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Mildiou : combiner prophylaxie, résistance variétale et outils d’aide à la décision ?

01 juin 2017

De par son incidence sur les rendements et la qualité, le mildiou est actuellement la principale maladie des cultures de pomme de terre. Une lutte active contre cette maladie ne peut s’envisager que de manière préventive grâce à une prophylaxie efficace, en prenant en compte la résistance variétale et en essayant de positionner au mieux ses interventions fongicides grâce à des outils d’aide à la décision (BSV, Mileos®…).

La protection raisonnée repose sur l’adoption de méthodes culturales pour réduire la pression parasitaire (variétés résistantes, travail du sol, choix de successions culturales), mais aussi sur l’optimisation du choix des produits fongicides et des doses apportées en fonction des conditions du milieu.  

Comment ça marche ? 
Les références expérimentales ARVALIS
Les préconisations d'ARVALIS
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Comment ça marche ?Le mildiou, Phytophtora infestans, est l’une des maladies les plus préjudiciables à la culture de pomme de terre. L’épidémie s’exprime très rapidement en conditions favorables (= températures douces avec un optimum entre 16 et 24°C et hygrométrie de 87 % ou plus), avec une production de spores qui évolue exponentiellement et une durée d’incubation très courte (environ 4 à 7 jours). De plus, les souches de mildiou évoluent rapidement, s’adaptent facilement aux résistances variétales et contournent l’efficacité des fongicides, ce qui favorise l’augmentation de leur agressivité.

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Les références expérimentales ARVALIS • Une nuisibilité faible à l'échelle nationale mais pouvant être totale ponctuellement.

Les pertes de rendement dues au mildiou sont assez difficiles à chiffrer car elles affectent à la fois la production des tubercules récoltés et leur qualité. Une attaque précoce peut entraîner des baisses de rendement tandis qu’une attaque plus tardive va détériorer la qualité des tubercules et entrainer des pertes élevées en conservation, des surcoûts de triage et souvent une chute du prix de vente. Dans la bibliographie, les chiffres de perte de rendement peuvent aller jusqu’à 50 % en cas d’attaque assez précoce voire 90 à 100 % si l’attaque a lieu avant l’initiation de la tubérisation.

Des mesures réalisées dans les essais ARVALIS pendant 4 ans et sur 3 variétés différentes ont permis de chiffrer des pertes de rendement brut de l’ordre de 1 à 1.2 % par jour de végétation perdu (100 % du feuillage détruit) à partir de l’initiation de la tubérisation. D’autre part, des taux de contamination des tubercules à la récolte de 10, voire 20 à 30 %, sont observés dans nos essais lors des années à forte pluviométrie en fin de saison (août et septembre).


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 • Des mesures prophylactiques pour limiter l’inoculum

Détruire les tas de déchets

Deux méthodes possibles :
➢ Le bâchage (possible uniquement si le tas contient beaucoup de terre et s’il n’y a pas de problème d’écoulement de jus). Il s’agit de poser une bâche plastique en bon état (type ensilage) avant l’apparition de toute végétation en prenant soin de bien la maintenir au sol (enterrer la bâche sur le pourtour du tas par exemple)
➢ L’application de chaux vive est à préférer si le tas est volumineux, qu’il contient beaucoup de tubercules ou si le risque d’écoulement de jus est important. Cette solution oblige le producteur à mélanger de la chaux aux pommes de terre, à raison de 10 % du tonnage à traiter. C’est une pratique qui exige plus de technicité et de savoir-faire compte tenu des précautions à prendre pour la manipulation du produit (port de masque respiratoire, gants, lunettes…). Tous les tas de déchets devront être détruits au plus tard au moment des plantations.


Limiter la présence de repousses dans les autres cultures

Les repousses de pomme de terre doivent faire l’objet d’une lutte sérieuse car elles représentent des réservoirs pour le mildiou et les virus. Il n’existe pas de solution efficace à 100 % pour détruire en une seule intervention toutes les repousses de pomme de terre présentes dans les cultures suivantes. Il sera donc nécessaire d’associer un ensemble de pratiques culturales tout au long de la rotation.
Lors de l’arrachage, une chaîne de récolte bien réglée permettra de récupérer un maximum de tubercules. De même, il convient de ne pas épandre de déchets de pomme de terre au printemps. Les techniques d’implantation sans labour doivent être privilégiées pour la culture suivante, afin de laisser le maximum de tubercules en surface ; ils seront alors plus sensibles à l’action du gel.


La résistance variétale est un levier de choix


Les variétés n’ont pas toutes le même comportement vis-à-vis du mildiou. Chaque variété fait l’objet d’une évaluation lors des épreuves d’inscription au catalogue français et dans divers essais post-incription menés au sein de l'institut. Ces informations sont diffusées par ARVALIS dans un catalogue variétal pomme de terre remis régulièrement à jour en collaboration avec la filière plants de pomme de terre.
Cette résistance variétale doit impérativement retenir l’attention des producteurs pour positionner au mieux les interventions phytosanitaires et réaliser des économies en évitant des interventions fongicides inutiles. 


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 • Des seuils d’intervention définis

Le développement explosif du mildiou de la pomme de terre en fait un parasite extrêmement difficile à combattre lorsque l’épidémie est déclarée. La priorité de la stratégie de lutte est donc d’empêcher ou retarder autant que possible l’implantation du parasite dans la parcelle à protéger. Lorsque les infections sont déclarées, il convient alors de limiter le plus possible son développement pour préserver le feuillage sain et éviter la contamination ultérieure des tubercules.
Il s’agit donc d’une lutte essentiellement préventive, c’est-à-dire avant l’arrivée des premiers symptômes de la maladie dans la parcelle.


Des essais positionnement


L’enjeu du positionnement des traitements est de bien identifier les périodes à risque faible ou nul afin d’éviter une protection préventive pendant ces périodes. Pendant les périodes à risque, la parcelle doit être protégée.


Les essais matières actives


Malgré un nombre très élevé de traitements fongicides contre le mildiou, la résistance de Phytophthora infestans aux fongicides est très peu importante. Elle ne touche à ce jour que les fongicides de la famille chimique des phénylamides (metalaxyl, mefenoxam, benalaxyl, kiralaxyl). Selon les régions, 25 à 75% des souches de mildiou sont résistantes aux phénylamides. Cependant, au champ, les échecs dus à cette résistance sont rares car ces molécules sont toutes associées à des produits de contact et les spécialités commerciales les contenants sont peu utilisées.
Pour préserver cette situation favorable, il convient d’être vigilant et de bien respecter l’alternance des matières actives dans les programmes de traitements surtout lorsqu’elles sont utilisées seules.

 •
L'alternative venue des stimulateurs de défense naturelle

ARVALIS expérimente depuis 2007 des stratégies de luttes alternatives dont les stimulateurs de défense des plantes (SDP). 

Un SDP se définit comme une « substance qui, après application sur une plante, lui permet d’enclencher ses mécanismes de défense, et ainsi d’être en état de résistance vis-à-vis d’une agression à laquelle elle serait normalement sensible, ou face à des conditions stressantes (sécheresse, gel, carence) ». Une plante dispose de deux types de système de défense pour lutter contre les bioagresseurs. Dans un premier temps, un système de résistance dit constitutif (résistance passive) qui consiste en la mise en place de barrières physiques (cuticule, paroi pectocellulosique, poils) ou en la synthèse de substances microbiennes contre le pathogène. Si cette résistance est insuffisante la plante met en place un système de défense dit induit (résistance active) qui va être fonction de la nature de l’agresseur. Les réponses de défenses induites se décomposent en trois phases : la reconnaissance du pathogène, la transduction du signal au niveau cellulaire jusqu’à l’expression des gènes impliqués dans les résistances (Bailleul, 2010).

Eclipsée pendant de nombreuses années par le développement de la protection chimique, cette solution s’annonce prometteuse et fait aujourd’hui l’objet de nombreuses recherches au sein des services R&D des firmes phytopharmaceutiques.

Depuis 2007, de nombreux SDP ont ainsi été étudiés dans les essais d’Arvalis. Aujourd’hui le seul produit efficace et le plus avancé pour une future distribution auprès des agriculteurs (demande d’homologation en cours) est le phosphite de la société De Sangosse, le LBG01F34.


Qu’est-ce qu’un phosphite ?


Les phosphites (PO3) sont dérivés de l’acide phosphoreux H3PO3. Ces phosphites sont en général stabilisés avec un sel (par exemple KOH), ce qui donne le phosphite de potassium (KH2PO3 ou K2HPO3). Ces produits ont un mode d’action double contre les oomycètes. La première action est directe et inhibe la croissance et la reproduction du pathogène, altère les parois cellulaires et inhibe un processus du métabolisme des oomycètes (phosphorylation oxydative). La deuxième action consiste en la stimulation des mécanismes de défenses naturelles de la plante comme la réaction d’hypersensibilité et la résistance systémique acquise. On notera enfin qu’il s’agit d’un produit systémique s’accumulant dans la plante.

Efficacité visuelle (en %) de plusieurs SDP sur feuilles par rapport au témoin non traité (essai 2012 à Boigneville, 91)
Variété Kaptah Vandel - Plantation : 13 avril 2012, Levée à 50 % : 24 mai, contamination : le 14 juin, application des produits tous les 7 jours : 14 juin, 12 juin, 28 juin, 05 juillet.
Apparition premières tâches sur les pieds contaminés le 19 juin et dans les témoins non traité le 25 juin.


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Ce qu’il faut retenir :


Les résultats de l’année et des années précédentes montrent qu’une demi-dose de fongicide (ACROBAT M DG) associée à 1000 g de phosphite (soit 2 l/ha de LBG01F34) représentent l’équilibre à retenir pour être aussi efficace qu’une pleine dose de fongicide.
C’est un produit qui associé à une pleine dose de fongicide pourrait permettre d’éviter de resserrer les cadences en période de forte pression mildiou.
Il nous reste toutefois à valider que l’association avec d’autres fongicides montrent des résultats aussi encourageants.

• Des outils d’aide à la décision pour piloter les traitements

A partir de 1999, ARVALIS - Institut du végétal a travaillé à la conception d’un outil d’aide à la décision puis à sa diffusion. L’outil Mileos® permet de positionner au mieux les traitements sans risque pour la production, selon la météo, la variété, la date de plantation et de levée, la croissance des plantes (active, stabilisée), l’état sanitaire autour et au sein même de la parcelle, ainsi que les interventions réalisées (traitements et irrigations). Il permet de guider le producteur dans son raisonnement sans choisir à sa place. Les producteurs peuvent créer et gérer en ligne leurs parcelles, enregistrer leurs observations et visualiser des alertes et des conseils sur le site www.mileos.fr. Le producteur connaît à tout moment le « risque mildiou » grâce à une alerte par SMS. Selon les régions, les conditions climatiques de l’année et les variétés, l’utilisation de Mileos® permet un gain de 3 traitements en moyenne par an.

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Les préconisations d'ARVALISPour contrôler le mildiou, il convient d’éviter l’entrée de la maladie dans les parcelles. Il faut associer différentes actions prophylactiques : bonne gestion des tas de déchets, lutte contre les repousses de pomme de terre dans les autres cultures, bonne gestion de l’implantation de la culture pour limiter les risques d’attaques et protéger les tubercules fils (implantation suffisamment profonde, bon buttage).

Utiliser des variétés peu sensibles au mildiou est un autre levier efficace pour éviter l’entrée de la maladie.

Ensuite, pendant la phase épidémique, les outils d’aide à la décision, basés sur des modèles épidémiologiques, renseignés par des données météorologiques en temps réel, permettent de simuler l’évolution du mildiou pour en déduire les meilleures dates de traitements. Ils doivent être associés à une observation attentive de la parcelle et de son environnement proche pour décider au final de l’intervention fongicide.

La protection des parcelles doit être soignée en faisant notamment attention aux conditions d’application, aux poteaux, aux bordures de parcelles, aux démarrages et aux croisements de rampes, ainsi qu’aux coins de champs, qui correspondent très souvent à des zones de démarrage du mildiou.

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Sources documentaires

- ARVALIS - Institut du végétal, 2013 – Choisir et décider « Pomme de terre ».
- ARVALIS - Institut du végétal, 2014 – Choisir et décider « Pomme de terre ».
- ARVALIS - Institut du végétal, 2015 – Choisir et décider « Pomme de terre ».
- ARVALIS – Institut du végétal, 2011 – Mildiou de la pomme de terre. Comment bien protéger ses parcelles? Tiré à part de Perspectives Agricoles, n° 374, janvier 2011.
- ARVALIS - Institut du végétal, Ministère de l’Agriculture, DGAL-SDQPV, 2014 - Dépliant « Protection des pommes de terre: lutte contre les maladies, les ravageurs, les mauvaises herbes, le défanage et la germination » (mise à jour régulière).
- ARVALIS - Institut du végétal, 2007 - Mildiou : Note technique - Gestion du risque mildiou avant la récolte et bonnes pratiques de récolte et de stockage.
- SRAL, ARVALIS - Institut du végétal, 2009 - Stratégie de lutte contre le mildiou de la pomme de terre. Note commune.


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