épandage lisier Les Vrai/Faux des fourrages

Non, l’apport de lisier sur prairie n'acidifie pas les sols

03 mars 2022

Contrairement à une idée trop souvent répandue, l’apport d’engrais de ferme, et notamment de lisier, n’a pas tendance à acidifier les sols. C’est même l’inverse qui se produit quand les quantités apportées sont raisonnées, avec un suivi régulier du pHeau.

Le lisier et les autres produits organiques apportent des bases qui neutralisent l’acidification

Les lisiers contiennent environ 40 % d’azote sous forme ammoniacale (NH4+) qui après épandage se transforme en nitrate (NO3-). Durant cette nitrification, les ions H+, responsables de l’acidification, vont se libérer. Mais dans le même temps, les anions organiques (OH-, HCO3-…) contenus dans le lisier vont fixer les ions H+, jouant ainsi un rôle analogue à celui des bases (oxydes, carbonates…) contenues dans les amendements minéraux basiques.

Au final, c’est bien un effet alcalinisant que l’on peut attribuer aux lisiers. Lors de l’épandage, une partie de l’azote ammoniacal est volatilisée, ce qui génère des pertes et contribue à l’acidification du sol (libération d’ions H+). L’utilisation de pendillards ou l’incorporation du lisier permettent de réduire significativement la volatilisation.

Un effet alcalinisant du lisier confirmé dans les exploitations de polyculture élevage

De nombreuses références, françaises et étrangères, confirment l’effet alcalinisant des produits organiques. A titre d’illustration, ARVALIS a conduit une expérimentation sur prairie, entre 1996 et 2005 à la ferme expérimentale de La Jaillière (44). Cet essai a mis en évidence une augmentation du pHeau de 0,5 point avec des apports annuels de lisiers de bovins et d'ammonitrate. En comparaison, une fertilisation azotée annuelle uniquement minérale (ammonitrate) de 150 kg N/ha a fait chuter le pHeau de 0,8 point. Avec un apport annuel de fumier de bovins et d'ammonitrate, le pHeau est resté stable.

Figure 1 : Effet sur le pHeau d’apports de fumier et de lisier de bovins pendant 9 ans sur une prairie de ray-grass anglais exploitée en fauche - ARVALIS, La Jaillière (44), sol de limons, 1996 à 2005
Effet sur le pHeau d’apports de fumier et de lisier de bovins pendant 9 ans sur une prairie de RGA exploitée en fauche

Sous réserve d’un contrôle régulier du pHeau, l’apport régulier d’engrais de ferme, et notamment de lisier, permet de limiter significativement le recours aux amendements basiques.

Lorsqu’un apport de l’ordre de 200 à 300 kg d’équivalent CaO par hectare et par an est nécessaire pour compenser l’acidité introduite dans le sol, un chaulage d’entretien de moins de 100 à 150 kg CaO/ha/an est suffisant lorsque la parcelle reçoit des apports réguliers d’effluents d’élevage.

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1 commentaires 04 mars 2022 par ROEDERER

Merci pour cette vérité remise en place. En effet, bien qu'apportant depuis longtemps (+ de 40 ans, et mon prédécesseur aussi) des engrais de ferme (fumiers de stabulation et de fumière, lisiers plus ou moins dilués), je n' ai jamais constaté cette fameuse acidification (évidemment j'apporte de temps en temps de amendements Ca, mais sans aucunement "me prendre la tête" avec ça). Je pense que ceux qui prêchent cela ne regardent que la "rondelle de saucisson" qui les arrangent pour nous vendre leurs poudres de Perlinpinpin. Les fumiers et lisiers étant des milieux vivants, il est fort probable que les phénomènes chimiques qui s'y déroulent sont infiniment plus complexes et équilibrés que la nitrification sortie de son contexte... Ma décision d'apporter ou non des amendements (en faible quantité) dépend surtout de ma trésorerie ! En plus, je n'ai aucune honte à apporter des amendements à action très lente, du genre sable calcaire non utilisable en carrière (très peu cher...). JMRoederer

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