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Malformation des épis de blé Messagerie Lorraine

Observer les épis pour diagnostiquer d’éventuels dégâts liés au froid en montaison

11 juin 2020

Les températures basses voire gélives qui sont intervenues pendant la montaison des céréales peuvent être à l’origine de symptômes sur épis, qui prennent plusieurs formes.

En Lorraine, dans la continuité de l’hiver, les températures sont restées douces durant le printemps. À titre d’exemple, la température moyenne entre le 1er mars et le 20 mai à Metz est supérieure de 0,6°C à la moyenne des 20 dernières années. Néanmoins, cette douceur générale cache quelques épisodes de froid, qui se sont manifestés durant la montaison des blés et orges d’hiver. Leur impact sur le rendement dépend du stade des céréales au moment de leur survenue. Les différences de date de semis, de choix variétal, d’altitude ou encore d’exposition de la parcelle sont autant de facteurs pouvant aggraver ou non ces accidents climatiques.

Froid de début à mi-montaison : des compensations possibles

La montaison des céréales d’hiver a débuté globalement mi-mars. Dès la fin mars, plusieurs jours, voire semaines, de froid et gelées se sont succédés (carte 1).

Carte 1 : Nombre de jours avec une température minimale négative entre le 15 mars et le 10 avril 2020 en Lorraine

Gel en début de montaison : épillets du sommet d’épi gelés



De forts gels durant le stade épi 1 cm peuvent entraîner un gel complet de l’épi et la destruction in fine de la tige. Néanmoins, en cas de gels modérés, les épillets au sommet de l’épi vont se dessécher et la zone sous-apicale reste intacte. Dans ce cas, la tige continue son élongation jusqu’à épiaison, et la fertilité de l’épi est diminuée par ce manque d’épillets au sommet. L’impact sur le rendement est difficile à estimer puisque d’autres composantes (nombre de tiges, PMG) peuvent compenser la perte d’épillets à ce stade précoce.

Gel à mi-montaison : épillets manquants de manière aléatoire



Après le stade 2-3 nœuds, des gelées peuvent détruire entièrement ou partiellement l’épi. Bien souvent, les épillets sont détruits de manière aléatoire sur l’épi. Attention à ne pas confondre ces symptômes sur orge avec un défaut de croissance faisant avorter les épillets du sommet de l’épi (photo de gauche).

Le gel intervient ici lors de la mise en place de composantes intermédiaires, les conditions climatiques qui suivent peuvent donc compenser cette perte (ex. : maintien de la montée de tiges, nombre de grains par épi, PMG).

Températures basses non gélives durant la montaison : épillets surnuméraires


Un froid prolongé durant la montaison peut conduire à l’insertion d’épillets supplémentaires, ce qui donne un aspect hirsute à l’épi. Le froid provoque une multiplication cellulaire plus intensive sur l’apex, conduisant à une initiation désordonnée des pièces florales. Cet effet est plus fréquent sur des variétés tardives, mais n’a pas d’impact sur le rendement.

Des périodes froides fin montaison peuvent impacter la fertilité des épis

La figure 1 positionne l’apparition de stades pour 2 cas types (Rubisko et Etincel), au regard des périodes de températures minimales froides et plus douces. La chute des températures a pu avoir lieu à des étapes sensibles du cycle des cultures.

Figure 1 : Températures minimales enregistrées sur 4 stations météo de Lorraine entre le 10 avril et le 15 mai 2020 et stades de développement des variétés Rubisko et Etincel sur semées au 20/10/2019 à Saint-Hilaire-en-Woëvre (55)

Gel tardif avant épiaison



Pour l’orge, lorsque l’épi en formation se situe en haut de la tige, sa position l’expose à des dégâts de gels tardifs. Cela a pu être le cas pour Etincel semée le 20/10/2019 à Saint-Hilaire, où des températures gélantes ont été observées le 3 mai entre méiose et épiaison (figure 1). L’impact sur le rendement est important puisque la grande partie des composantes a déjà été mise en place, la compensation par les épis sains reste très difficile. A noter que les températures négatives à ce stade sont très peu fréquentes et bien souvent ne surviennent que quelques heures. Ces symptômes devraient être anecdotiques sur le territoire lorrain.

Températures basses à la méiose et floraison



La méiose mâle (ou méiose pollinique) ne dure pas plus de 2 jours. Elle est indispensable à la fécondation et la fertilité de l’épi. Il a été mis en évidence qu’une température en dessous de 2°C associée à de faibles rayonnements (< 200 cal/m²/j) peuvent être à l’origine d’une stérilité du pollen. D’autres facteurs, comme une sécheresse intense, peuvent aggraver ce phénomène. Les pertes de rendement peuvent aller jusqu’à 35 %. Pour nos 2 cas types, plusieurs stations lorraines ont mesuré des températures froides lors de la méiose du blé et de l’orge (figure 1). Mais le rayonnement est déterminant pour provoquer ces dégâts.

Le cas extrême d’une orge d’hiver à Saint-Hilaire-en-Woëvre



Sur le secteur de Saint-Hilaire-en-Woëvre (55), une parcelle d’orge d’hiver attire l’attention en raison du jaunissement et brunissement anormalement précoce des barbes (photo de gauche).

En s’approchant, on peut apercevoir des épis droits comme des « i » (photo du centre), alors que la parcelle doit être au stade pâteux. Ceci est un très mauvais signe de l’état de la culture car, en temps normal, le poids exercé par les grains en remplissage fait pencher l’épi. Un épi hérissé à ces stades est synonyme d’absence de grains en remplissage. Seuls quelques vaillants survivants tentent de remplir leurs grains, mais c’est chose vaine face à l’étendue du désert d’épis stériles (photo de droite).



La première photo ci-dessus montre les différents types d’épi rencontrés sur la parcelle. Les épis sur la droite de cette photo ne sont pas anecdotiques. En observant certains d’entre eux (2e et 3e photos), des symptômes typiques d’un défaut de fonctionnement de la méiose sont identifiés (fleurs blanches stériles). Pour certains épis, les dégâts sont très intenses et généralisés à l’ensemble de l’épi (4e photo). L’abondance de tissus nécrosé profite à l’installation de maladies opportunistes (3e et 4e photos). Malheureusement, les jeux sont faits. Mais, ce type de symptômes est rare en Lorraine et se cantonne seulement à quelques parcelles.

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