En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies pour vous proposer des contenus adaptés à votre région et réaliser des statistiques.

En savoir plus
Parcelle de maïs fourrage ayant subi un stress hydrique et de fortes températures en 2015 : les tiges et feuilles sont totalement sèches, il faut ensiler. Campagne 2015

Maïs fourrage touché par la sécheresse : faire un diagnostic avant de prendre la décision d’ensiler

06 août 2015

Dans les régions d’élevage fortement concernées par la sécheresse et les fortes températures de ces dernières semaines, se pose la question des récoltes très précoces de maïs fourrage. ARVALIS - Institut du végétal propose des repères pour aider à la prise de décision d’ensiler les parcelles plus ou moins sévèrement touchées selon les régions, les stades auxquels les déficits hydriques et excès de températures sont survenus…

En conditions normales de végétation, l’objectif général est d’ensiler une plante à 32 % de matière sèche. C'est à ce stade que le rendement maximal de la plante entière est atteint, et que la valeur énergétique et les conditions de conservation au silo sont optimales. A ce stade les grains sont au stade laiteux-pâteux-vitreux (compris entre 50 et 55 % de MS), l‘appareil végétatif présente encore des feuilles vertes (contenant encore des sucres solubles) et des réserves dans la tige (teneur en MS comprise entre 20 et 25 %).

Téléchargez la grille " Appréciation du taux de matière sèche plante entière par l’observation des grains" .

En parcelles affectées par des déficits hydriques, l’objectif est de valoriser au mieux la situation en essayant de faire les meilleurs compromis. Il est nécessaire de récolter une plante « ensilable », c'est-à-dire à un taux de matière sèche (MS) qui permet la conservation, avec des feuilles encore vertes pour faciliter le tassement et le processus d’acidification, et sans trop perdre de chances d’augmentation de rendement si les conditions de culture redevenaient favorables. Dans des conditions chaudes, les plantes évoluent vite, et il faut veiller à ne pas se faire dépasser par la rapidité de la sénescence et d’évolution de la teneur en MS.

Avant de prendre la décision d’ensiler, il convient de faire un diagnostic de la parcelle. Ce diagnostic prend en compte le stade actuel (ou lors de la visite au champ) de la plante, puis le nombre de grains au m2, l’aspect de l’appareil végétatif et son potentiel d’évolution.

Rappel des stades repères et du fonctionnement de la plante La floraison femelle est un stade repère très utile pour le diagnostic. Toutefois, dans les situations les plus gravement touchées par des déficits hydriques précoces, les défauts de croissance ont bloqué l’élongation des tiges, des épis et l’émergence des soies, empêchant la floraison, la fécondation et la mise en place des grains sur les plantes les plus chétives, mais aussi dans des portions de parcelles.

La plante met en place les ovules sur son futur épi avant floraison. La floraison femelle (sortie des soies) intervient après la floraison mâle (émission du pollen) et déclenche la fécondation et la mise en place des grains. Tout stress (et notamment stress hydrique) intervenant à la floraison peut causer des accidents de fécondation (décalage de sortie de soies par rapport au pollen). Les trois semaines qui suivent la fécondation sont aussi une période très sensible à l’avortement des grains récemment formés. Les grains présents sur l’épi trois semaines après la floraison sont viables. On appelle ce stade le SLAG (stade limite d’avortement des grains). Le remplissage des grains (stockage de l’amidon) est minime avant le SLAG et s’intensifie ensuite. A partir du SLAG, la priorité de la plante est le remplissage des grains, essentiellement par les sucres produits par la photosynthèse des feuilles du haut de la plante, et si besoin par transfert des sucres stockés dans la tige et les feuilles vers l’épi.

 Conséquences du stress hydrique

Le déficit hydrique, souvent associé sous nos climats à des températures élevées, et qui de plus génère une augmentation de la température du couvert par défaut de transpiration, a des conséquences sur la mise en place du rendement. Les premiers symptômes sont les enroulements de feuilles (fermetures des stomates) qui se dessèchent si le stress persiste. Un fort stress hydrique avant floraison peut bloquer la plante dans l’enchainement des stades et la floraison, peut limiter la croissance des feuilles et tiges, accélérer le dessèchement des feuilles (y compris avec des brûlures) et dans les cas extrêmes entraîner la mort de la plante. Un stress modéré en préfloraison limitera le développement végétatif de la plante, limitera le nombre d’ovules, mais si l’alimentation hydrique autour de la floraison est normale, les épis pourront être presque normaux en fonction du nombre d’ovules mis en place.

Un manque d’eau à la floraison, ou dans les trois semaines qui suivent la floraison, aura pour conséquence la limitation du nombre de grains formés, et donc à remplir. Un manque d’eau au cours du remplissage des grains diminuera leur remplissage et pourra entraîner un desséchement précoce de la partie « tige + feuilles » ce qui limitera le rendement, accélérera la maturité et dégradera la qualité. D’un point de vue valeur alimentaire, le grain, en rendement plus faible, apportera moins d’énergie, alors que la partie « tige plus feuilles » pourra perdre rapidement de la valeur énergétique.

 Quelle est la situation actuelle ?

Toutes les situations sont présentes sur le terrain. Une des difficultés réside dans l’estimation du potentiel de la plante (mise en place des épis et des grains), une autre dans l’estimation de l’évolution de la partie tige + feuilles (niveau de dessèchement).

Plus le nombre de grains mis en place est élevé, plus le potentiel de rendement est élevé et plus on aura intérêt à attendre et à favoriser le remplissage des grains sous réserve qu’il reste des feuilles fonctionnelles. Le retour de la pluie sur une plante qui garde quelques feuilles vertes permet d’assurer une photosynthèse suffisante pour la poursuite du cycle de la plante. Le rendement final sera corrélé au développement plus ou moins important et régulier des plantes, au nombre de grains /m2, et au dessèchement plus ou moins prononcé de l’appareil végétatif. Mais en absence de grain sur la plante, il n’y a plus rien à espérer de la culture.

 Les repères pour prendre la décision d’ensiler

Pour prendre la décision d’ensiler, on distinguera trois itinéraires de décision en rapport avec le stade de la plante :
1- la plante est à un stade au-delà du SLAG (plus de trois semaines après floraison),
2- la plante est à un stade entre la floraison et le SLAG,
3- la plante n’a pas fleuri.

Cas 1 : le stade de la plante est au-delà de trois semaines après la sortie des soies.

La plante est en pleine période de remplissage des grains. Pour faire une prévision de date de récolte, les sommes de température cumulées après floraison donnent une première indication d’état potentiel de maturité. Les critères de décisions reposent sur le nombre de grains, leur niveau de remplissage, l’état de sénescence des feuilles et l’évolution potentielle de l’appareil végétatif.

Pour prendre la décision d’ensiler, se reporter aux figures 1 à 3, selon l’état d’avancement du grain.

Figure 1 : règles de décision pour un maïs au stade « grain laiteux » (avant apparition de la lentille vitreuse)




Figure 2 : règles de décision pour un maïs avec présence de la lentille vitreuse à l'extrémité des grains des couronnes centrales des épis




Figure 3 : règles de décision pour un maïs avec les grains au stade « 1/3 vitreux, 1/3 pâteux, 1/3 laiteux »

Cas 2 : la plante est entre la floraison et le SLAG.

La floraison est récente et le nombre de grains n’est pas définitif.

On peut faire une estimation de la fécondation quelques jours après la sortie des soies. Pour cela prendre un épi, couper les extrémités et retirer délicatement les spathes, tenir l’épi à l’horizontal et le secouer. Les soies des ovules fécondés tombent. Les soies des ovules non fécondés restent attachées à l’ovule. On peut ainsi estimer un pourcentage de fécondation, qui ne préjuge en rien du nombre de grains restant après le SLAG. Une alimentation hydrique normale assurera le maintien des grains.

Attendre le SLAG pour faire une estimation du nombre de grains par m2 et faire un diagnostic selon le cas 1.

Si l’appareil végétatif se dessèche rapidement, il risque de ne plus être fonctionnel après le SLAG.

Le grain pourra profiter du déstockage des sucres de la partie tige + feuilles, mais la photosynthèse ne sera pas efficace. Prévoir une récolte à brève échéance.

Cas n°3 : la plante n’a pas fleuri

- Soit parce que les conditions climatiques ont bloqué la plante dans son développement. Dans ce cas, il n’y a plus rien à attendre de ces maïs. Suivre l’évolution de l’appareil végétatif et récolter ou faire consommer par les animaux avant un desséchement complet des feuilles…

- Soit parce qu’il s’agit d’un semis tardif. Dans ce cas, surveiller l’évolution de la plante et décider en fonction.

Réagissez !

Merci de vous identifier pour commenter cet article

aucun commentaire pour l'instant

  • ARVALIS - Institut du végétal
    • 3, rue Joseph et Marie Hackin
      75016 PARIS
      Tél : + 33 (0)1 44 31 10 00
      Fax : + 33 (0)1 44 31 10 10