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Orge d'hiver à maturité en 2021 en Champagne-Ardenne Messagerie Champagne-Ardenne

Orges d’hiver : un bilan mitigé

05 août 2021

Les années passent et ne se ressemblent pas : contrairement à 2020, la campagne 2021 a été fraîche et plutôt arrosée. Les conditions d’implantation et la montaison lente des orges ont favorisé la mise en place d’un nombre d’épis important. Néanmoins, des à-coups climatiques (températures négatives, rayonnement déficitaire) ont pu engendrer des problèmes de fertilité ponctuels. Par la suite, le remplissage ne s’est pas déroulé dans des conditions optimales, limitant les potentiels de rendement et causant des problématiques de qualité des grains.

Un automne humide et doux favorable à l’implantation

Les pluies de fin septembre à début octobre (environ 100 mm entre le 20 septembre et le 10 octobre sur la station de Fagnières) ont engendré un léger décalage des semis dans notre région, de l’ordre de 5 à 10 jours par rapport au pluriannuel.

7 parcelles sur 10 d’orges d’hiver ont ainsi été semées entre le 10 et le 20 octobre. L’humidité et la douceur jusqu’à mi-novembre ont ensuite permis une levée rapide des cultures. En cumulé, les précipitations sur la période automne-hiver oscillent entre 300 et 450 mm selon les secteurs, ce qui correspond à un hiver plutôt humide (Figure 1).

Les réserves utiles des sols superficiels et profonds de la région sont ainsi rechargées. Sur cette même période, les cumuls de températures moyennes sont élevés, permettant un développement rapide des céréales d’hiver.

Figure 1 : carte des pluies du 1er octobre au 1er mars 2021

Carte des pluies du 1er octobre au 1er mars 2021


Les opérations de désherbage ont été réalisées dans des conditions correctes, optimisant ainsi leur efficacité. Des symptômes de phytotoxicité (jaunissement, voire parfois pertes de pieds) sont constatés. La majorité de ces symptômes a régressé en sortie hiver.

La présence de pucerons d’automne, Rhopalosiphum padi. majoritairement, se prolonge sur novembre. Cependant, les niveaux d’infestations sont moindres par rapport à l’automne 2020 et peu de JNO (jaunisse nanisante de l’orge) est détectée en sortie hiver sur les orges.

Un hiver humide marqué par des coups de froid

Les pluies cumulées au cours de l’automne-hiver et les épisodes de fortes précipitations qui se sont succédés début 2021 (environ 130 mm du 10 janvier au 10 février à Fagnières) ont engendré des phénomènes de lixiviation d’azote (et de soufre). Par rapport à la moyenne pluriannuelle en craie, les reliquats en sortie d’hiver sont en retrait de 10-15 kgN/ha (en précédent colza ou betteraves). Ce phénomène a entraîné une augmentation des doses d’azote prévisionnelles.

Si l’hiver 2020-2021 est plutôt doux, il est tout de même marqué par plusieurs épisodes de gel, avec des températures sous abri mi-février descendant dans l’ensemble de la région à -12°C et jusqu’à -15°C en Haute-Marne. L’impact sur les orges est faible au regard des stades physiologiques (tallage). Ceci est moins vrai pour les orges de printemps semées à l’automne qui ont subi des dégâts significatifs, allant dans certaines situations jusqu’à la nécessité de les retourner. Les températures sont ensuite reparties fortement à la hausse : le stade épi 1 cm est atteint au 24 mars pour les orges d’hiver (2 jours d’avance / moyenne des 10 dernières années en craie).

Les températures douces et l’humidité ont favorisé un développement correct des orges d’hiver. Dans les essais ARVALIS, la densité de talles à plus de 3 feuilles en sortie hiver (les plus susceptibles de monter à épis) oscillent entre 850/1000 en limons et barrois et entre 1000/1500 en craie (Figure 2).

Figure 2 : tallage des orges d’hiver sur le réseau régional ARVALIS

tallage des orges d’hiver sur le réseau régional ARVALIS

Une montaison lente

Les conditions climatiques du printemps sont favorables à la valorisation des apports d’azote, avec des pluies arrivant « aux bons moments ». Dans nos essais, les indices de nutrition azotée (INN) mesurés témoignent de la bonne valorisation de l’azote apporté.

Les températures plutôt fraîches du printemps allongent la durée de la montaison : 45 jours en moyenne, soit 6 jours de plus que le pluriannuel. Ainsi, l’épiaison se situe autour du 8 mai (+ 4 jours par rapport à la moyenne pluriannuelle). Rappelons qu’une montaison lente favorise la montée à épis. Ainsi, les densités d’épis/m² sont supérieures à la moyenne en sols profonds, et proches de la moyenne voire légèrement inférieures en sols superficiels en lien avec le stress hydrique d’avril (Figure 3).

Figure 3 : densité d’épis des orges d’hiver sur le réseau régional ARVALIS

densité d’épis des orges d’hiver sur le réseau régional ARVALIS

La montaison est marquée par quelques coups de froid : le premier intervient début avril, sur des orges majoritairement aux stades épi 1 cm/1 nœud. Les secteurs froids et les parcelles les plus précoces peuvent présenter quelques épis gelés, sans que ce ne soit un phénomène généralisé à toute la région. Le second coup de froid de mi-avril, sur des parcelles d’orges à 2 nœuds, peut expliquer des fertilités décevantes. Enfin, le coup de froid de fin avril/début mai est plus problématique, sur des orges d’hiver proches de la sortie de la dernière feuille voire de la méïose (seuil indicatif de risque : autour de 0°C).

Certaines zones de Haute-Marne et des Ardennes ont pu être plus particulièrement touchées avec des températures minimales proches de - 4°C. Néanmoins, dans l’ensemble, les températures n’ont atteint que ponctuellement 0°C. A noter que de bons rayonnements peuvent en partie compenser des températures trop fraîches à un stade-clé comme la méïose (Figures 4-5).

Figure 4 : rayonnement à Fagnières (51)

Rayonnement à Fagnières (51)

Figure 5 : températures minimales à Fagnières (51)

températures minimales à Fagnières (51)

Les conditions humides et fraîches du printemps favorisent l’apparition précoce et le développement de la rhynchosporiose sur orge d’hiver. Les autres maladies (helminthosporiose, rouille naine) sont rarement observées en parcelles.

Le stress hydrique lors de la montaison est très limité en craie malgré 20 jours sans pluie du 12 avril au 3 mai (Figure 6). En argilo-calcaires superficiels, le stress hydrique est plus marqué : la réserve utile du sol (RU) passe en dessous de la réserve de survie mi-avril (Figure 7). Cela peut provoquer des régressions de tiges, ce qu’on observe dans nos essais en sols superficiels (densité-épis dans la moyenne voire en retrait) (Figure 3). Au niveau global sur la montaison, les cumuls de pluies sont proches de la moyenne.

Figure 6 : Evolution de la réserve utile en craie

Evolution de la réserve utile en craie

Figure 7 : Evolution de la réserve utile en barrois

Evolution de la réserve utile en barrois

La floraison se déroule dans des conditions globalement fraîches et sous un rayonnement moyen. Au final, la fertilité-épi est dans la moyenne, voire un peu en retrait dans nos essais. Dans les situations où les densités épis sont correctes (sols profonds), la fertilité globale (nombre de grains par m²) est dans la moyenne, voire légèrement supérieure. Les secteurs à sols superficiels, avec des densités épis moyennes, voire en retrait, affichent des fertilités globales légèrement en dessous de la moyenne (Figure 8).

Figure 8 : nombre de grains par m² des orges d’hiver sur le réseau régional ARVALIS

nombre de grains par m² des orges d’hiver sur le réseau régional ARVALIS

Une dynamique de remplissage des orges d’hiver mitigée

Le remplissage des orges d’hiver peut être scindé en trois phases (Figure 9) : fin mai, les conditions fraîches et humides limitent dès le départ la dynamique de remplissage des grains (PMG (poids de mille grains) dans la moyenne basse dans nos essais à mi-remplissage). Puis la première quinzaine de juin, associant de bons rayonnements et des températures douces, est optimale pour le remplissage. Enfin, les températures chaudes, voire échaudantes, de mi-juin peu avant le stade grain pâteux ont pu freiner la dynamique. Finalement à la récolte, le PMG des orges d’hiver est en dessous de la moyenne dans nos essais (Figure 10).

Figure 9 : Conditions climatiques pendant le remplissage des orges d’hiver, station météo de Fagnières (51)

Conditions climatiques pendant le remplissage des orges d’hiver, station météo de Fagnières (51)

Figure 10 : Dynamique de remplissage des orges d’hiver, réseau régional ARVALIS

Dynamique de remplissage des orges d’hiver, réseau régional ARVALIS

Bilan à la récolte

A partir de fin juin, de fortes précipitations s’abattent sur les parcelles, retardant les moissons et faisant chuter le poids spécifique des orges d’hiver. Au final, dans nos essais, les rendements en orge d’hiver sont dans la moyenne pluriannuelle en craie et en barrois (Figure 11). Les teneurs en protéines des grains sont bonnes, malgré quelques hétérogénéités selon les doses d’azote apportées. Les calibrages sont en retrait.

Figure 11 : Rendement et taux de protéines des orges d’hiver, réseau régional ARVALIS

Rendement et taux de protéines des orges d’hiver, réseau régional ARVALIS

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