figure 1 : Le raisonnement de la fertilisation selon la méthode du bilan proposée par le Comifer
Le raisonnement de la fertilisation selon la méthode du bilan

Ces outils sont reconnus comme conformes à la méthode du Comifer et donc à la Directive Nitrates, dans le Plan d’Action National.

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Fractionner et piloter les apports

Le fractionnement de la dose et le pilotage des apports permettent de maximiser l’efficacité de chaque apport. Les besoins de la pomme de terre sont importants entre la phase d’initiation de la tubérisation et le début de la phase de sénescence (figure 2). L’absorption de l’azote dépend de la vitesse de croissance. Les outils de pilotage permettent de positionner l’engrais au plus près du maximum des besoins de la plante et de sa capacité d’absorption, et donc de maximiser la quantité d’azote absorbée par rapport à celle apportée avec l’engrais.

Figure 2  : Quantités d'azote absorbées (en kg/ha) pendant le cycle de la pomme de terre (exprimé en jours après la levée, JAL) : la période d'absorption maximale se situe en pleine croissance de la partie aérienne
La période d'absorption maximale de l’azote par les pommes de terre se situe en pleine croissance de la partie aérienne

pa = parties aériennes ; plante-ent = plante entière ; tub = tubercule

Des outils sont disponibles et opérationnels pour les producteurs de pomme de terre, comme le NTester et Jubil. Toutefois, ils nécessitent un étalon surfertilisé et sont pertinents en conditions irriguées pour assurer une valorisation maximale de l’azote apporté. Ces outils de pilotage permettent d’apporter ou non, en fonction du diagnostic, une dose de 40 kg N/ha préalablement retranchée à la dose initialement calculée. La mesure doit être effectuée entre 40 et 60 jours après la levée (30-50 en chair ferme).

D’autres outils, basés sur de l’imagerie satellite, sont en cours de développement.

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Attention aux conditions d’apport pour bien valoriser les différentes formes d’engrais

Les résultats des essais démontrent une performance équivalente de la solution azotée et de l’urée solide par rapport à l’ammonitrate sur la pomme de terre de consommation. Cependant, en conditions d’expérimentation, les apports ont été réalisés juste avant buttage, ce qui a limité fortement le risque de volatilisation ammoniacale. D’autre part, l’irrigation a permis d’assurer un bon potentiel d’absorption de la culture. Dans les situations où ces deux facteurs ne seraient pas réunis, une moindre efficacité de l’urée solide et de la solution azotée par rapport à l’ammonitrate serait possible, comme on peut généralement l’observer pour d’autres cultures.

Néanmoins, de nouvelles formes d’engrais ont été développées. Leur additif, le plus souvent du NBPT - parfois associé au NPPT - possède la propriété de ralentir l’hydrolyse de l’urée en bloquant l’action de l’uréase, l’enzyme responsable de cette transformation de l’urée en ion ammonium (NH4+). Ceci a pour effet, selon les fabricants, de limiter la volatilisation ammoniacale par rapport à l’urée granulée classique tout en permettant d’obtenir des performances agronomiques équivalentes à l’ammonitrate.

ARVALIS a testé sur pomme de terre le Nexen, en comparaison à l’ammonitrate, dans plusieurs essais en sols de limons profonds de Picardie. Les apports ont été réalisés après buttage définitif pour se placer en conditions propices à la volatilisation. Dans ces essais, aucune différence significative de rendement n’apparaît entre les deux formes d’azote testées, aussi bien pour le rendement total que pour le rendement en gros calibres.

Il est toutefois important de souligner le fait que l’ensemble des essais ont été réalisés dans des conditions favorables à une bonne valorisation des apports, donc peu propices à discriminer les produits entre eux. Le différentiel de coûts de l’unité d’azote entre produits et des considérations pratiques telles que la facilité de stockage et d’épandage en fonction du matériel disponible devraient être des critères tout aussi déterminants dans le choix des produits que leurs performances, somme toute assez comparables.

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Des effets variables de la localisation

Les essais d’apports d’azote localisés montrent des résultats assez hétérogènes en fonction des conditions climatiques. Des économies d’environ 20 % de la dose totale prévisionnelle sont possibles, avec un rendement qui ne diminue pas statistiquement, mais avec un nombre de tubercules plus important, et donc une proportion plus faible de gros calibre. L’engrais doit être localisé 10 cm en dessous et de part et d’autre du plant, pas plus près au risque de bruler les germes.

La pratique d’apport de l’azote sur labour (ou après ouverture du labour), suivi par la plantation et ensuite le buttage (voir le planter-butter en un seul passage), permet de positionner l’azote au cœur de l’ensemble de la butte. Il s’agit donc pour ainsi dire d’une « forme de localisation ». Au contraire, l’apport d’azote entre la plantation et le buttage positionne l’engrais « seulement » au sommet de la butte et non au sein de celle-ci.

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