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Quand intervenir en cas de pucerons ? Agir

Lutte insecticide contre les pucerons : mieux vaut tard que jamais !

15 octobre 2020

A défaut de solution efficace contre les virus de la JNO, la lutte cible les pucerons. Les produits disponibles en céréales à paille offrent une protection satisfaisante, mais ils doivent être correctement positionnés : pas trop tôt (car ils n’ont pas d’action préventive), mais mieux vaut un peu tard que jamais en cas de risque avéré !

Une protection à bien positionner face à un risque couvrant une longue période

Les insecticides disponibles ont une action par contact, ils sont donc à positionner quand les pucerons sont présents sur les plantes.

Il est recommandé d’intervenir dès lors que 10 % des plantes sont porteuses de pucerons ou quand la présence de puceron(s) est observée dans la parcelle pendant plus de 10 jours.

Ces recommandations ont été établies sur les premiers stades de la culture, depuis la levée jusqu’à début tallage, stades au cours desquels l’observation de pucerons est aisée. Mais la présence de pucerons reste potentiellement nuisible pendant toute la phase de tallage, stade à partir duquel les observations deviennent plus compliquées. La surveillance ne s’arrête donc pas à la mi-novembre !

Si les conditions continuent d’être favorables à la présence de pucerons et si la présence d’individus est confirmée en fin d’automne, une lutte insecticide tardive doit être envisagée afin de pallier l’absence de gels significatifs.

Le déclenchement du traitement ne dépend pas de l’opportunité de réaliser un mélange avec un herbicide (dont les conditions d’efficacité optimale seront différentes par rapport à l’insecticide). L’intervention se justifie en premier lieu par l’observation effective de pucerons dans la parcelle.

Les résultats d’essais réalisés par ARVALIS mettent en évidence une relative souplesse dans la date d’application de l’insecticide : dans 10 essais sur 13, il n’a pas été observé de perte de rendement pour une application retardée jusqu’à 14 jours par rapport aux seuils précités (10 % de plantes habitées ou 10 jours de présence de pucerons). Dans certains cas (3 essais sur 13), l’application tardive s’est même avérée bénéfique : elle a permis d’atteindre des pucerons arrivés un peu plus tardivement sur la parcelle.

Figure 1 : Gains de rendement sur orge d’hiver selon le positionnement de l’insecticide Karaté Zéon (0,075 l/ha) – 13 essais 2015 à 2020 – situations à risque JNO avec semis précoces

Une ou deux applications ?

Dans la plupart des situations, une seule application insecticide bien positionnée est suffisante.

Mais en cas de conditions favorables à une infestation précoce et intense, puis à la multiplication et la dispersion des pucerons dans la parcelle avec de nouvelles arrivées, il peut être intéressant de mettre en œuvre une lutte en deux applications. La première permet de contrôler une partie des infestations liées aux arrivées précoces de pucerons ailés. La seconde permet de limiter la population résiduelle grâce à son action sur les infestations tardives : la persistance d’action des insecticides est limitée, et ce d’autant plus que les nouvelles feuilles émises depuis la première application ne sont pas protégées.

Lutte insecticide : un choix restreint de produits très efficaces

La lutte insecticide en végétation s’appuie sur l’application d’un produit comportant une substance active de la famille des pyréthrinoïdes (tableau 1).

Les produits à base de lambda-cyhalothrine (référence Karaté Zéon) présentent régulièrement de très bonnes efficacités dans nos essais, elles peuvent être en partie reliées à une persistance d’action plus soutenue de cette substance active. Dans des conditions optimales d’application pour des semis aux dates recommandées, la différence d’efficacité entre les substances actives de la famille des pyréthrinoïdes (lambda-cyhalothrine, cyperméthrine, tau-fluvalinate, esfenvalerate…) est le plus souvent marginale.

Un seul produit (Teppeki) contient une substance active n’appartenant pas à la famille des pyréthrinoïdes (le flonicamide). Cependant, ce produit est autorisé uniquement sur blé et son efficacité est nettement inférieure à celle des produits comportant une pyréthrinoïde.

Tableau 1 : Principales spécialités insecticides autorisées en traitement foliaire sur blé tendre

(d’après le dépliant ARVALIS - Institut du végétal mai 2020)

Bien utiliser les pyréthrinoïdes pour limiter les risques de résistance

L’absence d’alternative technique aux produits comportant une pyréthrinoïde est favorable à l’apparition de résistance. Attention, le recours systématique à une voire plusieurs applications sans prise en compte du risque réel et dans des conditions d’efficacité non optimales est de nature à engendrer plus rapidement ce phénomène.

Une population de Sitobion avenae présentant une résistance à des substances actives de cette famille a déjà été mise en évidence au Royaume-Uni, en Allemagne et en Irlande. La présence de populations de pucerons vecteurs de la JNO et résistantes à des pyréthrinoïdes n’a pas été mise en évidence en France à ce jour, mais le risque doit être pris en considération.

Par mesure de précaution, et à défaut de pouvoir diversifier les familles chimiques, il est conseillé de diversifier autant que possible les spécialités en fonction de la sous-famille des pyréthrinoïdes à laquelle la substance appartient (tableau 2). L’esfenvalérate appartient à la sous-famille des Benzyl-carboxylates, le tau-fluvalinate appartient à celle des Valinates alors que les autres pyréthrinoïdes appartiennent toutes à la même sous-famille des Cyclopropane carboxylates.

Cette précaution d’usage, mise en œuvre en mosaïque à l’échelle d’un bassin de production, pourrait contribuer à retarder l’éventuelle apparition de résistance.

Tableau 2 : Les trois sous-familles des pyréthrinoïdes

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2 commentaires 16 octobre 2020 par ROBIN

Le puceron vert du pêcher (Myzus persicae) est un insecte ravageur de nombreuses cultures où il peut faire l’objet de traitements insecticides. Des applications répétées (notamment de carbamates ou de pyréthinoïdes, utilisés depuis longtemps) ont pu faire apparaître une résistance dans une population. Cette résistance étant héritable, elle a ensuite été favorisée par la reproduction asexuée qui permet à un seul individu d’engendrer rapidement une colonie importante d'individus identiques (clone). Ces pucerons ont pu coloniser une autre culture et y exporter leur résistance. Ainsi il a été observé une évolution rapide de la résistance du puceron vert du pêcher aux pyréthrinoïdes. Le cas des pucerons des céréales à paille est différent. Il n’y a pas de résistance identifiée (encore moins installée) sur le territoire français pour les différentes espèces concernées, que ce soit sur feuillage ou sur épis (Rholaposiphum padi, Sitobion avenae, Rhopalosiphum maidis, etc). Mais le risque n’est pas nul pour autant et entraine des mesures de précaution suite au retrait des néonicotinoïdes (imidaclopride). Une population de Sitobion avenae (un clone) a montré, au Royaume- Uni notamment, une résistance aux pyréthrinoïdes. Cette mutation qui entraine une baisse de sensibilité aux pyréthrinoïdes – quand le traitement est bien appliqué, à la bonne dose, dans de bonnes conditions - n’a pas été détectée sur le territoire français. Nathalie Robin

16 octobre 2020 par NIVET

Bonjour Comment expliquer la sensibilité encore avérée des pucerons vecteurs de la JNO aux différentes pyréthrinoides alors que sur pucerons verts du colza,pucerons cendrès,et les pucerons céréales du feuillage et de l'epi au printemps les résistances semblent bien installées ? Pierre-Vincent Nivet

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