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Harpalus Auxiliaire des cultures

Les carabes, prédateurs des principaux ravageurs

05 novembre 2019

Chez les carabes, les adultes comme les larves sont d’importants prédateurs de bioagresseurs présents dans les grandes cultures. Leur intérêt potentiel dans la régulation des ravageurs est un levier à prendre en compte dans la protection intégrée des cultures. Leur régime alimentaire peut varier selon les espèces voire au sein même d’une espèce, et ceci en fonction du stade de développement, du sexe de l’individu étudié et de la disponibilité des proies.

Les carabes sont des insectes épigés appartenant à l'ordre des coléoptères. Trois types d'espèces de carabes peuvent être distingués selon le régime alimentaire des adultes : les carabes majoritairement zoophages (qui représentent 80 % des espèces), les omnivores et les carabes majoritairement phytophages. En France, plus d’un millier d’espèces de carabes sont recensées, dont 300 en milieu agricole. Les adultes mesurent entre 8 et 50 mm, leur carapace comporte des sillons et des reflets sombres (verts, violets, bronze).

Contrairement aux adultes, 90 % des larves de carabes sont carnivores. La prédation exercée par les larves est considérée comme globalement plus efficace que celle des adultes qui sont des prédateurs généralistes, dits « opportunistes » et peuvent être très polyphages.

Les adultes recherchent activement leurs proies à la surface du sol et sont capables de les repérer selon trois méthodes : par détection visuelle, olfactive (le carabe adulte possède des récepteurs sensoriels sur les antennes qui lui permettent d’analyser les odeurs), ou par contact avec les palpes (maxillaires ou labiales). Ils sont capables d’ingérer jusqu’à trois fois leur poids par jour, la taille des proies est généralement corrélée à celle de l’individu prédateur. 

Chez les larves, la digestion est dite « extra-orale ». Ce mode d’alimentation, propre à de nombreuses espèces, est basé sur l’injection d’enzymes permettant la digestion de la proie de l’intérieur. En revanche, les espèces de petite taille peuvent ingérer des morceaux directement.

Des régulateurs des populations de ravageurs

Bien que quelques espèces soient phytophages, la prédation des carabes contribue à une large part de l’action auxiliaire de régulation des populations de ravageurs. Ils s’attaquent notamment aux mollusques (œufs ou adultes), comme les limaces et escargots ainsi qu'aux larves et adultes de petits insectes tels que les taupins, cicadelles, chenilles ou encore pucerons. Par exemple, Carabus auratus consomme préférentiellement des mollusques. Un des points-clés définissant le potentiel auxiliaire des carabidés est la superposition de leur période d'activité avec les pics de présence de ces ravageurs.

Les bords de champs, des milieux propices à l’activité des carabes

Si les adultes sont un peu mieux connus, une récente étude conduite dans deux régions lève le voile sur les conditions nécessaires au développement larvaire, notamment en bordure de parcelles.

Une densité et une diversité élevée

En Picardie, les pièges ont permis de relever entre 91 900 et 132 900 adultes émergents par semaine et par hectare contre un effectif compris entre 20 200 et 24 600 adultes émergents en Centre/Ile-de-France. Bien que variables, ces résultats montrent l’importance numérique des carabes dans le milieu agricole.

Le nombre d’espèces recensées révèle également une grande diversité (tableau 1).

Tableau 1 : Principales espèces recensées et leurs proies majeures selon la région

Davantage d’individus dans les aménagements extraparcellaires

Les larves peuvent se développer aussi bien dans les parcelles que dans les aménagements extraparcellaires - haies, bosquets, bandes enherbées, chemins herbeux… Mais certaines espèces se développeent préférentiellement dans les aménagements extraparcellaires. Et plus particulièrement en Centre/Ile-de-France (tableau 2 et figure 1). Certaines espèces sont ainsi plus sensibles aux perturbations des milieux, comme celles liées à l’activité agricole.

Tableau 2 : Répartition des espèces selon l’habitat et la région

Figure 1 : Espèces ayant émergé uniquement dans les aménagements (gauche) ou dans les parcelles (droite) sur l’ensemble du dispositif. Aménagements suivis : bosquet (Bo), chemin herbeux (CH), bande enherbée (BE) et haie (H).

En Picardie, les effectifs sont plus nombreux à 30 m de l’aménagement extraparcellaire (et donc, dans la parcelle), mais probablement en raison d’une pullulation d’une espèce. En Centre/Ile-de-France, les émergences sont supérieures dans la bordure.

Ces milieux aux abords des parcelles sont ainsi propices au développement larvaire et non pas uniquement à l’activité des adultes.

Favoriser l’abondance des carabes

Une autre étude a permis d’identifier les principaux facteurs permettant d’expliquer l’abondance des carabes et plus particulièrement celle de l’espèce Poecilus cupreus. Les résultats montrent que l’abondance observée semble bien plus dépendante des pratiques agricoles que du paysage. L’abondance est plus importante lorsque la conduite est de type biologique, raisonnée ou intégrée par rapport à une technique culturale simplifiée (TCS). Dans ce dernier cas, le travail du sol est très superficiel, ce qui permet de limiter les perturbations et ainsi maintenir des peuplements plus diversifiés et équilibrés. Ces résultats peuvent ainsi s’expliquer par la présence d’une plus forte compétition inter-espèces pour les habitats et les ressources en TCS, limitant l’abondance de Poecilus cupreus.

D’autres facteurs sur lesquels les agriculteurs ne peuvent pas influer ont des effets sur l’abondance de cet auxiliaire. C’est le cas par exemple de la profondeur du sol ainsi que sa disponibilité en eau. Un sol profond pourvu d’une bonne rétention en eau est plus propice à l’activité de cette espèce. Les larves ont la possibilité de se réfugier en profondeur, ainsi le travail du sol à un impact moindre sur les populations.

Chaque espèce de carabe se comporte différemment (figure 1). Maximiser le nombre d’espèces présentes dans le milieu permet de diversifier les profils et donc de faire face à davantage d’aléas.

Les conclusions de ces études sont intéressantes d’un point de vue agronomique : la préservation de ces milieux est essentielle pour favoriser ces populations qui, au stade adulte, peuvent coloniser les parcelles et ainsi agir sur de nombreux nuisibles aux cultures.

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