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Plateforme expérimentale : essais, carence azotée sur blé tendre - gauche (dose X-80) - allée - droite (dose X) Azote sur blé tendre

Quel impact de l'envolée des prix sur le calcul de la dose totale ?

04 novembre 2021

Depuis plusieurs semaines, le cours des engrais azotés ne cesse d’augmenter pour atteindre des prix records. L’ammonitrate, dont le prix moyen ramené au kilo d’azote s’établissait à 0,95 € sur les 5 dernières années, a vu son prix doubler. L’urée et la solution azotée subissent une hausse des prix similaire voire encore plus importante. Dans ce contexte inédit, faut-il raisonner le calcul de la dose d’azote sur la base d’un optimum technique ou désormais viser l’optimum technico-économique ?

Il faut avoir en tête qu’en règle générale, la dose d’azote à l’optimum technique (issue de la dose d’azote prévisionnelle calculée par la méthode du bilan et réajustée en cours de campagne à l’aide d’un outil de pilotage) et la dose d’azote à l’optimum économique sont quasiment équivalentes.

C’était le cas pendant la période septembre 2016 – septembre 2021, avec un coût moyen de l’ammonitrate de 320 €/t, soit 0,95 €/kg N et un prix de vente moyen du blé de 170 €/t.

Mais compte-tenu de l’envolée des prix de l’azote, la question de revoir à la baisse les doses d’azote sur les blés en cours de semis est tout à fait légitime. Cette réflexion économique doit aussi intégrer les prix de vente des cultures qui, actuellement, sont supérieurs à la moyenne des cinq dernières années.

Quand rendements et marges divergent

À partir de l’analyse de plus de 600 essais historiques comportant des courbes de réponse à l’azote, ARVALIS a constitué une table illustrant les variations d’écart de dose d’azote à apporter entre une parcelle conduite à l’optimum technique (où l’on vise à maximiser le rendement) et une parcelle conduite à l’optimum technico-économique (où l’on vise à maximiser la marge brute) en fonction du prix de l’azote et celui du blé (figure 1).

Figure 1 : Ecart de dose d’azote entre l’optimum technique et l’optimum technico-économique en fonction du prix du blé et du prix de l’azote
Ecart de dose d’azote entre l’optimum technique et l’optimum technico-économique en fonction du prix du blé et du prix de l’azote

Ratio : rapport entre le prix de vente du blé (€/t) et celui des engrais azotés (€/100 kg d’azote)

Les prix de l’azote et du blé sont souvent liés (notamment pour des raisons de fret et de coût de production). Malgré une certaine volatilité des prix, les optima techniques et technico-économiques sont souvent confondus (zone blanche du tableau). Toutefois, dans le contexte actuel, le prix de l’azote augmente beaucoup plus vite que celui du blé. Il peut alors s’avérer judicieux de prendre en compte la dimension économique dans le raisonnement des doses d’azote à apporter.

Ainsi, pour un prix d’achat des engrais au cours actuel* du marché (de l’ordre de 1,95 €/kg d’azote pour de l’ammonitrate) et pour un prix du blé négocié pour la prochaine campagne à 230 €/t, il faudrait réduire la fertilisation azotée d’environ 20 kg N/ha par rapport à l’optimum technique (cas 1 : cercle rouge sur la figure). Cependant, la réduction de la dose totale peut engendrer une baisse de la teneur en protéines. Dans certains cas, cette baisse pourrait conduire à des réfactions et donc à une diminution du prix du blé déjà négocié.

En revanche, dans des situations où l’approvisionnement en engrais azotés a pu être réalisé suffisamment tôt, lorsque leur prix n’excédait pas encore 1,25 €/kg d’azote, les doses d’azote à l’optimum technique et à l’optimum technico-économique sont équivalentes (cas 2 : cercle bleu sur la figure).

Les cours du blé ont également tendance à augmenter dans la conjoncture actuelle et il peut s’avérer judicieux de commencer à contractualiser afin de sécuriser le prix du blé. Ceci permettra en outre, de faire le bon calcul de dose !

Ainsi, en faisant l’hypothèse que le prix du blé négocié pour la prochaine campagne atteigne 260 €/t, et sur la base d’engrais azotés achetés actuellement, la réduction de la dose d’azote ne serait plus que de 15 kg N/ha pour viser l’optimum technico-économique (cas 3 : cercle vert sur la figure).

Compte tenu de l’évolution très rapide des prix, ces indications bien évidemment n’ont valeurs que d’exemple et il convient de se reporter à la table de la figure 1 pour adapter le raisonnement à chaque situation.

Un ratio simple pour décider

En plus de la matrice pour définir l’optimum technico-économique, afin de juger rapidement de l’intérêt ou non à réduire la dose d’azote, il est également possible de s’appuyer sur un indicateur simple : le ratio Prix du blé (en €/t) / Prix de l’azote (en €/100 kg N). Pour un ratio inférieur à 1,2, il devient opportun de viser l’optimum technico-économique plutôt que l’optimum technique (zone représentée en orange foncé sur la figure 1) et de baisser la dose d’azote en conséquence.

Nous reviendrons dans un prochain article sur la stratégie de fertilisation à adopter en cas de défaut d’approvisionnement.

* Estimation au 15/10/2021, dans le contexte de volatilité des prix actuel, ces valeurs sont susceptibles d’évoluer rapidement

Article rédigé avec la participation de Thierry Denis, Francesca Degan, Eric Masson, Mathilde Lejards et Hélène Lagrange.

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7 commentaires 10 novembre 2021 par LEBAILLY

Est il possible d'avoir le détail des calculs afin de mieux comprendre ce qui est compté dans les calculs. Exemple : 85qx pour 180 unités d'azote Entre un prix du blé à la tonne de 170 a 220 et un prix à l'unité d'azote de 0,7 à 1,5 On a une augmentation de recettes de 425€/ha et on a une dépense supplémentaire de 144€ supplémentaire d'engrais. Les autres charges ne bougent pas. Dans la théorie cela reste techniquement et économiquement intéressant. Je pense qu'il faut bien mesurer ces différents paramètres et comme vous le dites appliquer l'azote dans les meilleurs conditions possibles.

06 novembre 2021 par VÉRICEL

@ LEBAILLY : Le rendement est bien pris en compte dans la table : cela n'apparaît pas directement mais la dose optimale économique correspond à la dose d'azote minimale permettant de maximiser la marge (rendement x prix du blé - dose d'azote x prix de l'azote). On considère que toutes les autres charges ne varient pas. G. Véricel

06 novembre 2021 par VÉRICEL

Bonjour, Attention ! Le conseil est plutôt au fractionnement qu'au regroupement des apports en augmentant les doses, en particulier avec des formes d'azote ammoniacales plus sensibles à la volatilisation que l'ammonitrate (qui ne contient que 50% d'azote ammoniacal potentiellement exposé aux pertes par volatilisation). Mieux vaut donc continuer en 2022 à fractionner les apports en étant particulièrement vigilant aux bonnes conditions d'apports (prévisions d'une quinzaine de mm de pluie dans les 15 jours qui suivent l'apport voire si possible dans les 2-3 jours) afin de limiter les pertes d'azote. Le fractionnement permet en outre d'éviter que des quantités importantes d'azote minéral restent longtemps dans le sol sans être absorbées par la culture. En effet, des quantités élevées d'azote minéral dans les premiers cm du sol, c'est autant d'azote qui risque d'être exposé à différents types de pertes : volatilisation mais aussi organisation microbienne (consommation par certaines bactéries du sol pour leur propre métabolisme). De plus, le 3ème apport ne doit pas être occulté : c'est celui qui contribue le plus à assurer la teneur en protéines. Dans un contexte où l'azote risque de manquer, la qualité ne sera peut-être pas toujours au rendez-vous et l'enjeu protéines sera certainement important. Mieux vaut produire un peu moins de blé qui sera bien rémunéré qu'un peu plus de blé qui serait déclassé en raison d'une teneur en protéines trop faible et mal valorisé. Enfin, suivant son prix d'achat par rapport à celui des aux autres formes d'azote, le sulfate d'ammoniac peut être une option intéressante. Il faut noter que les besoins en soufre du blé sont plus faibles que les besoin en azote. Inutile donc de "payer du soufre en plus" si les besoins sont déjà couverts à moins que les prix soit particulièrement intéressants. Enfin, il conviendra d'être encore plus vigilant qu'avec de l'ammonitrate sur les conditions d'apport pour éviter les pertes d'azote par volatilisation. G. Véricel

06 novembre 2021 par VAURY

Les azotes d’origine minérale à dose réduite peuvent être complétées par des bactéries fixatrices d’azote avec des résultats aux champs prouvés et validés sur le maintien des rendement. Une bactérie autour de 30€/ha permet de compléter 30U d’azote. Testé et validé. Sans compter que la bactérie fournit de làzote quand la plante en a besoin, pas quand le climat le permet.

06 novembre 2021 par VAURY

Les azotes d’origine minérale à dose réduite peuvent être complétées par des bactéries fixatrices d’azote avec des résultats aux champs prouvés et validés sur le maintien des rendement. Une bactérie autour de 30€/ha permet de compléter 30U d’azote. Testé et validé. Sans compter que la bactérie fournit de làzote quand la plante en a besoin, pas quand le climat le permet.

05 novembre 2021 par LEBAILLY

Tout dépend également du rendement !

05 novembre 2021 par -

Ne pourrait-on pas travailler ,pour couvrir le deuxième passage , avec de l'azote amoniacal sous forme de sulfate (sulfate d'amoniac ) avec une dose plus élevée, occulter le troisième passage , et faire une économie non négligeable , par les temps actuels ? Michel.

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