En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies pour vous proposer des contenus adaptés à votre région et réaliser des statistiques.

En savoir plus
Récolte de l’orge dans le Sud-Ouest Messagerie Ouest Occitanie

Orges d’hiver : pourquoi ces rendements plus ou moins décevants en 2020 ?

02 juillet 2020

Les premiers retours de moissons en orge dans la région témoignent de rendements inférieurs à la moyenne des 5 dernières années, avec de fortes hétérogénéités selon le secteur géographique, la date de semis ou encore la variété. Ces résultats sont à mettre au regard de la campagne que nous avons vécu. Le point sur les causes possibles de pertes de potentiel.

Les rendements 2020 sont, pour l’instant, faibles à moyens selon le nombre et l’intensité de facteurs défavorables (tableau 1). Certaines parcelles (terres légères en bas fond par exemple) ont cumulé tous les points négatifs, d’autres ont été moins pénalisées. Les rendements sont de fait très variables.

Il reste encore de nombreuses parcelles à récolter, espérons que le nombre de facteurs défavorables sera en diminution au fil des jours.

Tableau 1 : Causes possibles de pertes de rendement et conséquences associées

Cliquez sur l'image pour l'agrandir

Une installation sous l’eau

Peu de créneaux ont été disponibles pour semer les céréales. Malgré tout, la majorité des orges ont pu être semées avant le 1er novembre, début d’un mois de pluies ininterrompues. Les derniers semis ont eu lieu entre le 20 novembre et le 10 décembre. Après cette date, l’orge d’hiver a été générallement remplacée par du blé tendre, de l’orge de printemps, voire une culture de printemps.

Les orges, semées parfois dans de mauvaises conditions de ressuyage, ont connu dans leur première phase de développement un cumul important de pluies : + 150 à + 200 % dans certains secteurs du Gers et du Tarn (carte 1).

Or, les orges, de part leur germination rapide, ont une forte sensibilité aux excès d’eau. Le système racinaire des orges ennoyées ont eu un développement limité.

Carte 1 : Cumul de pluies entre le 1er octobre et le 31 décembre 2019


Parcelle d’orge d’hiver ennoyées en Dordogne (Issigeacois) le 18 novembre 2019 (source : T. Grossoleil, ARVALIS)

Impact sur le rendement !Cet excès d’eau hivernal a provoqué un faible enracinement, des pertes de pieds à la levée, un retard de stade et un mauvais tallage.

Des températures favorables aux pucerons

Les températures douces de l’automne ont permis aux populations de pucerons de se développer au sein des parcelles. Malgré des pluies qui ont limité les vols, ils ont pu s’installer et se multiplier à la faveur de températures de plus de 12°C en moyenne durant plusieurs semaines (figure 1).

Figure 1 : Températures moyennes entre le 30 octobre et le 29 décembre 2019 – Station météo de Montans (81)

Source : ARVALIS

De gros dégâts de jaunisse nanisante de l’orge (JNO) ont pu être constatés sur certaines parcelles, conduisant parfois à des retournements. Le pourcentage de parcelles touchées (intensité et fréquence de la virose) est difficile à quantifier sur la région. Néanmoins, les contaminations ont été très fréquentes.

Habituellement, les premiers symptômes de JNO apparaissent sur orges par petits foyers, début montaison. Cette année, les conditions climatiques très douces de l’automne et de l’hiver ont conduit à une expression anticipée des symptômes dans bon nombre de cas. Les pointes des feuilles des plantes atteintes jaunissent jusqu’au dessèchement. Les plantes sont nanifiées (réduction de la hauteur de la plante), leur répartition irrégulière dans la parcelle lui donne un aspect moutonné. Dans de nombreux cas, les plantes ont même disparu.


Symptômes de JNO observés dans une parcelle d’orge d’hiver dans le Tarn en mars 2020 (source : Y. Brandt, ARVALIS)

Les symptômes de JNO peuvent être plus ou moins prononcés avec, par ordre de gravité :
• Une légère décoloration en bout de feuilles, jusqu’à une décoloration soutenue sur feuilles entières. Dans les essais ARVALIS (variétés sensibles d’orge, semis précoces), la perte de rendement s’avère majoritairement inférieure à 10 % lorsque les symptômes finaux (notés mi à fin avril) ne correspondent qu’à des décolorations du feuillage.

A noter toutefois qu’une plante porteuse du virus s’alimente moins bien ; elle est plus sensible aux stress climatique et parasitaires.

• Des symptômes croissants de nanisme (réduction de hauteur) pouvant aller jusqu’à la disparition de pieds. Ces symptômes se rajoutent aux phénomènes de décoloration. Leur impact est nettement plus fort car ils affectent sérieusement la densité d’épis par m², avec des conséquences directes sur le rendement.

Tableau 2 : Pertes de rendement en fonction des symptômes de JNO

(Source : ARVALIS)

Impact sur le rendement !La jaunisse nanisante de l’orge a provoqué des pertes de pieds, un tallage réduit et une stérilité d’épi.

Un climat sec courant montaison

Les orges les plus précoces ont commencé la montaison début mars. Or, à partir de cette date et jusqu’au 10 avril, une période sèche prolongée a fait apparaître des blanchissements dans les parcelles et, par zones, des échaudages. Les parcelles ayant subi des ennoiements au cours de l'automne-hiver, avec des enracinements plus faibles, ont été les plus touchées. Des talles ont régressé fortement et même disparu dans certains cas.

Sur nos essais, les densités d’épis sont plus faibles en moyenne que sur les précédentes années (tableau 3).

Tableau 3 : Nombre d’épis/m² constatés dans les orges d’hiver en Occitanie

Cette sécheresse prolongée a également compromis la bonne valorisation des apports d'azote. L’azote apporté à partir de début mars n’a pu être assimilé qu’en avril (figure 2).

Figure 2 : Nombre de jours pour cumuler 15 mm de pluie, nécessaires à une bonne assimilation des apports d’azote, entre le 1er février et le 30 mai 2020 – Station météo de Montans (81)

(Source : ARVALIS)

Impact sur le rendement !La sécheresse de mars-avril a provoqué une régression de talles et une fertilité d’épi réduite (épis très courts).

Des conditions à l’origine d’un déficit de fertilité des épis

Des épillets, voire des épis, vides ont pu être constatés sur des parcelles d’orges, de façon plus ou moins importante selon le secteur géographique. Le diagnostic n’est pas évident à dresser. Il faut pour cela observer de manière attentive les épillets et les grains (absence, présence, remplissage incomplet…).

Ces défauts peuvent provenir d’un accident à la méïose, d’un problème de fécondation, ou encore d’un stress hydrique à la floraison.

Un accident à la méiose peut affecter la fertilité du pollen

La méiose pollinique, et la phase qui l’encadre, est extrêmement sensible aux stress climatiques.

L’accident est difficile à constater avant le milieu de la phase de remplissage du grain.

- Epi d’aspect normal, mais absence de grains répartie de manière aléatoire le long de l’épi.

- A la maturité, si la stérilité est importante, les épis sont droits et souvent couverts de fumagines noires. La présence de fumagines traduit une stérilité qui peut être due à d’autres facteurs : traitement phytosanitaire mal positionné (hormones, éthéphon…), attaques parasitaires…

La méiose des gamètes mâles se situe environ 10 jours avant l’épiaison. Durant cette période, des températures inférieures à 4°C, associées à de faibles rayonnements (< 200 cal/m2/jour), plusieurs jours consécutifs, peuvent affecter la fertilité du pollen. Or, de telles conditions ont pu être ponctuellement observées sur les semis précoces (figures 3 et 4).

Figure 3 : Rayonnements et températures pour la variété Amistar semée le 28 octobre 2019 – Station météo de Montans (81)


Figure 4 : Rayonnements et températures pour la variété Amistar semée le 28 octobre 2019 – Station météo d’Auch (32)

Une difficulté de fécondation au moment de la floraison

Les problèmes induits par le froid ou le manque de rayonnement à la floraison sont plus souvent dus à des avortements très précoces de fleurs récemment fécondées.

En effet, dans la foulée de la fécondation, le futur grain commence à se former avec une phase très intense de divisions cellulaires, également très gourmande en énergie. Les faibles rayonnements limitent la source de sucres, enrayant les divisions cellulaires.

On peut constater alors en ouvrant les épillets, des futurs grains qui ont commencé à se former et qui se sont arrêtés net.

Un stress hydrique au début du remplissage peut induire la formation de plus petits grains

Les premières orges arrivées au stade méiose début avril ont passé la montaison dans le sec.

Les pluies d’avril ont amené de 50 à 120 mm selon les secteurs. Mais cela n’a pas suffit pour remplir les réserves du sol (figures 5 et 6).

Un stress hydrique au début du remplissage des grains peut notamment induire la formation d’enveloppes des grains de plus petite taille.

Figure 5 : Réserves hydriques du sol (variété Amistar semée le 25 octobre 2019) – Station météo de Montans (81)


Figure 6 : Réserves hydriques du sol (variété Amistar semée le 25 octobre 2019) – Station météo d’Auch (32)

Des conditions humides à la floraison favorables aux fusarioses de l’épi

Les orges ont commencé leur floraison mi-avril pour les plus précoces, date où les pluies ont été conséquentes (carte 2). Or, un cumul de 40 mm de pluies dans les 14 jours encadrant la floraison augmente le risque de fusariose des épis.

Carte 2 : Cumul de pluies du 15 au 30 avril 2020

De fait, certaines orges ont eu des grains fusariés visibles ponctuellement et répartis de façon homogène sur les parcelles. Ces petits grains ont pu tomber avec le vent, ou au moment de la moisson, impactant également le rendement et le PS.


Epi d’orge fusarié observé le 4 mai 2020 dans le Tarn (Montans) (source : E. Deschamps - ARVALIS)

Cette période très pluvieuse autour de la floraison a également pu engendrer des anoxies temporaires, néfaste à la fécondation, surtout lorsque les structures de sol n’étaient pas bonnes.

Des phytotoxicités liées à des traitements fongicides mal positionnés

De mauvais positionnements de traitements fongicides ont pu provoquer des marquages sur les orges, déjà fragilisées depuis l’automne, pouvant entrainer parfois une perte de potentiel de rendement.

De plus, certaines maladies, fortement présentes, comme l’oïdium sur Amistar ou les grillures post-floraison, ont pu entraîner des baisses de potentiel et de PS.

Une récolte à surmaturité

L’avancée des stades en orge a été rapide cette année. L’épiaison est arrivée avec une semaine d’avance par rapport à la médiane. Avance qui s’est maintenue jusqu’à la récolte.

La pluie, tombée quotidiennement du 1er au 14 juin (carte 3), n’a pas permis une moisson dès la maturité récolte. Les premiers chantiers ont démarré doucement autour du 15 juin, alors que toutes les orges étaient déjà à maturité physiologique depuis fin mai (voire le 20 mai pour les plus précoces). La moisson a réellement commencé à partir du 20 juin…

Or, une récolte à surmaturité peut provoquer la perte de grains (chute) et une forte baisse du PS (1 point perdu par 20 mm de pluie à partir de la maturité physiologique). Certains secteurs ont reçu plus de 100 mm de pluie début juin.

Carte 3 : Cumul de pluies entre le 1er et le 14 juin 2020

Enquête Moisson 2020

Nous souhaitons avoir vos points de vue sur la récolte actuelle. Votre expertise nous intéresse !
Pouvez-vous prendre quelques minutes pour renseigner le questionnaire suivant de manière anonyme ?

Je participe à l’enquête

Réagissez !

Merci de vous identifier pour commenter cet article

aucun commentaire pour l'instant

  • ARVALIS - Institut du végétal
    • 3, rue Joseph et Marie Hackin
      75016 PARIS
      Tél : + 33 (0)1 44 31 10 00
      Fax : + 33 (0)1 44 31 10 10