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Le buttage définitif dès la plantation requiert une préparation profonde sur un sol bien ressuyé Pommes de terre

Implantation : attention à la structure du sol

22 juillet 2014

Les opérations d’implantation tendent à se simplifier pour améliorer le débit des chantiers. Les constructeurs proposent plusieurs options pour combiner tout ou partie des opérations sans modifier le comportement de la culture. Le maître mot reste la préparation. Car le sol doit assurer le bon enracinement des plantes.

L’association désormais possible chez tous les constructeurs d’une cape de buttage (ou tôle formeuse) directement sur la planteuse permet de réaliser, sans trop de demande de traction supplémentaire, les opérations de plantation et de buttage en un seul passage. Mais elle exige un sol bien préparé et cela suffisamment profondément afin de disposer d’une quantité de terre fine assez importante pour réaliser des buttes correctes. La qualité du ressuyage du profil est primordiale pour assurer une préparation de sol profonde optimale sans risquer de tasser ou de lisser l’horizon non repris. Le chantier de buttage sera alors réalisé dans de bonnes conditions et apportera de la souplesse pour l’application du désherbage de prélevée. Mais, si la fertilisation azotée était apportée sur les buttes avant le buttage, il est préférable de l’assurer désormais avant la plantation ou en localisé sur le rang. Quelques précautions sont à prendre pour un résultat optimisé de ce type de chantier : puissance de traction adaptée, attente d’un ressuyage suffisamment profond du profil, régulation du volume de terre et de la pression de la cape, recherche d’une préservation de la qualité de préparation du plant et d’un traitement adapté au contrôle des pathogènes risquant d’impacter la levée. Les avantages attendus sont tout à la fois techniques (possible limitation du tassement, plus de souplesse dans le choix de la date de désherbage) mais surtout organisationnelles et généralement économiques. Le chantier de plantation implique en effet moins de matériels et de personnel tout en limitant le nombre d’interventions. Le bon dimensionnement de l’investissement et la bonne valorisation de ces équipements spécifiques, comme de la traction, sont donc à examiner de près dans le contexte général de l’exploitation. En limitant le nombre de tracteurs au travail, on réduit le temps d’intervention nécessaire pour l’implantation de la culture de 30 à 40 % selon le degré de combinaison d’outils choisie (simulation Compéti-LIS®). En ce qui concerne le coût de production, lorsque la plantation et le buttage sont réalisés de façon combinée tout en maintenant une préparation décomposée, le montant total du chantier d’implantation peut diminuer de 15 à 20 %. En revanche, le bénéfice attendu s’amenuise fortement, voire s’annule, si la combinaison de ces trois opérations requiert une puissance de traction trop importante. Dans ce cas, l’amortissement du combiné de plantation et du tracteur de forte puissance sur une plus grande surface (matériel en commun, recours à l’entreprise) peut constituer une piste de réflexion pour parvenir à un plus économique. Pour les différentes hypothèses, le gain attendu est de l’ordre de 15 % en ce qui concerne la consommation en fuel.

L’état structural du sol est fondamental

La pomme de terre est souvent inclue dans des systèmes de cultures spécialisées (betteraves, pommes de terre, légumes), composant avec des chantiers lourds travaillant en conditions humides (récoltes d’automne). Ces facteurs augmentent le risque de tassement, en particulier de tassement profond. Or, la pomme de terre, culture de printemps au système racinaire peu vigoureux, est une culture sensible au tassement. De plus, les contextes réglementaires et climatiques évoluent vers une pression plus importante sur l’accès à la ressource en eau.

L’utilisation d’outils de travail du sol performants vise à obtenir un horizon de préparation épais convenablement émietté et affiné sur les 15/18 premiers centimètres. Il autorise ainsi une croissance régulière des tubercules et l’extension facile du système racinaire fasciculé des plantes, abondant dans cet horizon de surface. Une zone sous-jacente compactée freine par contre son développement en profondeur. Même une activité biologique importante (vers de terre) ne peut compenser totalement une trop forte proportion de zone tassée.

Cette problématique a été prise en compte dans deux projets de recherche successifs animés par Agrotransfert – Ressources et Territoires avec la participation d’ARVALIS–Institut du végétal et des partenaires régionaux : Eauption Plus et Sol-DPhy. Dans ce cadre, ARVALIS–Institut du végétal a mis en place un dispositif expérimental pluriannuel sur sa station de Villers-Saint-Christophe en pratiquant volontairement un tassement et en le croisant avec différentes modalités d’irrigation. Ces travaux ont été complétés par les mesures de partenaires (Expandis, Gitep, Pom’Alliance) sur un réseau de parcelles agricoles présentant des états structuraux contrastés en fonction des conditions de récolte du précédent cultural, croisé avec différentes modalités d’irrigation. Trois indicateurs de développement racinaires ont été retenus : la densité racinaire, l’exploitation racinaire et la profondeur d’enracinement efficace. Il s’agit de la profondeur à partir de laquelle le système racinaire exploite moins de de 50 % du profil. 

L’irrigation n’est pas une solution contre le tassement

La profondeur d’enracinement diminue clairement sous les zones tassées. En année sèche sans irrigation ou si l’irrigation est restreinte, l’impact de cet état structural dégradé s’accentue. Même si l’irrigation gomme souvent une bonne partie de l’effet tassement, elle ne permet généralement pas de compenser un état structural très dégradé. Il va sans dire que des restrictions d’apport seraient très fortement préjudiciables dans ces situations.

Toutefois, la présence de nombreuses galeries de vers de terre ou de fissures verticales accroit la porosité du sol et offre opportunément des points de passage pour les racines même s’il présente un état structural dégradé. Elles peuvent ainsi le coloniser en profondeur. La vérification scientifique en a été apportée par l’intégration des données du dispositif expérimental de Villers-Saint-Christophe et de celles du réseau : la densité racinaire en profondeur augmente bien avec le nombre de galeries, notamment lorsqu’on se trouve en présence de zones tassées. Les prochaines étapes du projet viseront ainsi à intégrer les résultats obtenus dans l’ajustement du calcul de la réserve utile du bilan hydrique en fonction de l’état structural du sol qui impacte l’enracinement. Cela passe aussi par la mise en place de méthode de diagnostic rapide de l’état du sol, notamment en profondeur pour la pomme de terre. Deux méthodes d’observation simplifiées de l’état structural seront investiguées à fin de diagnostic : la méthode bêche qui permet cette observation sur la bêchée après extraction d’un bloc ou le mini-profil au télescopique.

Le projet se penchera également sur des outils prévisionnels d’identification du risque tassement de manière à tirer le meilleur profit du proverbe « Mieux vieux prévenir que guérir ».

Profil racinaire : en présence de zones tassées les racines exploitent les fractures et l'activité biologique pour descendre en profondeur

Indicateurs de développement racinaire retenus :
- densité racinaire
- exploitation racinaire
- profondeur d'enracinement efficace (profondeur à partir de laquelle l'exploitation racinaire par ligne devient inférieure à 50 % (O. Scheurer))

Cet article est issu de l’édition de juin 2014 d’ARVALIS Infos – Innovations et performances pour la pomme de terre.

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