Puceron Rhopalosiphum padi ailé sur une jeune feuille de blé en novembre 2021 Messagerie Centre / Ile-de-France / Auvergne

Pucerons des céréales : bien observer les parcelles avant d’intervenir

11 novembre 2021

Baisse des températures, pluie… les conditions climatiques actuelles ne sont pas très favorables aux pucerons d’automne. Un redoux n’est pas à exclure, mais dans tous les cas, ce n’est qu’à partir des observations et selon les seuils de risque que l’on peut décider s’il faut traiter ou non.

Pour rappel, quelques éléments relatifs à la jaunisse nanisante de l’orge, ou JNO (le virus), aux pucerons (les vecteurs du virus) et aux céréales (les hôtes) :
- Phase 1 : contamination des parcelles par l’arrivée de pucerons ailés en provenance de zones refuges (couverts de graminées, repousses de graminées en cours de destruction par exemple). Ces vols sont possibles à partir d’une température moyenne de 12°C environ. L’absence de pluies et de vent est d’autant plus favorable aux vols. Plusieurs espèces de pucerons peuvent être vectrices de la JNO, mais Rhopalosiphum padi reste la plus fréquente.
- Phase 2 : transmission du virus de la JNO aux plantes saines par les ailés infectés qui s’en nourrissent. Le virus transmis se multiplie alors dans la plante.
- Phase 2 bis : reproduction des ailés, conduisant à des populations sans ailes. Ces aptères sont indemnes de virus à leur naissance. C’est en piquant une plante infectée par le virus pour se nourrir qu’ils peuvent eux-mêmes devenir vecteurs.
- Phase 3 : développement des aptères dans la parcelle. Il va être dépendant des conditions de températures. Plus il fait doux, plus il est important. Avec des températures inférieures à 3°C, les pucerons ne sont pas actifs mais ils peuvent survivre ! Au laboratoire, le seuil de mortalité significative est bien plus bas : entre -5 et -12°C en fonction des espèces. Les pluies affectent peu la prolifération et la dissémination des pucerons aptères dans les parcelles dès lors que les températures restent douces.

La fraîcheur des derniers jours a été peu favorable à l’arrivée des ailés dans les parcelles. Les semis réalisés après le 25 octobre n’ont probablement pas été exposés aux pucerons pour le moment. Cependant, en cas de radoucissement, il faudra poursuivre les observations.

Figures 1 à 4 : Températures et précipitations moyennes enregistrées entre le 1er septembre et le 9 novembre 2021 sur quatre stations météo de la région (comparaison aux températures moyennes des dix dernières années)

Melun - Montereau-sur-le-Jard (77)
Températures et précipitations moyennes enregistrées entre le 1er septembre et le 9 novembre 2021 - Melun

Orléans – Bricy (45)
Températures et précipitations moyennes enregistrées entre le 1er septembre et le 9 novembre 2021 - Orléans

Bourges (18)
Températures et précipitations moyennes enregistrées entre le 1er septembre et le 9 novembre 2021 - Bourges

Vichy (03)
Températures et précipitations moyennes enregistrées entre le 1er septembre et le 9 novembre 2021 - Vichy

Rester vigilant en cas de redoux

Pour les pucerons d’automne, la fréquence de plantes habitées dans la parcelle reste le seul indicateur pertinent pour l’analyse de risque.

En revanche, la surveillance des pucerons est inutile sur les parcelles de variétés d’orges tolérantes à la JNO.

Sur jeune plante, les pucerons sont assez facilement visibles sur les feuilles à condition de respecter quelques règles pour l’observation :
• Où ? Préférer les zones à risque des parcelles : proches des haies ou des réservoirs potentiels tels que des bandes enherbées, jachères, maïs…
• Comment ? Rechercher la présence de pucerons sur des séries de 10 plantes (5 lignes de semis espacées).
• Quand ? Privilégier si possible les conditions ensoleillées, durant les heures les plus chaudes de la journée (fin de matinée et début d’après-midi). Tôt le matin ou en conditions froides et pluvieuses, les pucerons sont beaucoup plus difficiles à voir car ils sont souvent positionnés à l’insertion des feuilles ou au pied des plantules.

Observation de pucerons
Piège jaune englué pour pucerons et cicadelles - Observation de pucerons, dont un ailé sur jeune plante d’orge d’hiver, stade 1 feuille

Les publications du Bulletin de santé du végétal, les messages et les observations des organismes économiques et de développement sont des sources d’information précieuses pour connaître l’évolution du risque.

Intervenir si les niveaux de risque sont atteints

Les conditions des prochains jours seront favorables aux interventions de désherbage de postlevée précoce. Il est alors tentant d’ajouter un insecticide… Cependant, celui-ci ne doit pas être systématique ! Il est indispensable d’observer les parcelles à risque pucerons et de déclencher un traitement si et seulement si les seuils sont atteints. En effet, les pyréthrinoïdes homologués dans la lutte contre les insectes d’automne ne sont pas des produits systémiques, mais de contact : c’est-à-dire qu’ils n’agiront que si les individus sont présents au moment de l’application ! Traiter en l’absence de pucerons, ou lorsque les seuils ne sont pas atteints, est donc totalement inutile, et même contre-productif car cela peut favoriser l’apparition de phénomènes de résistance.

Il est recommandé d’intervenir quand la présence de pucerons est observée dans la parcelle pendant plus de 10 jours ou dès lors que 10 % des plantes sont porteuses de pucerons.

Les conditions météo actuelles sont peu favorables au développement des pucerons. Cependant, la présence prolongée des pucerons a été constatée sur des parcelles d’Ile-de-France et du Centre – Val de Loire.

En fonction des conditions climatiques et des comptages réalisés, renouveler l’intervention peut parfois être nécessaire. Dans ce cas-là, alterner les sous-familles des pyréthrinoïdes contribue à abaisser le risque de développement d’une résistance (les sites de fixation des substances actives diffèrent légèrement).

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