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Quelle place pour l’agroécologie dans les systèmes agroalimentaires ?

28 octobre 2021

ARVALIS a inscrit l’agroécologie dans son projet d’entreprise 2025. Pourquoi ce choix ? Quelle en est l’ambition ? Qu’est-ce qu’une agroécologie forte ? Pascaline Pierson et Régis Hélias, chargés de poser les bases de ce développement, répondent à ces questions.

Perspectives Agricoles : Qu’entend-on par « agroécologie » ?

Régis Hélias : Le terme d’agroécologie est communément employé pour désigner un modèle agricole qui privilégie les interactions biologiques. Il vise une utilisation optimale des possibilités offertes par les agrosystèmes. C’est aussi un mode de production collectivement reconnu pour faire face à des contraintes et à des demandes multiples : changement climatique, réglementations environnementales, volatilité des prix, impératifs agronomiques et demandes sociétales. La transition de l'agriculture vers un mode de production agroécologique semble irréversible; elle repose sur une tendance lourde, au moins à l’échelle européenne.
Cette transition passe par une reconception en profondeur des systèmes, en se projetant dans l’avenir. Elle favorise les interactions vertueuses entre les productions, ainsi qu’avec d’autres secteurs d’activité.


P.A. :
Comment envisager la mise en œuvre de ce modèle ?

Pascaline Pierson : L’agroécologie n’est pas perçue comme un objectif mais comme un moyen de faire reconnaître le rôle de l’agriculture et de ses valeurs au sein d’un territoire, tout en développant la rentabilité des exploitations. Déterminée par un contexte pédoclimatique et un tissu économique, l’échelle territoriale - d’une zone de collecte d’un transformateur à une Région, voire au-delà - est la plus appropriée pour mobiliser les différents acteurs. Il s’agit ainsi de coconcevoir des filières agroalimentaires englobant des systèmes de culture, différents ateliers de production au sein des exploitations, jusqu’à un ensemble de productions et de marchés créant de la valeur pour un territoire. Celui-ci s’envisage comme un espace de projet dans lequel l’agriculture y est présente sous forme d’une mosaïque de systèmes de culture. Cette diversité est une force pour la mise en œuvre des leviers agroécologiques et l’accès à de nouvelles ressources : matériels, main d’œuvre et compétences pour piloter ces systèmes plus complexes.


P.A. :
Les agriculteurs vont-ils s’y retrouver dans cette démarche ?

R.H. : L'agroécologie fait aussi l'objet de demandes croissantes de la part des producteurs, dans la volonté de tendre vers une moindre dépendance aux intrants de synthèse et de retrouver la confiance des citoyens, à condition que les solutions proposées soient durables et rentables. L’agroécologie apporte une méthode et des techniques pour répondre aux problèmes constatés sur le terrain : impasses agronomiques, rentabilité, charge de travail, adaptation à un ou plusieurs marchés. Il n’y a pas de voie unique. L’enjeu est de rendre viable le travail sur les exploitations dans un environnement plus complexe. Par exemple, hormis le cas de la vente directe, la diversification des productions s’envisage à l’échelle d’un plus ou moins grand nombre d’exploitations. D’un autre côté, il faut aussi pouvoir se spécialiser pour gagner en efficacité. Un des moyens pour y parvenir est de favoriser les synergies entre les différentes productions : grandes cultures, élevages, filières alimentaires locales ou encore de production d’énergies. Ce type de projet implique une gouvernance multi-acteurs associant entre autres des communautés de communes, des agglomérations ou des Régions. Ainsi, les agriculteurs ne vont plus se battre seuls pour faire valoir leurs productions, cela devient un projet de territoire, qui reconnaitra un ensemble de services rendus aux consommateurs et aux citoyens.


P.A. :
Qu’est-ce que cela suppose comme évolution ?

P.P. : Mettre en œuvre les leviers de l’agroécologie, comme la protection intégrée des cultures, la localisation des intrants, la gestion des couverts, l’agriculture de précision, indépendamment les uns des autres ou de manière dispersée, n’est pas suffisant. On parle alors d’agroécologie « faible ». Une agroécologie « forte » intègre, bien sûr, toutes ces pratiques mais reconsidère l’ensemble du système de production et ses interactions au sein d’un territoire, pour mobiliser un maximum de leviers et répartir la charge de travail. C’est l’idée, par exemple, d’encourager les échanges de « bons procédés » entre éleveurs et céréaliers : intégrer des prairies dans les rotations céréalières, développer les échanges paille-fumier, partager des chantiers de semis ou de récolte, etc. Aujourd’hui, l’approche purement comptable ne valorise pas ces interactions. Il faut créer de nouveaux outils de mesure et de suivi pour tenir compte des services indirects et des effets systèmes sur l’ensemble d’un territoire. L’objectif est de maintenir un niveau de production pour aller vers une reconnaissance des services apportés.
Gérée à une échelle territoriale, sur la base d’indicateurs partagés, la richesse créée pourra être plus aisément répartie entre tous les acteurs.


P.A. :
Pourquoi ARVALIS s’engage dans ce type de projets ?

P.P. : Notre institut ambitionne de mettre à profit son expertise pour constituer de nouveaux repères techniques et économiques destinés aux producteurs et aux acteurs régionaux, avec l’agroécologie comme cadre de référence. Il s’agit d’impulser une dynamique collective et de créer les connaissances dont on va avoir besoin. Au sein de chaque projet territorial, ARVALIS pourra accompagner les acteurs de terrain par la mise à disposition de références techniques et d’un large panel d’indicateurs des services rendus. Il faut pouvoir mesurer les effets de la combinaison des leviers mis en œuvre, au travers d’indicateurs agronomiques, environnementaux et économiques - de l’exploitation agricole à l’ensemble du territoire. L’objectif est de chiffrer les performances obtenues, en particulier afin de communiquer sur ces projets locaux auprès d’un large public.


Pour accéder à l’ensemble du numéro, rendez-vous sur le site de Perspectives Agricoles.

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2 commentaires 29 octobre 2021 par ROEDERER

Entièrement d'accord avec vous M. Tessier. On a aujourd'hui beaucoup plus de gens qui parlent de l'agriculture et de ce dont ils rêvent (pour tout de suite, pas pour le futur...), que de producteurs de biens physiques de première nécessité. Il suffit de constater la multiplication des labels actuellement, et de la création d'emplois de contrôleurs qui va avec (il y en aura bientôt qui contrôleront l'alignement des crottes de mouches pour vérifier leur "bien-être"...). J'ajoute à ce discours la volatilité des envies des consommateurs, qui se disaient prêts, avant la crise COVID, à payer (un peu) plus cher des produits locaux (sous entendus "bio"), mais qui refusent les augmentations actuelles (tout en voulant toujours plus de "sécurité" sanitaire gratuite). Pour revenir à l'agriculture intégrée, on m'a appris cela en 1976-1978, au Lycée agricole de Nancy Pixérécourt. Ce n'est donc pas une nouveauté, loin s'en faut. C'est ce que j'ai toujours essayé de faire sur mon petit lopin, en maintenant les vaches laitières chez moi (dpt 28 !). En quarante ans de pratique, j'ai constaté que les productions animales ont disparu dans mon environnement au profit des cultures (céréalières ou industrielles). Et ce sont ceux-là qui viennent aujourd'hui me donner des leçons d'agroécologie... Comment voulez-vous que j'accorde le moindre crédit aux idées bien fumeuses dont ils m'abreuvent (pour la plupart, ils sont prêts à mettre 12 à 15000€ pour grappiller quelques arpents)? Enfin, les prétendus accords gagnants-gagnants entre ces deux catégories viennent beaucoup trop tard: les éleveurs n'ont pas attendu le bon vouloir de leur voisin pour se couvrir en paille, en effet on en a plus besoin (lisier et le problème est règlé...). La seule chose qui nous restera à faire, c'est cultiver les ronces pour faire pousser de la biodiversité, mais je suis sûr qu'il nous faudra alors importer notre nourriture de bien loin. Il paraît que c'est comme cela qu'on fixera du carbone pour que nos contemporains puissent prendre l'avion en toute bonne conscience!

29 octobre 2021 par TESSIER

Je crains que cette dialectique autant approximative que légnifiante ne serve pas les agriculteurs. Vouloir ''coller'' par ces discours à la ''bien pensance'' de l'opinion publique ou plutôt des médias et autres influenceurs, ne donne des arguments suplémentaires pour exiger et critiquer toujours plus. Pour moi il serait plus efficace de défendre les pratiques des agriculteurs avec des arguments techniques et scientifiques réfléchis que comprendront les consommateurs. Il n'y a pas que des dogmatiques, la plupart de nos concitoyens sont largement capables d'entendre et de comprendre ces arguments.

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