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Optimisation des exploit Les exploitations agricoles face au contexte 2012

Les marges de manœuvre pour regagner en rentabilité

01 janvier 2010

Les marges de manœuvre sont différentes d’une exploitation à l’autre, d’une région à l’autre, et selon le niveau d’optimisation initial. Dans l'étude sur les fermes-types, trois leviers ont été re-explorés : les adaptations d’assolement, l’optimisation des charges de mécanisation, et l’amélioration de l’efficience des intrants.

Optimiser l’assolement

Plusieurs éléments peuvent amener les producteurs à redéfinir leurs assolements d’ici 2012 : le « découplage total », qui fait disparaître l’incitation à produire une culture plus qu’une autre (ex. : des aides couplées supérieures pour la SCOP irriguées) ; de nouvelles aides spécifiques (ex. : la prime protéagineux); dans les zones vulnérables, l’obligation de couverture des sols à l’automne (4ème programme Directive Nitrates).

Des travaux d’optimisation d’assolement ont été effectués sur le panel de fermes-types, à partir des marges brutes recalculées en 2012, pour chercher l’assolement qui dégage la marge brute d’exploitation maximale, dans le respect des contraintes agronomiques de rotation. Dans l’exemple de la ferme de Beauce irriguée, cela permettrait de retrouver une marge nette de 313 €/ha (+ 30 €/ha), avec l’apparition du pois de printemps et le développement du blé dur et du maïs. Dans cette ferme, les cultures les plus pénalisées sont les orges, le blé tendre et le colza.

En moyenne « France », ces gains sont plus modestes (10 €/ha), mais peuvent être augmentés de 32 €/ha si l’exploitation est éligible à la MAE rotationnelle « 2010 » et décide d’y souscrire.

À l’exception des protéagineux, et le blé dur en zone traditionnelle, le bilan de santé a déconnecté les aides PAC des espèces cultivées et leur a fait perdre un peu plus leur rôle de « stabilisateur de revenus ». Dans un contexte économique volatil et pour faire face aux aléas climatiques et parasitaires, l’agronomie est un facteur encore plus prépondérant dans  la construction des assolements. Sur un pas de temps de 5 à 10 ans, les assolements gagnants sont généralement diversifiés.

Optimiser les charges de mécanisation

Travaillée depuis longtemps, l’optimisation des charges de mécanisation regagne en intérêt dans un contexte économique plus contraint. Trois axes de réflexion se dégagent : la meilleure valorisation du parc matériel existant, le partage de matériel, l’évolution du travail du sol vers des techniques « simplifiées » limitant l’emploi du labour.

Sur la ferme « Beauce irriguée », qui pratique un labour quasi systématique, la suppression du labour (avec semoir classique ou rapide) diminue les charges de mécanisation de 40 €/ha en moyenne (coût matériel et carburant). Le passage au semis direct fait gagner environ 60 €/ha. Néanmoins, ce choix doit s’accompagner d’une réflexion sur la capacité du système de production à supporter une telle technique (type de sol, rotation et risque d’enherbement, type de cultures…). Sur la ferme de Beauce irriguée, un compromis pourrait être de limiter le nombre de labours.

L’optimisation du parc matériel est une autre voie d’amélioration des charges, qui consiste à faire travailler le matériel sur une plus grande surface. Compte tenu du nombre de jours disponibles climatiquement pour travailler dans de bonnes conditions, le parc moyen des exploitations de grandes cultures est souvent surdimensionné. Pour la ferme « Beauce irriguée », le même parc matériel pourrait cultiver 100 ha supplémentaires, en plus des     150 ha de la ferme, ce qui permettrait une économie de 35 €/ha environ. Ce chiffrage peut se traduire de différentes manière au-delà d’un agrandissement : travail à façon sur 100 ha, mise à disposition du matériel à des tiers…

Enfin, l’investissement à plusieurs dans un parc matériel (initiative entre voisins, création de CUMA…) est une autre façon de maximiser l’amortissement. La ferme « Beauce Irriguée » gagne 10 €/ha en partageant le matériel de travail du sol et semis et 28 €/ha en partageant les outils de récolte, avec des outils redimensionnés pour deux fermes.

Un indicateur simple permet d’évaluer le degré d’équipement d’une exploitation : la puissance de traction/ha (tracteur + automoteur, hors moissonneuse-batteuse). En système  céréalier, les exploitations les plus optimisées ont un indicateur à moins de 1 CV/ha. 

Améliorer l’efficience des intrants

Le troisième levier est l’amélioration de l’efficience des intrants (voir encadré), très diverse selon les exploitations (de 1,7 à 2,90 €/ha pour le blé tendre dans un groupe de Beauce-Gâtinais en 2008). Cela consiste par exemple à augmenter le niveau de rendement pour un même investissement, soit à réduire les quantités d’intrants tout en maintenant le rendement. Plusieurs pistes sont à ré-explorer dans beaucoup d'exploitations : adaptation des doses d’azote à la parcelle avec mesure de reliquats, définition appropriée de l’objectif de rendement, choix de variétés adaptées aux risques agronomiques de la parcelle (sol, date de semis, précédents), raisonnement des programmes fongicides et régulateurs à la parcelle…

À titre d’illustration, la tolérance des variétés aux maladies n’est pas toujours bien valorisée. Par exemple, pour quatre variétés de blé tendre de sensibilités différentes, l'enquête   SCEES 2006 montre que l’usage des fongicides est quasi équivalent. Sur la ferme « Beauce irriguée », une meilleure adaptation du programme à la variété fait gagner 14 €/ha. Si on ajoute un meilleur raisonnement du choix variétal, les économies sont de l’ordre de 20 à     30 €/ha.

Techniquement, l’optimisation de l’efficience des intrants nécessite souvent d’utiliser les nombreux outils d’aide à la décision disponibles, mais aussi à observer, raisonner à la parcelle, traiter au bon moment…

 Tous les leviers ne se cumulent pas

Chaque levier a une incidence plus ou moins forte sur la marge nette et sont une nouvelle illustration que les agriculteurs doivent être de plus en plus précis techniquement et maîtriser tous les éléments de l’équation de leur marge nette. Les domaines à maîtriser sont nombreux, et la remise en cause doit être permanente.

Comme premier éclairage et pour déterminer les postes sur lesquels les efforts sont prioritaires, une première étape peut être le calcul d’indicateurs simples : la puissance de traction/ha, l’efficience des intrants, le nombre de cultures dans la rotation.

La comparaison avec d’autres agriculteurs du même terroir, dans le cadre d’analyses de groupe avec des indicateurs technico-économiques plus élaborés permet ensuite d‘identifier les techniques vers lesquelles faire évoluer les exploitations.

Néanmoins, tous les éléments proposés ici ne sont pas compatibles entre eux. Par exemple dans la ferme de « Beauce irriguée », on ne peut pas à la fois s’orienter vers des techniques sans labour et vouloir développer de grandes surfaces de pois de printemps alors qu’on est en limon-argileux : les risques d’une mauvaise implantation sont trop élevés.

La course à la rentabilité ne doit pas se faire au détriment de la cohérence des systèmes d’exploitation, et les gains de rentabilité calculés ne sont pas toujours cumulables ! Dans un contexte de marchés plutôt moroses, les leviers techniques développés actuellement ne permettront donc pas à eux seuls de compenser les effets du bilan de santé (et de la directive nitrates pour les zones vulnérables)…mais ils sont un premier pas indispensable vers des exploitations agricoles plus robustes face aux différents aléas qui menacent la rentabilité.

* lorsque le taux de modulation aura atteint son niveau maximum de 10 %.

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