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Comment s’est passé la conversion à l’agriculture biologique ? Ce mois-ci dans Perspectives Agricoles

Le faible rendement en bio n’est pas rédhibitoire

24 octobre 2018

Installé sur une ferme de 146 ha dans l’Étampois (Beauce), Thierry Guérin est passé en agriculture biologique depuis 9 ans. Il nous expose les raisons et les conséquences de cette conversion.

Perspectives Agricoles : Qu’est-ce qui vous a amené à l’AB ?

Thierry Guérin : Mon métier, c’est ma passion, mais je vivais assez mal les contraintes croissantes sur l’usage des produits phytosanitaires en agriculture conventionnelle et mes revenus se dégradaient. J’ai décidé de convertir mon exploitation à l’agriculture biologique en 2009, alors que les cours du blé tendre en conventionnel étaient au plus bas : les perspectives de rémunération bio apparaissaient meilleures. N’ayant pas d’engagement betteravier, j’ai converti la totalité de la surface de l’exploitation en 2010. Mes équipements de stockage, anciens mais performants, se sont révélés un atout en AB.


P.A. : Comment organisez-vous vos productions ?

T.G. : Produire en AB nécessite de diversifier et d’allonger la rotation. J’ai axé ma production sur la luzerne bio après avoir pris contact avec une usine de déshydratation de luzerne installée à proximité, qui a garanti ce débouché. La luzerne représente aujourd’hui 30 % de mes surfaces. L’ensemble des légumineuses (luzerne, féverole et pois fourrager), actuellement destinées à l’alimentation animale bio, en occupent en permanence la moitié.
Côté céréales, j’ai introduit le triticale, cultivé en seconde paille pour l’alimentation des volailles bio ; il est moins exigeant en azote qu’un blé tendre et résiste mieux à la pression des adventices. Vu le développement récent du marché de l’orge de brasserie bio, je vais progressivement réduire les surfaces en triticale pour produire de l’orge de printemps brassicole.
À l’avenir, je pense aussi introduire des légumes secs (lentilles ou haricots), destinés à l’alimentation humaine.


P.A. : Selon vous, qu’est-ce qui a le plus changé ?

T.G. :
Je ne regrette pas le large choix variétal de l’agriculture conventionnelle. Les variétés AB tolérantes aux maladies font généralement face la plupart des années. En près de dix ans, je ne déplore qu’un incident, en 2012, quand une variété de triticale tolérante à la rouille jaune est devenue sensible lors d’une attaque survenue très tôt.
Bien que je ne compense pas les importantes exportations de potasse de la luzerne, je n’ai pas noté de carence détectable visuellement (je n’effectue pas d’analyses du sol) car les terres de Beauce en sont bien pourvues jusque dans les horizons profonds. J’essaie d’équilibrer les exportations de phosphore par des apports de fertilisants organiques à base de fientes de volaille (riches en azote et en phosphore). Je fertilise en fin d’été ; cela fonctionne mieux qu’un apport au printemps, qui profite d’abord aux adventices présentes.


P.A. : Que pensez-vous de l’évolution de vos performances ?

T.G. :
Depuis ma conversion, les rendements en céréales ont été divisés par deux. Le résultat en féveroles affiche une baisse de l’ordre de 40 %, mais la luzerne produit autant en AB qu’en conventionnel.
Le manque d’azote est sans doute la cause principale de la baisse des rendements, mais la maîtrise de l’enherbement représente maintenant mon plus gros défi. La flore adventice est très variée mais les chardons et la folle avoine sont les plus préoccupants. L’écimage évite d’augmenter le stock grainier mais ne limite pas la concurrence exercée par les adventices, et il est plus efficace sur des cultures basses comme l’orge de printemps. Contre les chardons, la meilleure arme est la luzerne, qui en vient à bout au terme de trois ans. En revanche, pendant ce temps, le rumex prolifère.
En 2013, j’ai investi dans l’irrigation pour subvenir aux besoins estivaux de la luzerne. Cela m’a donné la possibilité de cultiver des légumes de plein champ : oignons et haricots verts de conserverie.
Malgré des rendements deux à trois fois moins élevés qu’en conventionnel et une charge de travail plus importante, le bilan économique est satisfaisant car les prix sont très stables (voire en progression) et la demande des consommateurs est là.

Ce témoignage est extrait du dossier « Systèmes bio : bâtir sur des bases durables » à découvrir dans le numéro 459, octobre 2018 de Perspectives Agricoles. Pour accéder à l’intégralité du numéro, rendez-vous sur le site de Perspectives Agricoles.

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4 commentaires 27 octobre 2018 par THeRON

ne pas compenser les exportations de potasse de la luzerne, c'est de l'agriculture durable ça ?

27 octobre 2018 par THeRON

Ne pas compenser les exportations de potasse de la luzerne, c'est une agriculture durable ça ? Il va y avoir un réveil difficile !

26 octobre 2018 par LONGATO

Labour d été c est super efficace

26 octobre 2018 par GRANSAR

rumex et chardons plantes a grosses racines et rhizomes bon courage