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Bilan agro-climatique des céréales d’hiver

Quelle conséquence de la douceur actuelle sur les cultures ?

08 décembre 2011

Malgré quelques rares épisodes froids mi-octobre ou ces derniers jours, l’automne 2011 se caractérise par une grande douceur, qui accélère la croissance des cultures.

Un automne chaud et sec sur une grande moitié Ouest de la France

Comme le présente le diaporama 1 (Point d’étape agro-climatique), l’automne 2011 se différencie des autres années par des cumuls de températures élevés (+50 à +100°Cj selon la période et la station considérée) sur la quasi-totalité du territoire ; seules l’Alsace et la Lorraine connaissent des températures globalement proches de la médiane 1991-2011.
Parallèlement, le manque d’eau est toujours présent, même s’il se fait moins sentir compte-tenu de faibles demandes évaporatives ; ainsi, sur 9 stations climatiques réparties en France, seulement 1 présente des cumuls de précipitations suffisants depuis le début de l’automne pour avoir déjà rechargé en eau les sols les plus profonds.

Des conséquences sur la croissance et le développement des cultures

Les premiers semis, fin septembre et début octobre, ont parfois été pénalisés par une forte sécheresse de l’horizon de surface, se soldant par des préparations grossières et des levées imparfaites (pertes de pieds, levées lentes et échelonnées). Le retour des pluies à la mi-octobre a permis de rattraper une partie de ces accidents, et a conduit à de bonnes levées pour les semis légèrement retardés. La douceur qui a suivi et qui se maintient encore permet une croissance rapide des cultures, au point que certains s’interrogent sur un excès de précocité des céréales, voire un commencement de redressement.

Pour les céréales d’hiver (blé tendre, orge d’hiver, blé dur), la montaison est conditionnée par une adéquation entre sommes de températures, vernalisation et durée du jour :

- Somme de températures : chaque variété nécessite, en plus des deux paramètres que sont la durée du jour et la vernalisation, une somme de températures minimale pour atteindre les phases phénologiques suivantes. Les cumuls de températures atteints jusqu’à maintenant ne peuvent pas avoir conduits à une différenciation de l’apex, qui ne débute généralement que vers le début du tallage pour se prolonger jusqu’à la montaison.

- Vernalisation : à la différence des espèces ou variétés de printemps, celles d’hiver ont besoin d’une période plus ou moins longue en conditions fraiches pour acquérir une aptitude à monter à épi : il s’agit de la vernalisation. Les différentes variétés de blé et d’orge se distinguent par la durée de vernalisation : de près de 60 jours pour les types « très hiver » à 15-20 jours pour les types « alternatifs ». Attention, toutes les températures n’ont pas le même pouvoir vernalisant : on considère en général que l’optimum se situe entre 3 et 10°C (Figure 1 : Efficacité des températures moyennes journalières sur la vernalisation des céréales à paille). Les températures rencontrées jusqu’à maintenant étaient régulièrement supérieures à cet optimum, c'est-à-dire que la vernalisation ne se produit pas rapidement.

- Durée du jour : les céréales d’hiver sont des plantes dites « de jours longs », c’est-à-dire que la floraison est déclenchée par des photopériodes croissantes. Il existe une certaine variabilité génétique au sein des espèces qui n’est pas encore parfaitement caractérisée

Certaines observations font état de céréales débutant leur redressement ; compte-tenu des éléments développés ci-dessus, il n’est pas envisageable pour la quasi-totalité des variétés cultivées de céréales d’hiver que les plantes amorcent un redressement assimilable à celui d’Epi 1cm. Par contre, les bonnes conditions climatiques actuelles (températures clémentes, retour des pluies, disponibilités en azote souvent élevées) peuvent induire une croissance forte qui provoquerait un très léger allongement des premiers entre-nœuds, sans que la plante n’ait effectuée sa transition florale.

Autre conséquence plus connue de la douceur actuelle : des niveaux de tallage qui s’inscrivent sur une trajectoire haute dès maintenant. A date égale, de nombreux secteurs ont accumulé 50 à 100°Cj depuis le semis, ce qui correspond à près d’un phyllotherme : les cultures sont plus développées que d’habitude. Cela signifie également qu’une plus grande proportion des céréales d’hiver aura atteint ou dépassé le stade début tallage lors de l’arrivée d’un épisode de froid, et sera donc plus résistante au gel (Figure 2 : Evolution de la résistance au froid d’une culture de blé en fonction de son stade de développement). Notamment, le début du tallage coïncide avec la mise en place du système racinaire adventif, qui rend la culture moins sensible au déchaussement. Néanmoins, les cultures n’ont pas encore vécu une période d’endurcissement au froid qui garantisse leur résistance à une chute brutale des températures. De plus, si un début d’allongement des entre-nœuds est avéré, l’élévation de l’apex au niveau de la surface du sol l’exposerait davantage au gel

Des réserves en eau loin d’être reconstituées

Les bilans hydriques estimés pour des sols profonds indiquent que les réserves ne sont pas remplies, alors que bien souvent le drainage débute à cette époque. Ceci est évidemment dû au manque de précipitations automnales sur les trois quarts de la France. Un autre phénomène pourrait encore augmenter ce déficit en eau des sols : les couverts intermédiaires. En effet, la douceur actuelle et la forte minéralisation estivale, parfois additionnée à des reliquats post-récolte importants, conduisent souvent à des CIPANs très développées, et encore en phase de croissance ; ceux-ci ont tendance à consommer l’eau du sol, même si les ETP actuelles restent modestes. Il est donc possible qu’à la suite d’une CIPAN bien développée, les sols profonds soient asséchés et ne se rechargent pas complètement en eau si la pluviométrie hivernale est faible.

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