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Epis et feuilles de blé tendre contaminés par les fusarioses en mai 2020 en région Centre Messagerie Centre / Ile-de-France / Auvergne

Les blés à floraison très exposés au risque de fusarioses

14 mai 2020

Les pluies récentes et à venir favorisent le risque de fusarioses sur les blés, qui atteignent actuellement - ou bientôt - le stade floraison. Un traitement fongicide au plus proche de ce stade est à prévoir.

Pour les parcelles de blé tendre déjà à floraison ou qui le seront dans la semaine, les conditions climatiques actuelles sont favorables aux contaminations de fusarioses. En blé dur, la situation est plus hétérogène, avec des floraisons qui vont s’étaler de cette semaine jusqu’à la fin du mois. Durant cette période, le risque de contaminations par les fusarioses des épis est très dépendant de la quantité de pluies et de l’hygrométrie.

Pour les parcelles les plus tardives et qui seront à floraison la semaine du 18 mai, le risque sera à réévaluer en fonction des précipitations.

Fusarioses : quelle flore pour quels risques ?

Les fusarioses peuvent pénaliser de manière importante le rendement et la qualité des grains. Derrière cette maladie se cache en réalité une multitude de champignons. Parmi cette diversité, deux types se rencontrent fréquemment dans nos régions : Fusarium graminearum, qui peut entraîner un effet négatif sur la qualité des grains (via la production de mycotoxines déoxynivalénol [DON]), et Microdochium spp., qui est tenu responsable de la moucheture sur blé dur. Le risque de contaminations est fortement dépendant des précipitations : plus il pleut, plus le risque est élevé. La proportion entre ces deux champignons est plutôt déterminée par les températures : plus elles sont élevées au moment des contaminations, plus Fusarium graminearum est favorisé tandis que Microdochium spp. se développe mieux en cas de températures plus fraîches. A noter que même dans le cas où le climat favorise Microdochium spp, Fusarium graminearum est souvent présent.

Figure 1 : Facteurs de risque climatiques pour les principales fusarioses

Côté précipitations, les pluies de la semaine dernière et celles annoncées cette semaine vont être favorables au développement des fusarioses. Les températures des derniers jours étaient autour de 20°C, ce qui est plutôt favorable à une flore mixte ; mais les températures fraîches, voire très fraîches, de cette semaine sont favorables au développement de Microdochium spp. Cette alternance de températures et l’hétérogénéité des stades tendent vers une flore a priori mixte.

Figure 2 : Cumul des précipitations (en mm) du 4 au 9 mai 2020

(source Météo France)

Protection des parcelles : choisir des produits polyvalents

Sur blé tendre : une protection à adapter selon la situation parcellaire

Sur blé tendre, les conséquences d’une attaque de Microdochium spp. sont moins importantes que sur blé dur, mais il ne faut pas les négliger. En cas d’attaque importante, les pertes de rendement peuvent être significatives.

Plusieurs substances actives de la famille des triazoles ont une action sur les fusarioses. Certaines solutions à base de triazole solo (metconazole, tébuconazole) peuvent être plus économiques mais n’agissent que sur les flores Fusarium graminearum.

Avec un risque de flore mixte, il sera plutôt préconisé d’intervenir avec des solutions qui combinent les substances actives les plus efficaces (associations prothioconazole + tébuconazole ou tébuconazole + prochloraze).

Concernant le risque Fusarium graminearum, et donc celui d’accumuler des DON dans les grains, indépendamment de la quantité de pluies autour de la floraison, toutes les parcelles ne présentent pas le même risque de contamination. A l’approche de la floraison, il est donc judicieux d’évaluer le risque parcellaire en vue de décider d’une intervention.

Figure 3 : Grille d’évaluation du risque d’accumulation du déoxynivalénol (DON) dans le grain de blé tendre et d’aide au traitement contre la fusariose sur épi (Fusarium graminearum)

La grille blé tendre estime le risque d'accumulation en DON selon 7 niveaux : de 1 (faible) à 7 (fort). Une variété est dite sensible si sa note d’accumulation en DON est inférieure ou égale à 3,5 ; elle est dite peu sensible si cette note est supérieure à 5,5.
T = parcelles recommandées pour un traitement.

Figure 4 : Résistance des variétés de blé tendre au risque DON* (Fusarium graminearum) - échelle 2019

Si des facteurs agronomiques peuvent influer sur le risque Fusarium graminearum (précédent, travail du sol, sensibilité variétale), une étude multipartenaires récente (FSOV Microdochium) a mis en évidence qu’il n’en était rien pour les espèces de Microdochium. Seules les conditions au moment de la floraison semblent déterminer le risque vis-à-vis de ces pathogènes.

En blé dur, le traitement à floraison est indispensable pour assurer une bonne qualité technologique et sanitaire

Une attaque de Microdochium spp sur blé dur est responsable de pertes de rendement, mais également, et surtout, de la dégradation de la qualité technologique des grains : c'est l’un des responsables de la formation de la moucheture.

Concernant le risque Fusarium graminearum, le blé dur y est plus sensible que le blé tendre et le risque d’accumulation de mycotoxines est plus élevé sur cette espèce.

Afin de limiter le taux de moucheture, en plus des solutions efficaces sur les espèces Fusarium (tébuconazole, metconazole), la protection des parcelles doit également contenir des matières actives efficaces sur Microdochium spp. (prothioconazole). Pour la protection de l’épi, notre préférence va vers les solutions associant prothioconazole et tébuconazole de type Prosaro ou Kestrel. La dose est à adapter, de 0,6 l/ha en risque faible et avec une variété peu sensible, à 1 l/ha pour les situations les plus exposées. Ampera est également une bonne solution sur des flores mixtes, avec des doses allant de 1 à 1,5 l/ha.

Pour les parcelles de blé dur en tout début floraison ou dans les jours à venir, compte tenu des prévisions de pluie annoncées toute cette semaine, la dose haute est à privilégier.

Enfin, compte tenu de l’étalement très important des dates de semis du blé dur (fin octobre à mars), et donc des floraisons attendues tout au long du mois de mai, le positionnement de l’intervention anti-fusarioses devra être adapté à chaque grande vague de semis et calé sur le début de floraison de la parcelle.

Retrouvez toutes les préconisations fongicides régionales dans les guides de préconisations « Choisir et Décider – Interventions de printemps » :
-
Blé tendre
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Blé dur

Quel que soit le produit, l’efficacité maximale reste autour de 60 à 70 % pour les meilleurs produits ; elle est atteinte quand les conditions d’application sont optimales.

Comment positionner les interventions ?

La première condition d’efficacité du traitement est son positionnement par rapport au stade de la parcelle : il doit être au plus proche du début de la floraison, ce qui correspond à la sortie des premières étamines.

La sensibilité de positionnement est un peu différente selon la flore attendue :
- pour une cible Fusarium graminearum, le stade début floraison est primordial pour avoir une efficacité correcte de la protection appliquée,
- pour une cible Microdochium spp., le stade d’intervention est plus souple ,
- en flore mixte, comme c’est le cas cette année : il faut se rapporter au positionnement Fusarium graminearum, début floraison,
- en cas de doute : une double application est possible pour encadrer la floraison (attention au respect de la réglementation).

Du point de vue de l’application, le volume d’eau doit être au minimum de 150 l/ha, quelles que soient les buses utilisées. Nos essais ont montré que le volume de bouillie est plus important que le choix des buses ou le recours à d’éventuels adjuvants.

Figure 5 : Efficacité des produits sur les maladies d’épis et du feuillage du blé

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2 commentaires 15 mai 2020 par BOUTTET

Le titre est effectivement alarmiste que le contenu de l'article. La situation était plus préoccupante au moment où l'article a été rédigé. Depuis la météo a changé, en tout cas pour les régions Centre-Ile de France, les pluies qui sont tombées le week-end dernier, n’ont pas été suivies par un autre passage pluvieux mais au contraire, par un temps plus frais et sec. En revanche, plus au sud, il est tombé plusieurs dizaines de mm alors qu'un tiers des blés étaient à floraison. Aujourd'hui, le risque sur blé tendre n’est pas très élevé contenu de l'absence de pluies prévues en dehors des situations agronomiques favorables (précédent maïs). Le traitement sur épis ne se justifie donc pas sauf à sécuriser sa production pour le coté sanitaire. A noter que l'article avait pour but d'alerter également sur le blé dur, espèce sensible aux fusarioses.

15 mai 2020 par ROUSSEAU

bonjour, est ce que les faibles hygrométries du moment avec ce vent du Nord, et l'absence de rosée la matin malgré les fortes pluies, peuvent atténuer votre discours assez alarmiste?

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