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Maladies des céréales

Microdochium : plusieurs types de symptômes en 2012

10 janvier 2013

Bien connu pour ses symptômes sur épis, Microdochium, représenté en France par deux espèces (M. nivale et M. majus), est également capable d’attaquer les autres organes des céréales à paille. Outre la fonte des semis, lors de sa présence au sein de la semence, et la « pourriture rose des neiges », entraînant la mort des plantules suite à un couvert neigeux prolongé mais très rarement observée en France, Microdochium peut être à l’origine de nécroses des tiges et des nœuds, ainsi que de symptômes foliaires. Les conditions fraîches et humides de la campagne 2012 lui ont été particulièrement favorables, laissant ses symptômes s’exprimer du bas de la tige jusqu’à l’épi.  

Les attaques des tiges et des nœuds

Des symptômes de tiges noires et de nœuds desséchés se sont fait remarquer cette année à partir du mois de mai, pouvant aller jusqu’à un échaudage de l’épi. Ils ont parfois été confondus avec du rhizoctone des céréales (R. cerealis), pourtant un œil averti peut les différencier facilement. Contrairement au rhizoctone, générant des nécroses blanches avec une bordure foncée, Microdochium noircit la tige et la dessèche (photo 1).

Ces symptômes, particulièrement visibles au niveau des nœuds (photo 2), peuvent être présents parfois jusqu’au col de l’épi. La présence à la fin du printemps et au cours de l’été de ponctuations noires sur les gaines basses, très prises dans les tissus, est un indicateur sans faille de sa présence (photo 3). Ces structures correspondent à des périthèces, la forme de reproduction sexuée du champignon, qui vont assurer sa survie au cours de l’automne et de l’hiver sur les débris de culture et jouer un rôle dans l’épidémie de l’année suivante. Cependant, aucun lien entre la présence de symptômes de Microdochium sur les tiges et celle sur les feuilles et les épis au sein de la même campagne n’existe.

   

Photo 1 : Symptômes de tiges et nœuds noircis causés par Microdochium Photo 2 : Début de nécrose causée par Microdochium au niveau d’un nœud
Photo 3  : De très nombreux périthèces sont visibles sur les gaines des feuilles basses

Des symptômes sur feuilles à ne pas confondre

La présence de symptômes de Microdochium sur les feuilles est souvent associée à une attaque conjointe ou ultérieure sur les épis, les feuilles pouvant servir de relai à l’infection. Mais ces symptômes peuvent passer inaperçus ou être confondus avec des maladies foliaires, telles que la septoriose ou Didymella. Les deux espèces de Microdochium, hautement opportunistes, vont profiter de tous les points d’entrée existants pour pénétrer dans le limbe : stomates, blessures d’insectes telles que les morsures de criocères (photo 4), symptômes physiologiques ou encore nécroses causées par d’autres maladies. La tache apparaît tout d’abord vert-bouteille, d’aspect huileux, puis évolue en une nécrose (photo 5) présentant souvent un aspect concentrique.

Pour assurer le diagnostic, vous pouvez placer les feuilles présentant le symptôme une nuit dans une chambre d’incubation créée avec une bouteille en plastique vide, avec juste quelques gouttes d’eau à l’intérieur. Le lendemain, si les nécroses sont dues à Microdochium, vous observerez avec une loupe de poche (ou une loupe binoculaire) sur la face supérieure de la tache de petites touffes oranges alignées : ce sont les sporodochies* de Microdochium qui sortent par les stomates de la feuille (photo 6).

Photo 4 : Nécrose de Microdochium développée autour d’une blessure de criocère

Photo 5 : Symptôme caractéristique de Microdochium sur feuilles de blé tendre

Photo 6 : Après incubation, on observe des touffes orange alignées sur la face supérieure de la feuille : ce sont les sporodochies de Microdochium sortant par les stomates

La fusariose des épis

Le stade d’infection optimal des épis par Microdochium est l’épiaison, l’attaque pouvant donc être plus précoce que dans le cas de la fusariose à F. graminearum, mais des contaminations après floraison  peuvent également avoir lieu en présence de pluies suivies d'un temps frais. L’inoculum responsable est constitué soit par les ascospores émises par les périthèces des résidus de culture de l’année précédente (céréales à paille), soit par les conidies disséminées par le vent ou pouvant provenir des nécroses foliaires.

Les symptômes sont visuellement difficiles à différencier de ceux causés par F. graminearum. L’épillet touché présente tout d’abord une trace brune sur la glume, parfois en forme d’auréole qui va rapidement s’estomper pour laisser la place à un épillet échaudé avec présence de croûtes orangées (photo 7), qui correspondent aux sporodochies de Microdochium. Si ce dernier n’a pas la capacité de coloniser le rachis de l’épi pour se propager aux épillets voisins, il semble tout de même capable de se disséminer par l’extérieur de l’épi, créant des symptômes sur la totalité de l’épi (photo 8). En effet, consécutivement à une première infection, de nouvelles conidies** sont produites au bout de 2 semaines et peuvent être véhiculées par le vent, la pluie ou le contact entre épis. L’observation des conidies du champignon (photo 9) au microscope permet l’identification avec certitude.


Photo 7 : L’épillet touché prend une couleur orangée due à la couleur des sporodochies de Microdochium

Photo 8 : Symptômes de Microdochium sur épis de blé tendre
Photo 9 : Après incubation, on observe des touffes orange alignées sur la face supérieure de la feuille : ce sont les sporodochies de Microdochium sortant par les stomates

Mais d’où vient-il ?

Au cours de l’année 2012, face à des attaques parfois marquées de Microdochium, Arvalis s’est interrogé sur l’origine de cette contamination. Des captures de spores ont révélé fin mai la présence d’un important inoculum aérien de Microdochium sous forme de conidies. Sur le site de Boigneville, dans l’Essonne, où de fortes attaques de Microdochium nivale ont été observées, les différentes sources d’inoculum potentielles ont été analysées pour leur teneur en ADN du champignon.

• Les semences sont une source de contamination couramment citée, cependant elles interviennent essentiellement dans la fonte des semis et les symptômes sur plantules. Une systémie du champignon dans la plante semble exister mais être limitée dans la hauteur (les études sont contradictoires sur ce point). Sur le site de Boigneville, les semences de blé tendre ainsi que celles du triticale employé comme barrières entre les essais étaient exemptes de Microdochium.

• Les gazons et graminées étant des hôtes connus de Microdochium, l’hypothèse d’une contamination ayant pour relai ou origine les bandes enherbées a été émise. Les analyses ont effectivement révélé la présence de Microdochium en quantités non-négligeables mais trop faibles cependant pour être la source principale de l’inoculum. 

• Les résidus de culture de l’année précédente sont un réservoir d’inoculum connu pour de nombreux champignons. Le fait que Microdochium produise des périthèces en fin de cycle sur les gaines tend vers l’hypothèse d’une conservation hivernale sur les débris de culture hôte. Deux résidus parmi les plus courants et présents sur le site, le blé tendre et le maïs, ont été analysés pour leur teneur en ADN de Microdochium. Si les résidus de maïs en sont exempts, ce qui corrèle avec le fait que cette culture ne soit pas hôte du champignon, les résidus de blé tendre, même en fin de campagne, présentent des quantités énormes d’ADN du champignon.

Il semble donc que les résidus de cultures hôtes (a minima de blé tendre), porteurs des périthèces du champignon, jouent un rôle essentiel dans le maintien de Microdochium au sein des parcelles. Suite à une première infection, les conidies sont rapidement produites et disséminent ensuite le champignon par voie aérienne comme l’ont montré les captures de spores.
Les résidus sont également le support du mycélium de Microdochium qui assure ainsi sa survie de manière saprophyte à la surface du sol. Le mycélium du champignon est probablement à incriminer dans le cas des attaques des tiges et nœuds, entrant en contact avec les gaines des feuilles basses lors de son extension, puis se propageant via ces gaines à la tige et aux nœuds, sur plusieurs étages. Il est en effet important de rappeler que Microdochium est capable de se développer à partir de températures inférieures à 0°C et jusqu’à plus de 20°C…


* Fructification superficielle (1 à 2 mm) de certains champignons, en forme de touffe ou coussinet, portant des conidies (spores asexuées) à sa surface.
** Spore asexuée constituée d’une seule cellule, sans motilité propre (pas de structure de déplacement autonome).

Pour connaître quels sont les principaux leviers agronomiques pour lutter contre les maladies des céréales à paille, cliquez sur le lien.

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