Taches physiologiques sur feuille de blé à montaison Messagerie Pays de la Loire

Quand les céréales changent de couleur… poser le bon diagnostic

14 avril 2022

Les fortes amplitudes thermiques depuis fin mars sont souvent à l’origine de marquages du feuillage des céréales. Mais d’autres accidents en culture peuvent expliquer des jaunissements. Une observation méthodique permet de poser le bon diagnostic.

Des marquages sur feuille liés aux fortes amplitudes thermiques

Depuis la fin mars, de fortes amplitudes thermiques journalières sont relevées, avec des minimales très basses en fin de nuit et des températures parfois très douces en journée. Par ailleurs, les cultures sont passées brusquement d’une période très douce à une période très fraîche. Ces à-coups climatiques sont à l’origine de marquages fréquents sur les dernières feuilles développées.

Ces réactions sont parfois amplifiées par l’application récente d’un traitement phytosanitaire. En effet, les conditions météo compliquent le positionnement des interventions : alors que les stades progressent rapidement, il est délicat de positionner à la fois un désherbage de rattrapage, un régulateur de croissance et un fongicide, avec peu de créneaux d’intervention favorables et sur des cultures stressées par les conditions climatiques.

Figure 1 : Températures minimales et maximales enregistrées entre le 1er mars et le 12 avril 2022 – Station météo d’Angers (49)
Températures minimales et maximales enregistrées entre le 1er mars et le 12 avril 2022

L’observation d’un jaunissement homogène et soudain des parcelles, avec des symptômes localisés sur les feuilles du haut, doit orienter vers un stress non parasitaire. Les symptômes se caractérisent par des taches sur les feuilles, avec un halo jaune de formes diverses pouvant aller jusqu’à des taches nécrotiques. Les jaunissements sont bien plus marqués sur les étages foliaires supérieurs.

A contrario, pour les maladies comme la septoriose, l’évolution des taches progresse du bas vers le haut.

Jaunissement des F3 et F2 du moment d’origine non parasitaire
Jaunissement des F3 et F2 du moment d’origine non parasitaire

Ces taches dites « physiologiques » sont dues à une alternance rapide et forte (en quelques heures) entre un temps couvert et froid et un temps chaud avec de forts rayonnements. Le processus de photosynthèse va alors être perturbé et créer un stress oxydatif à l’origine de ces taches. Les feuilles du haut, davantage exposées, sont généralement plus atteintes. Une sensibilité variétale et d’espèce de céréales peut être constatée. Le stress hydrique ainsi que les températures basses peuvent également accentuer le phénomène.

Le printemps 2022 est donc particulièrement propice à ce type de réactions, qui peuvent être observées sur toutes les céréales.

En l’absence de réaction de phytotoxicité suite à l’application d’un traitement, les marquages n’auront pas d’incidence sur le rendement de la culture et aucune intervention n’est nécessaire. Les nouvelles feuilles déployées après ces amplitudes thermiques ne présentent pas ces symptômes.

Ne pas confondre avec…

… De la jaunisse nanisante de l’orge

En présence de JNO, les symptômes apparaissent en petits foyers, peu nombreux et de taille limitée cette année, les pucerons ayant été très discrets cet automne.

Petit foyer de plantes porteuses du virus de la JNO – La Jaillière 5 avril 2022
Petit foyer de plantes porteuses du virus de la JNO – La Jaillière 5 avril 2022

… De la mosaïque

En présence de mosaïque, les zones touchées se répartissent en grands foyers de plusieurs dizaines voire centaines de m², parfois allongés dans le sens du travail du sol. Les plantes au sein des zones touchées sont moins développées et en retard par rapport aux plantes saines. Le système racinaire est également souvent réduit. Plusieurs étages foliaires présentent des symptômes de jaunissement. A montaison, les symptômes prennent la forme de tirets chlorotiques répartis irrégulièrement et parallèles aux nervures des feuilles. Les zones contaminées peuvent s’étendre d’une année à l’autre.

Cette virose est potentiellement favorisée cette année avec l’automne doux qui a permis au vecteur du virus (micro-organismes du sol) de coloniser le système racinaire, suivi de plusieurs périodes de froid cet hiver.

mosaïque

Pour en savoir plus : consultez la fiche accident.

… De la rouille jaune

Bien présente sur variétés sensibles cette année, la rouille jaune est source de jaunissements avec le plus souvent présence de foyers dans la parcelle et des taches alignées le long des nervures des feuilles. Les pustules ne sont pas toujours bien visibles si les symptômes sont un peu âgés.

Pour en savoir plus, consultez la fiche accident.

En cas de doute : utiliser la chambre humide

Si des doutes persistent après avoir regardé la répartition des symptômes dans la parcelle et sur les plantes, une manière d’assurer son diagnostic est la chambre humide (ou le test de la bouteille). La chambre humide est un moyen de confirmer si l’on a affaire à un stress abiotique (taches physiologiques, carence, phytotoxicité…) ou biotique (maladie liée à un champignon).

Après incubation 24 à 48 h, deux situations peuvent se présenter :
- Les taches n’ont pas évolué (pas de nouvelles taches ni de grossissement) et l’on n’observe pas de fructifications fongiques => c’est un stress abiotique.
- Les taches ont évolué et on observe à la loupe des fructifications fongiques à l’endroit des taches => la maladie foliaire est présente

Figure 2 : Le test de la chambre humide pour différencier un stress abiotique d’une contamination parasitaire
Le test de la chambre humide pour différencier un stress abiotique d’une contamination parasitaire

Message rédigé par ARVALIS en concertation avec Agrial, la CAPL, la CAVAC, la Chambre d’agriculture des Pays de la Loire, La Coopérative d’Herbauges, Les établissements Hautbois, Eureden, Bernard Agri-Services, Soufflet Agriculture, Terrena.

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