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Effet des mélanges variétaux en blé tendre Blé tendre

Mélanges de variétés : des différences rarement significatives

13 juin 2019

La question de l’intérêt des mélanges (ou associations) de variétés de blé tendre au sein d'une même parcelle fait débat. Pour le moment, leurs avantages annoncés ne sont pas tous confirmés par les résultats d’expérimentation. Les connaissances actuelles seraient de toute façon insuffisantes pour concevoir des mélanges adaptés à un service attendu sur le rendement, la qualité, la durabilité des résistances…

Des agriculteurs en recherche de systèmes de culture innovants, ou bien de simplification du travail, s’intéressent de près à la technique des mélanges, d’autant plus que les variétés prises isolément ne cumulent pas toutes les caractéristiques d’intérêt souhaitables. 

Plusieurs postulats scientifiques reposent sur le fait que les mélanges permettraient de ralentir le contournement des résistances des variétés par les pathogènes, dont les virulences évoluent avec les surfaces des différents profils génétiques cultivées. La nuisibilité des maladies serait aussi plus supportable dans un contexte de forte diminution de la protection phytosanitaire.

Enfin, comme les écarts de performances entre les variétés peuvent varier selon les scénarios climatiques, le principe de plus grande résilience des mélanges pourrait aussi s’exprimer sous l’effet de stress abiotiques et biotiques plus aléatoires.

Qu’en est-il vraiment ?

Au sommaire :Un moyen de préserver la durabilité des résistances variétales difficile à prouver et à mettre en œuvre
Un effet sur la nuisibilité des maladies uniquement dans les situations non traitées et fortement touchées
Pas d’effet sur la stabilité des rendements
Pas d’effet non plus sur le comportement en panification

Un moyen de préserver la durabilité des résistances variétales difficile à prouver et à mettre en œuvre

Cultiver sur de grandes portions de territoire des variétés dont les résistances reposent sur les mêmes gènes à effet fort, présente un risque de développement de parasites qui contournent ces gènes. Or la maîtrise de la répartition des variétés à l’échelle des régions reste complexe à appréhender. De plus, les connaissances sur les gènes de résistance qui permettraient éventuellement d’effectuer des recommandations de gestion spatio-temporelle sont très partielles actuellement. Enfin, l’évolution des virulences des rouilles, par exemple, s’effectue à de très grande échelle géographique, d’envergure européenne.

Les mélanges, qui sont une technique de gestion spatiale à l’échelle intra parcellaire, sont, de ce fait, considérés comme une mesure de précaution pour prévenir les contournements, sans pouvoir en démontrer l’efficacité. De plus la diversité des maladies à gérer simultanément (septoriose, rouille jaune et rouille brune) dans la plupart des régions et la complexité des déterminismes génétiques de résistance rendent difficiles l’application de règles pour associer des variétés.

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Un effet sur la nuisibilité des maladies uniquement dans les situations non traitées et fortement touchées

La culture de variétés plus résistantes aux maladies est un levier significatif pour réaliser des économies de protection phytosanitaire. Entre des variétés très résistantes à plusieurs maladies et des variétés très sensibles, l’enjeu est de l’ordre d’un IFT.

Des travaux réalisés dans le cadre d’une thèse INRA-ARVALIS ont montré un potentiel de 7 % d’économie de produits phytosanitaires pour lutter contre la septoriose par la culture de mélanges en comparaison de la moyenne des 4 variétés du mélange. Ce gain reste néanmoins inférieur à celui obtenu avec la variété la plus résistante.

Quoiqu’il en soit, certains postulats sont irréfutables. Les plantes en mélange améliorent le contrôle des maladies par effets mécaniques (augmentation de la distance entre plantes de variétés sensibles, barrières créées par les plantes résistantes, microclimat modifié par des variations d’architecture des plantes). L’association de variétés agit également par effets physiologiques (couvert hétérogène et réponses par prémunition) et par effets génétiques (différences de pression de sélection vis-à-vis des souches, etc.).

Les essais conduits par ARVALIS au cours des années 2010 à 2012 montrent qu’en l’absence complète de protection fongicide, un mélange de 4 variétés (choisies pour leur diversité de résistances) offre un gain de rendement significatif de 2,3 q/ha par rapport à la moyenne des variétés qui le constituent (tableau 1). Cet écart n’est plus significatif dès lors que les modalités sont protégées avec un programme fongicide à 40 % des doses homologuées.

L’écart entre les modalités bien protégées et les non traitées reflète la nuisibilité des maladies. Celle-ci est plus faible pour les mélanges dans les situations les plus touchées par les maladies (9,6 q/ha contre 11 q/ha pour la moyenne des variétés). Ces effets positifs sont très exceptionnellement significatifs et uniquement dans les situations à forte pression de maladies (tableau 1).

Toutes ces références convergent avec la méta-analyse réalisée par l’INRA sur les données du réseau « blé rustique » qui conclut à un effet positif moyen de 0,5 à 1,5 q/ha des mélanges par rapport aux moyennes des variétés dans les conduites à bas niveaux d’intrants et très allégées en protection. Dans tous les cas les gains sont faibles en comparaison des variétés les plus résistantes aux maladies.

Tableau 1 : Synthèse des essais réalisés sur les variétés en association en comparaison de moyennes de chaque variété entrant dans les associations en blé tendre. Mélanges avec 3 à 4 variétés choisies sur des critères de précocité (comparables), de représentativité et de diversité de profils de résistance aux principales maladies foliaires (source des essais et de la synthèse ARVALIS – Institut du végétal)

Au vu de ces résultats expérimentaux, en systèmes de culture raisonnée, choisir des variétés globalement résistantes aux maladies reste plus pertinent que de chercher à faire un mélange de variétés présentant des sensibilités même complémentaires.

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Pas d’effet sur la stabilité des rendements

Les mélanges apporteraient plus de flexibilité vis-à-vis des stress abiotiques du fait de complémentarités d’absorption de l’eau et des éléments fertilisants, d'effets d’évitements et de compensation. Toutefois, les écarts de rendement observés entre mélanges et moyennes des variétés entrant dans les mélanges ne sont pas significatifs dans les modalités bien protégées contre les maladies et dans des essais à faibles rendements. La synthèse sur les 54 essais du centre de la France (en 2010 et 2011) met en évidence que les 4 variétés cultivées séparément présentent des rendements moyens aussi stables que ceux des mélanges. C’est d’ailleurs ce qui fait préférer une diversité de variétés à l’échelle de l’exploitation.

L’étude de l’INRA sur 72 associations de variétés de blé tendre, réalisées à partir de 16 lignées représentatives et à bonne diversité génétique, conclut que le rendement d’un mélange est équivalent et bien prédit par celui des lignées qui entrent dans les associations.

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Pas d’effet non plus sur le comportement en panification

Des tests de panification réalisés par le laboratoire d’ARVALIS sur des mélanges étudiés au champ dans les années 2010 à 2012 montrent des notes totales de panification égales à celles des mélanges reconstitués avec des proportions de farine des variétés cultivées en pure équivalentes à celles des semences semées. Toutefois, des écarts ont été observés lorsque les pourcentages des variétés diffèrent entre les farines issues des grains récoltés et les proportions définies aux semis. Cette modification des proportions entre le semis et la récolte peut résulter d’effets de domination ou de compétition entre variétés dans les mélanges au cours du cycle de culture. Les effets des mélanges ne sont pas toujours reproductibles entre lieux et années lorsque les propriétés de panification sont différenciées entre variétés.

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Ces problématiques sous-tendent plusieurs axes de recherches du projet Wheatamix, soutenu par l’ANR et conduit de 2014 à 2018.

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6 commentaires 15 juin 2019 par GUYOT

Le PS et le taux de protéines sont des sources de réfaction. Je note qu'avec des mélange ils sont lissées et évite les moins sur le prix. Les régulateurs sont supprimés et les protection fongicides plus facile à réaliser dans de bonne conditions car moins de pression maladies. Avec ça un rendement au moins identique... Cela me semble plutôt POSITIF.

15 juin 2019 par D ARRENTIERES

Pour ma part je mets 4 variété avec une qui est un ble de force pour ameliorer la qualité du mélange notamment en proteine

15 juin 2019 par DOMAGALA

5 variétés choisies sur protéines PS,et BPS.. simplification de travail à la préparation des semences, au choix des parcelles, à la récolte, au stockage, un seul programme fongicide . C'est ma façon de répondre à la faible rentabilité de cette culture. .

14 juin 2019 par PETITJEAN

je pratique le mélange de 4 variétés depuis 4 ans maintenant et mon PS moyen est toujours supérieur à la moyenne des PS de chaque variété ( très important les années à faible PS) je mélange des variétés non sensibles verse avec les sensibles afin de jouer un role tuteur , de meme avec les tolérences ( cécydomies , piétin verse ...) permettant de minimiser les risques sur le mélange variétal et ainsi se passer d'un insecticide ou fongicide (malgré une voir deux sensibles dans le mélange) franck

14 juin 2019 par MARTIN

Je pense qu'aucune technique agronomique et agricole n'est en défaut depuis l'enseignement de l'institut national agronomique (Paris) des années 70 !!! Dans ces conditions soit l'étude est mal conduite comme le suggère Robert et dans ce cas il faut la censurer car non conforme aux pensées normatives soit les bases de cette étude sur le sujet n'ont pas reçu l'approbation du conseil supérieur de la vérité bio. Quant aux résultats qualitatifs Robert ne sait pas que le PS n'en est qu'une modeste composante (elle permet de remplir moins les sacs !). contre les tests de panification bénis par l'archéologie et Trofim Lyssenko.! Vive le progrès !

14 juin 2019 par ROBERT

Bonjour, Je vois que le discours ne change pas trop en 20 ans ... 1 q/ha d'écart entre une nouvelle variété et une ancienne, c'est génial, mais 1.5 q/ha d'écart entre un mélange et la moyenne des pures, c'est négligeable ... enfin un truc qui ne change pas! Il me semble que l'on a pas vraiment progresser sur l'analyse des règles pour faire un mélange. Quand on dit "traité - non traité" on ne met pas n'importe quoi dans le traitement, on ne compare pas bouillie bordelaise et non traité! Je ne suis pas sur que l'on soit au point pour dire que l'on sait choisir les variétés pour optimiser le mélange (vous ne l'avez jamais travaillé) donc on compare des situations qui ne sont pas optimisés. Ce qui me surprend, c'est de voir des exploitations conduire des mélanges depuis pas mal d'années et avoir des résultats plus stables que les parcelles voisines ... pour ma part, le mélange est à 6 variétés, je ne dit pas que c'est le meilleur, mais il me convient, et en PS (vous n'en parlez pas) ça bat des records, et c'est le premier critère de payement qualité! Enfin, c'est juste mon avis ... non significatif au Newmann et je ne sais plus qui! Dominique ROBERT

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