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parcelles de céréales à paille - montaison Messagerie Ouest Occitanie

Verse des céréales : faut-il réguler cette année ?

01 avril 2021

La maîtrise de la verse est un enjeu significatif. Son raisonnement passe par la détermination des facteurs de risque, la sensibilité variétale étant le plus influant. Le cas échéant, un seul traitement est souvent suffisant et de bonnes conditions d’application sont essentielles à sa réussite.

La maîtrise de la verse : un enjeu significatif

L’analyse des essais régulateurs de croissance sur un grand nombre d’années montre que la maîtrise de la verse constitue un enjeu significatif sur le rendement et la qualité, en particulier lorsque la verse est importante et précoce. Elle provoque alors une baisse de PS et de temps de chute de Hagberg, et augmente le risque de germination sur pied.

En revanche, des baisses de rendement peuvent être constatées après applications de régulateurs, suite à des problèmes de sélectivité. Il convient donc d’estimer le risque de verse et de n’intervenir que si nécessaire lorsque les conditions climatiques sont favorables.

Des facteurs de risque bien établis

La hiérarchie des facteurs qui conditionnent la verse permet d’établir le niveau de risque et d’adapter ainsi la conduite (figure 1).

Figure 1 : Facteurs ayant un impact sur la verse des céréales

N°1 - Sensibilité variétale

C’est le premier facteur de risque à prendre en compte. Sur blé tendre et blé dur, les variétés ayant une note de sensibilité ≥ 6,5 ne présentent aucun risque de verse. Ce dernier devient plus important pour les variétés avec une sensibilité ≤ 5 (figure 2). Il n’existe pas de variétés résistantes sur l’orge d’hiver, mais le risque est atténué pour les variétés assez résistantes (notes ≥ 6).

Figure 2 : Verse observée sur les parcelles (note de 0 à 10) en fonction de la note de sensibilité variétale en blé tendre

Les tableaux ci-dessous présentent les notes des variétés cultivées.

Figure 3 : Classement des variétés de blé tendre par rapport à la tolérance à la verse

Source : essais pluriannuels post-inscription (ARVALIS et partenaires) et inscription (CTPS/GEVES)

Figure 4 : Classement des variétés de blé dur par rapport à la tolérance à la verse

Source : essais pluriannuels ARVALIS et CTPS (2007-2018)

Figure 5 : Classement des variétés d’orges d’hiver par rapport à la tolérance à la verse

Source : essais pluriannuels ARVALIS et CTPS, 8 essais 2020.

N°2 - La gestion de la fumure azotée

Le risque de verse s’accroît avec la quantité d’azote dans la parcelle. Un premier apport d’azote excédentaire ou de forts reliquats sont favorables à la verse en permettant le maintien de nombreuses talles. Cette année, les températures hivernales ont été élevées : le tallage est parfois important voire très important, notamment sur les orges.

Ainsi, une dose d’azote du premier apport limitée à 40 kg/ha et le fractionnement de l’engrais azoté en trois apports limitent sensiblement le risque.

N°3 - Climat hivernal et printanier

Le climat de l’hiver associé à la densité et la date de semis peuvent conduire à un nombre de tiges élevé qui augmente le risque.
Les semis trop précoces allongent de manière significative le cycle végétatif et l’arrivée au stade épi 1 cm se fait précocement. La montaison se fera en jours dits « courts ». Les tiges auront tendance à s’étioler, du fait du déficit lumineux, affaiblissant d’autant la tenue de tige.

En 2021, les premiers blés durs ont débuté leur montaison avant fin février. Il en est de même pour les blés tendres type BAF. Quant aux orges, elles sont entrées en montaison avec plus d’une semaine d’avance.

Les fortes densités de semis ont un effet analogue de compétition vis-à-vis de la lumière, et provoquent un allongement des entre-nœuds de la base (figure 6).

Figure 6 : Elongation classique des entre-nœuds

Si vous mesurez des longueurs de tiges supérieures à celles indiquées sur la figure 6, le risque de verse l’est aussi.

N°4 - Type de sol

Le risque de verse est sensiblement atténué dans les sols superficiels à faible potentiel. Les parcelles ayant été en excès d’eau durant cet hiver ont subi des retards de stade. Le risque de verse y est également faible.

Evolution positive des pratiques

Les pratiques culturales ont évolué dans un sens favorable à la limitation du risque de verse : sélection rigoureuse pour limiter la présence de variétés sensibles, réduction des densités de semis, pratiques de fertilisation azotée qui ont limité les excès d’azote et réduit les doses d’azote en début de cycle, et mise en œuvre de pratiques de fractionnement de l’azote.

S’il est nécessaire de réguler, un seul traitement est généralement suffisant

Les régulateurs n’apportent aucun gain spécifique en l’absence de verse (qualité, rendement) : ils n’ont d’intérêt que si le risque est réel. Il est possible de faire l’impasse si la variété est résistante ou peu sensible et que les techniques culturales mises en place sont favorables.

S’il existe un risque de verse, un seul traitement est généralement suffisant à condition que l’application soit réalisée en bonnes conditions.
Il ne faut pas oublier que la stratégie la plus adaptée peut être mise en défaut par des conditions de fin de cycle très difficiles (orages, vent violent…).

Les différences d’efficacité entre produits sont faibles dès lors que l’application est réalisée dans de bonnes conditions et à la dose conseillée. Le choix du produit dépend surtout du stade d’intervention.

Il existe deux modes d’action pour les régulateurs de croissance : les anti-gibbérelliques et les anti-auxiniques.

Les gibbérellines et les auxines sont des phytohormones qui agissent sur l’élongation de la plante (figure 7). L’action recherchée des régulateurs est de limiter la croissance de la tige et d’en épaissir les tissus. Cela permet d’augmenter la résistance physique de la tige.

Figure 7 : Mécanisme de la dominance des hormones au cours du développement d’une plante de blé (hypothèse d’AUFHAMMER)

Les anti-gibbérelliques agissent soit aux stades précoces (tallage à épi 1 cm) soit à des stades plus tardifs (à partir de 1 nœud). Dans le premier cas, les substances actives sont les chlorméquat, mépiquat et dans le second cas ce sont les trinexapac éthyl et prohexadione-calcium.

Chez l'orge, l'effet des gibbérellines est passager (limité au tallage) d'où un raccourcissement moindre avec des anti-gibbérellines. Une production plus importante d’auxine le rend plus sensible aux anti-auxiniques (éthéphon).

Respecter rigoureusement les conditions d’application

Avec les régulateurs, les risques de phytotoxicité sont souvent sous-estimés et il y a souvent plus à perdre qu’à gagner dès lors que les conditions d’application ne sont pas requises.

Pour accroître l’efficacité et limiter la phytotoxicité, les applications sont à réaliser sur des cultures en bon état (indemnes de viroses, alimentées correctement en eau et en azote) et dans des conditions climatiques favorables : temps poussant (pas de période de sécheresse), lumineux et sans forte amplitude thermique.

Il est nécessaire de tenir compte des conditions climatiques le jour de l’application mais aussi durant les 3 à 5 jours suivants. Si elles ne sont pas réunies, mieux vaut reporter l’application.

Pour en savoir plus, retrouvez toutes les stratégies préconisées pour la région dans les documents « Choisir et décider » – Interventions de printemps, par espèces, téléchargeables gratuitement :
• Pour le blé dur 
• Pour le blé tendre
• Pour l'orge d’hiver

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