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Destruction prairie avec travail du sol Dans les coulisses de la R&D

PRAIGLY : détruire les prairies par travail superficiel du sol ?

02 septembre 2021

Détruire une prairie sans labour ni glyphosate, est-ce possible ? C’est ce que cherche à évaluer le projet Praigly, conduit par ARVALIS et ses partenaires(*) entre 2019 et 2022.

Retour d'expériences : dix agriculteurs témoignent

Dans un premier temps, une enquête s’est intéressée au retour d'expériences de dix agriculteurs - tous éleveurs de bovins et, pour la plupart, en agriculture biologique - qui ont mis en place depuis quelques années des alternatives au labour ou au glyphosate pour la destruction de leurs prairies. Ils réalisent principalement des interventions mécaniques effectuant un travail du sol superficiel, avec des outils qui scalpent les plantes ou extirpent les racines du sol. Leurs pratiques peuvent être regroupées selon quatre classes d’outils :
- outil à dents avec socs « pattes d’oie » ou à « ailettes », ayant pour finalité de scalper les plantes en dessous du plateau de tallage ;
- outil à disques indépendants, dont l’objectif est de découper la prairie en bandes étroites ;
- outil à dents animé, avec rotor à axe horizontal et lames incurvées (type fraise rotative ou rotavator), pour scalper les plantes en dessous du plateau de tallage et mélanger les résidus ;
- outil à dents auto-animé, avec rotors à axes horizontaux et dents droites (type Dynadrive), pour découper et soulever la prairie.

Pour réussir à détruire la prairie, les quatre conditions les plus souvent citées par les exploitants sont la précision du travail (en particulier le contrôle de la profondeur de l’outil ; cité par neuf agriculteurs sur dix), l’état du sol au moment des interventions, le délai entre le début de la destruction et l’implantation de la culture suivante et une météo favorable.

Plusieurs passages successifs d’outils sont nécessaires pour venir à bout des repousses de prairie - plus de cinq en moyenne, semis inclus, selon les agriculteurs enquêtés. Quatre des dix agriculteurs enquêtés croisent les passages d’un même outil afin d’avoir une surface maximale de sol travaillé. Les outils à disques ainsi que le rotavator ont tendance à créer une semelle sous l’horizon travaillé. Dans ce cas, les agriculteurs enquêtés la fissurent avec un outil à dent.

En plus de l’utilisation d’outil de destruction superficiel de la prairie, intercaler une culture dérobée entre la prairie à détruire et la nouvelle culture peut être intéressant. Dans ce cas, l’objectif est de compter sur le pouvoir d’étouffement du couvert pour maîtriser les espèces prairiales non détruites à l’implantation de cette dérobée. Deux agriculteurs parmi les dix enquêtés ont mis en œuvre cette méthode alternatives, qui permet en plus de produire un fourrage complémentaire qui pourra être pâturé ou récolté.

méteil
Une culture dérobée étouffante (ici un méteil) implantée à la destruction de la prairie permet de limiter les repousses dans la culture suivante.

Une destruction qui demande de la précisionIl ressort de ces témoignages que les prairies peuvent être détruites mécaniquement avec un travail superficiel, à condition de :
- contrôler précisément la profondeur de travail,
- réaliser plusieurs passages pour que 100 % de la prairie soit détruite. La destruction précoce de la prairie laisse du temps pour multiplier les passages en bonnes conditions et dégrader les débris végétaux.

Si elle est réussie, l’implantation d’une dérobée est intéressante : une forte biomasse étouffe les repousses de prairie, garde un sol couvert et produit du fourrage.

Des essais aux quatre coins de la France pour des références solides

Pour éprouver ces premières conclusions, des essais ont été mis en place sur quatre sites expérimentaux. Pour deux d’entre eux, dans le Morbihan et en Loire-Atlantique, trois alternatives de travail superficiel du sol sont testées sur des prairies temporaires : destruction précoce, tardive et après l’implantation d’une dérobée en automne. Au niveau des autres sites, situés dans la Meuse et dans la Manche, quatre modalités de rénovation de prairies permanentes sont expérimentées : implantation d’une dérobée de printemps, semis d’un méteil en même temps que la prairie à l’automne, travail superficiel et désherbage électrique. Pour chaque site, une destruction avec du glyphosate et une destruction par labour servent de références.

Dans la continuité du projet, une analyse multicritères réalisée sur tous les essais avec l'outil SYSTERRE permettra d'avoir une vision globale de l'impact des techniques alternatives par rapport aux références (glyphosate et labour) : coût total, temps passé, IFT, consommation d’énergie, émissions de gaz à effet de serre... Par ailleurs, de nouveaux essais vont permettre une comparaison de l’efficacité de différents outils de travail du sol. Les références acquises au cours de ces années d’étude serviront à l’élaboration de préconisations.

* Les partenaires du projet CASDAR Praigly (2018-2021), autour d’ARVALIS, sont l’Institut de l’élevage (Idele), la ferme expérimentale de La Blanche Maison (Chambre d’agriculture régionale de Normandie) et l’Association Francophone pour la Production Fourragère (AFPF) avec le concours d’Etienne Darras (stage MFE, VetAgro Sup 2020).

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2 commentaires 05 septembre 2021 par TESSIER

Pourquoi faire simple, quand on peut faire compliqué ?

03 septembre 2021 par CHICOUENE

Dans cette présentation succincte, la flore de la prairie à détruire n'est pas abordée : il est impératif de savoir quelles étaient les espèces prairiales et les mauvaises herbes (ex. "chiendents", cirse des champs, Rumex sp.pl., millepertuis sp.pl.) qui selon leurs architectures et la saison ont des appareils végétatifs et graines qui peuvent répondre différemment aux types d'outils et intervalles entre opérations.

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