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Les systèmes innovants au banc d’essais

Produire deux cultures en un an avec la succession orge/maïs

11 avril 2019

Les années où les céréales d’hiver sont récoltées tôt, certains agriculteurs y voient la possibilité d’implanter un maïs en suivant afin d’augmenter leur revenu. Ce genre de système est en général envisagé lorsque l’irrigation est disponible, afin de diminuer le risque d’une mauvaise levée. Depuis trois ans, ARVALIS teste la double culture orge/maïs en système pluvial, sur des terres noires du Béarn, en comparaison à une monoculture de maïs mulchée et labourée.

Quel rendement d’orge espérer sous un climat béarnais ?

Ceux qui cultivent des céréales à paille le savent bien : il y a des années avec et des années sans. Les hivers très pluvieux sont très défavorables à l’enracinement des céréales à paille, et le rendement peut en être fortement pénalisé. De même, les printemps pluvieux peuvent favoriser l’apparition de maladies (helminthosporiose) même sur des variétés tolérantes.

En moyenne sur 3 ans sur la plateforme SYPPRE Béarn(*), la productivité de l’orge d’hiver est de 55 q/ha. Le meilleur résultat a été obtenu en 2017 (71 q/ha) et le pire en 2018 bien entendu (41 q/ha).

Comment mener un maïs en dérobée ?

L’orge d’hiver est en général récoltée dans la deuxième quinzaine de juin. Bien évidemment, plus la récolte est précoce, plus l’implantation du maïs peut s’envisager tôt, ce qui diminue les risques de le récolter à des dates vraiment trop tardives. Il est donc préférable de s’orienter vers des variétés d’orges précoces.

Afin de diminuer les coûts, il convient d’implanter le maïs avec des techniques les plus simplifiées possibles. Néanmoins, si les pailles de l’orge ne sont pas exportées, il est difficile de se passer d’une étape de broyage suivie d’une incorporation.

La variété de maïs choisie doit être la plus précoce possible (groupe G0) pour minimiser les coûts de séchage.

Les semis tardifs de maïs ont un début de cycle très rapide, c’est pourquoi on peut envisager un itinéraire simplifié par rapport à un semis précoce. L’azote peut être apporté en une fois à 3-4 feuilles.

Si le maïs est implanté sans labour préalable, il est fort probable que les repousses d’orge soient nombreuses. Dans ce cas, le mieux est d’envisager un désherbage en postlevée. En cas de labour, un passage en prélevée est possible si les conditions sont favorables.

A noter que les semis tardifs sont plus exposés à des attaques de foreurs et d’helminthosporiose.

Quel rendement peut-on attendre d’un maïs semé fin juin ?

En moyenne sur trois ans, le rendement du maïs dérobé est de 67 q/ha. Assez variable en fonction des années, il a atteint 81 q/ha en 2017 (été arrosé), mais seulement 56 q/ha en 2018. L’humidité moyenne à laquelle les maïs ont été récoltés fin octobre (36 %) reste acceptable, mais les automnes des trois dernières années ont été particulièrement chauds, ce qui a favorisé la dessication du maïs.

Ce système est-il rentable ?

Malgré la double récolte, le produit brut n’augmente pas comparé à une monoculture mulchée et labourée (tableau 1). Il diminue même de 153 €/ha en moyenne sur trois ans. Les rendements de l’orge et du maïs peuvent être trop fortement pénalisés certaines années pour espérer dégager un produit brut systématiquement supérieur.

Tableau 1 : Performances technico-économiques du système innovant comparées au système de référence (indicateurs calculés avec l’outil Systerre)


Simulations sur une exploitation de 63 ha, 1 UTH avec les hypothèses suivantes (moyenne sur 3 ans) : Aides découplées : 270 €/ha ; Fermage : 199 €/ha ; Charges diverses : 145 €/ha ; Rémunération main d’œuvre familiale : 247 €/ha.

Les charges de la double culture sont logiquement supérieures à celles de la monoculture (+ 159 €/ha en moyenne sur 3 ans). Tous les postes de charges opérationnelles augmentent, sauf les frais de séchage (qui sont moindres car le volume à sécher et beaucoup plus faible). Les charges de mécanisation augmentent également (+ 129 €/ha). Logiquement, la marge nette avec aides dégagée avec la double culture orge/maïs est donc nettement inférieure à celle de la monoculture de référence.

Sur le plan environnemental, le constat n’est pas plus réjouissant. En double culture, la consommation d’azote et de carburant à l’hectare est plus importante. L’IFT total augmente de 2.8 points, la consommation d’énergie primaire et les émissions de gaz à effet de serre augmentent également.

Maïs vs soja en dérobée

Au vu de ce constat, le maïs n’apparaît pas comme l’espèce la plus adaptée pour être implantée en dérobée après une orge.

Sur la plateforme SYPPRE Béarn, un soja est également implanté tous les ans en dérobée après une orge. Les marges brutes avec aides obtenues par le maïs et le soja en dérobée en 2016, 2017 et 2018 ont été comparées (figure 1). Les deux premières années, le maïs était plus rentable que le soja. Mais en 2018, la marge brute du soja a été bien supérieure à celle du maïs. En moyenne sur trois ans, le soja dégage une marge supérieure de 89 €/ha à celle du maïs. Attention toutefois, le risque majeur avec un soja en dérobée est de ne pas le récolter si l’automne est très pluvieux.

Figure 1 : Marge brute avec aides de deux cultures (maïs et soja) implantées en dérobé (fin juin) après une orge en 2016, 2017 et 2018 (SYPPRE Béarn)

(*) projet inter-instituts ARVALIS / ITB / Terres Inovia pour « construire ensemble les systèmes de culture de demain »

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