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Blé tendre en montaison exposé à la sécheresse au printemps 2019 en Nord-Aquitaine Messagerie Nord-Aquitaine

Manque d’eau sur céréales : faut-il irriguer ?

11 avril 2019

Malgré une courte période de pluies, le déficit hydrique perdure depuis quelques semaines. Dans quelle mesure cela va t-il impacter les céréales qui sont au début de la montaison ? En cas d’irrigation précoces, il est nécessaire de raisonner sa stratégie d’irrigation.

La fin d’hiver particulièrement chaude a accéléré la montaison des céréales. On est en moyenne au stade 2 nœuds environ, les parcelles les plus avancées approchent du stade dernière feuille. Les semis de novembre sont au stade 1 nœud.

Des sols secs

Depuis mi-février, la sécheresse s’est installée dans notre région. Les dernières pluies significatives dataient de début mars. Les pluies de la semaine dernière ont certes fait du bien, mais ne changent pas la donne. Les réserves hydriques sont particulièrement faibles sur la partie sud-est du secteur. La situation est moins préoccupante au nord de la Dordogne où la pluviométrie de mars a été plus élevée (carte 1). La situation actuelle est préoccupante pour tous les sols sauf les plus profonds. Compte-tenu des besoins croissants des cultures, les apports d’eau sont vite consommés, et les sols s’assèchent rapidement.

Carte 1 : Cumul de pluie (mm) du 1er au 25 mars 2019

Les figures suivantes, issues de l’outil Irré-LIS®, présentent les bilans hydriques pour plusieurs situations types de la région.

Figure 1 : Réserves hydriques pour un blé semé au 25 octobre sur un sol argilocalcaire superficiel (RU 50 mm) – variété Oregrain – Issigeac (24) - données Irré-LIS®


Figure 2 : Réserves hydriques pour un blé semé au 30 octobre sur Terrefort profond (RU 120 mm– variété Oregrain – Saint Antoine de Ficalba (47) - données Irré-LIS®


Figure 3 : Réserves hydriques pour un blé semé au 25 octobre sur petite Groie (70 mm) – variété Oregrain – St Martial de Viveyrol (24) - données Irré-LIS®

Quel impact sur les plantes ?

En situation de stress hydrique, la plante met en place des mécanismes d'adaptation, ce qui entraîne une réduction de son métabolisme. Suivant l'intensité et la durée du déficit hydrique, la croissance de la plante sera plus ou moins affectée.

La demande climatique, communément appelée évapotranspiration potentielle (ETP), engendre une perte d’eau au niveau des stomates par transpiration. En l’absence d’une ressource en eau suffisante et accessible aux racines de la plante, la plante perd une partie de son eau interne et le potentiel hydrique des cellules s’abaisse. Les conséquences sont multiples mais la principale d’entre elles est une réduction de la photosynthèse. Elle se traduit par :

- une réduction de l’expansion cellulaire conduisant à une plus faible taille de feuille. La surface foliaire de la plante étant réduite, sa capacité à intercepter de la lumière baisse, de même que son potentiel photosynthétique.

- une fermeture des stomates, ce qui réduit la capacité de la plante à absorber du dioxyde de carbone, limite sa transpiration, et ralentit la photosynthèse.

- un détournement des nutriments destinés aux organes en croissance.

- une élévation de la température des tissus végétaux. L’évaporation de l’eau a un fort pouvoir thermorégulateur des tissus photosynthétiques. Par conséquent, une réduction de la transpiration conduit à une élévation de température des tissus des feuilles en particulier. Pour les plantes en C3 dont font partie les céréales à paille, la réaction photosynthétique a un optimum thermique aux alentours de 15 à 20°C, valeurs qui peuvent être fortement dépassées dans des tissus exposées au soleil et à faible transpiration. De plus, le développement phénologique d’une culture, qui est conditionné par des cumuls de temps thermiques, sera donc accéléré si les tissus s’échauffent par déficit de transpiration. Ainsi, certains stades sont précipités car la plante « ressent » une température plus élevée, ce qui se traduit par une moindre durée calendaire des phases phénologiques et donc une moindre interception de la ressource lumineuse.

Et les rendements ?

Un blé à montaison consomme environ 3 mm d’eau par jour. Tant que la demande évaporative reste modérée (températures fraîches, pas trop d’ensoleillement, ni de vent), le stress ressenti par les cultures n’engendre pas de gros accidents (seulement une réduction progressive du métabolisme). L’arrivée d’une période chaude, même courte (3-4 jours), peut par contre avoir des conséquences beaucoup plus néfastes sur la croissance et le développement des céréales.

Un déficit hydrique prolongé se traduit par une réduction du métabolisme de la plante. Lors de la phase de montaison, un déficit hydrique peut s’avérer pénalisant pour la photosynthèse totale et le nombre de grains par m².

Cependant, en début de montaison, les niveaux de croissance et de composantes de rendement sont souvent excédentaires. Aussi, un stress hydrique durant cette phase n’aura pas ou peu d’impact sur le rendement final si la surface foliaire et la densité d’épis sont maintenues à des niveaux satisfaisants par la suite (pluviométrie ou irrigation).

En revanche, le stress hydrique est beaucoup plus préjudiciable à la culture s’il intervient pendant la seconde partie de la montaison, de 2 nœuds à floraison. Il affecte alors le peuplement et la fertilité des épis.

Le blé tendre présente de multiples capacités de compensation à travers les composantes de rendement successives, ce qui lui confère une bonne résistance au stress hydrique.

Quand c’est possible, quelle stratégie d’irrigation adopter ?

En blé tendre, il est préconisé de démarrer les irrigations à partir de 2 nœuds (dès le début de la montaison en cas de problème de valorisation de l’azote).

Les irrigations précoces ne sont pas toujours valorisées économiquement si les pluies reviennent sur le reste du cycle. Les stades critiques pour positionner l’irrigation sont « Dernière Feuille Pointante » (mise en place des composantes fertilité épi et taille de l’enveloppe du grain) et « Début remplissage » (mise en place de la composante PMG).

Le schéma 1 montre les stratégies d’irrigation en cas de sécheresse précoce. En sol profond, on attend généralement la dernière feuille pour déclencher si le niveau de tallage est suffisant.

Cependant, si la sécheresse perdure tout au long du cycle, il faudra jusqu’à quatre irrigations pour obtenir la meilleure rentabilité. Commencer à irriguer puis stopper lors du remplissage du grain (en mai) est la plus mauvaise des stratégies.

Schéma 1 : Exemple de valorisation de l’eau en cas de sécheresse précoce (1 ou 2 irrigations possibles)

L’irrigation permet de valoriser les apports d’azote

Les conditions pour une bonne valorisation des apports d’azote n’ont pas toujours été réunies; avec un rétrécissement du nombre de créneaux en allant vers le sud-est du secteur (tableau 1).

Tableau 1 : Nombre de jours nécessaires pour cumuler 15 mm de pluie après un apport d’azote

En vert : moins de 15 jours. En orange : plus de 15 jours.
La période la plus favorable se situait fin février et permettait de positionner tout ou partie de l’apport « épi 1 cm ». 

Dans certains contextes climatiques, la sécheresse peut avoir des répercussions sur l’alimentation azotée. En effet, il ne faut pas moins de 15 à 20 mm de pluie ou d’irrigation depuis le moment d’application de l’engrais azoté pour qu’il soit dissout et mis à disposition des racines de la plante. Ainsi, dans les situations à faible fourniture du sol en azote, et en l’absence de pluie pendant plus de 20 jours après l’apport d’azote réalisé juste avant le stade épi 1 cm, la culture est affectée par la carence azotée (perte mesurée de 8 à 15 q/ha selon la forme d’engrais utilisée – essais du Magneraud) .

Dans cette situation, une irrigation s'avère très productive.

Ajuster les apports qualité Dans le cas d’apports effectués dans des conditions non optimales, une partie de l’azote est inévitablement perdue. Dans ces situations, l’utilisation d’outils de pilotage représente un bon moyen d’ajuster au plus près la dose du dernier apport par rapport aux besoins réels de votre culture.

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1 commentaires 12 avril 2019 par DEGHILAGE

Le contexte relativement sec aura au moins permis de limiter les développements cryptogamiques sur les cultures d'hiver que nous rencontrons souvent... Attention aux pluies qui viennent de survenir ces derniers jours.. une protection préventive est Plutôt recommandée..

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