désherbage électrique Alternatives au glyphosate

Le désherbage électrique, une piste sans travail du sol prometteuse

03 février 2022

Depuis 2018, ARVALIS teste le désherbage électrique comme alternative au glyphosate et autres herbicides chimiques, à la Digiferme de Saint-Hilaire-en-Woëvre (55). Les résultats du XPower, de Zasso, testé dans le cadre d’un partenariat avec Zasso et Cérèsia, varient selon de nombreux critères, dont la cible et l’humidité du sol.  

La société Zasso a lancé en 2017 son équipement Electroherb - renommé XPower - pour détruire les plantes par électrocution. ARVALIS teste depuis 2018 cet équipement pour détruire couverts, repousses et adventices à l’interculture.

Pour chaque essai, le désherbage électrique est comparé au glyphosate. Les notations se font en pourcentage d’efficacité par rapport à un témoin non désherbé. Elles sont réalisées à cinq dates entre T+5 et T+37 jours.

L’humidité du sol pénalise le désherbage électrique

Le XPower est beaucoup plus efficace sur sol sec que sur sol humide.

Ainsi, les conditions sèches des sols en septembre 2018 ont accru les efficacités du désherbage électrique, qui s’avèrent égales ou supérieures à celle du glyphosate - sauf sur la prairie permanente (figure 1). En avril 2019, au contraire, le désherbage électrique n’a pas été efficace, sauf sur le pois de printemps. À noter que d’autres facteurs sont à prendre en compte pour expliquer cette contre-performance.

Figure 1 : Efficacité moyenne (en pourcentage du témoin non désherbé) 37 jours après désherbage pour les différents modes de destruction essayés en septembre 2018 et avril 2019
Efficacité moyenne (en pourcentage du témoin non désherbé) 37 jours après désherbage pour les différents modes de destruction essayés en septembre 2018 et avril 2019

TV = trèfle violet et RG = ray-grass

Toutefois, lors de son utilisation sur végétation sèche, il convient de prêter attention afin d’éviter un départ de feu intempestif dans le champ.

Plus efficace sur dicotylédones que sur graminées

En ce qui concerne les plantes-cibles, le résultat est conditionné par l’espèce, la biomasse, la densité ou encore l’humidité du couvert. De manière générale :
• les dicotylédones sont plus faciles à détruire que les graminées,
• l’humidité du couvert (rosée) facilite sa destruction,
• plus la biomasse est élevée, moins le désherbage électrique est efficace.
• de même, plus le couvert est dense, moins le désherbage électrique est efficace.

Pour ce qui est des couverts végétaux, le désherbage électrique a bien fonctionné sur la féverole, la moutarde blanche et la phacélie mais s’est montré décevant sur la vesce et l’avoine d’hiver dans l’essai de novembre 2019 (figure 2). Les conditions étaient moyennes : faible biomasse (0,5 t MS/ha) due à la sécheresse d’été et de début d’automne et couverts humides mais sols détrempés.

Figure 2 : Efficacité moyenne (en pourcentage du témoin non désherbé) de destruction des couverts végétaux 37 jours après passage du XPower pour les différentes stratégies testées en novembre 2019
Efficacité moyenne (en pourcentage du témoin non désherbé) de destruction des couverts végétaux 37 jours après passage du XPower pour les différentes stratégies testées en novembre 2019

Les modalités sont statistiquement différentes entre elles si, et seulement si, elles n’ont aucune lettre en commun.

Privilégier une vitesse faible voire un broyage préalable

Les essais de septembre 2018 et avril 2019 montrent qu’une vitesse faible (2 km/h), synonyme de temps de contact prolongé entre l’applicateur et les plantes, donne les meilleurs niveaux de destruction (figure 1 et photo 1).

L’essai de novembre 2019 révèle que l’efficacité est améliorée en introduisant un broyage du couvert (ce qui réduit la biomasse) préalable au désherbage électrique (figure 2).

En revanche, bien que des efficacités meilleures derrière les roues de tracteur aient toujours été constatées dans les essais précédents, le roulage après désherbage – testé en novembre 2019 - n’a apporté qu’un très faible gain (figure 2).

En septembre 2018 en période de sécheresse, six heures après le désherbage électrique sur repousses de colza
En septembre 2018 en période de sécheresse, six heures après le désherbage électrique sur repousses de colza. À gauche du jalon le témoin, juste à droite du jalon passage à 2
 km/h, encore à droite à 4 km/h.

Un équilibre technico-économique à trouver

La largeur de travail limitée (3 m) et la faible vitesse d’avancement limitent le débit de chantier. Selon ce dernier, le coût d’utilisation oscille entre 110 et 250 €/ha main-d’œuvre comprise, à partir de 200 ha déployés par an. La technique est donc largement plus coûteuse que la gestion par glyphosate ou travail du sol. Ces chiffres datent de 2018 et 2019, mais sont susceptibles d’évoluer selon les progrès des différents constructeurs.

À court terme, pas d’impact négatif sur la vie du sol

Afin d’évaluer l’impact de l’électricité sur la microfaune du sol, des dénombrements de vers de terre (abondance et biomasse) par la méthode « moutarde » ainsi que des analyses de sol (biomasse microbienne totale et potentiel de minéralisation de l’azote) ont été réalisées.

La comparaison des valeurs entre le témoin sans aucun désherbage et la modalité désherbée avec le XPower passé à 2 km/h, ne montre pas d’effet notable sur la microfaune (figure 3). Les prélèvements ont été effectués trois jours après le désherbage sur les deux essais de 2019 pour les parcelles de blé tendre ou d’avoine d’hiver.

Figure 3 : Paramètres caractérisant une partie de la microfaune du sol après destruction électrique à 2 km/h du couvert végétal, en pourcentage du témoin non désherbé
Paramètres caractérisant une partie de la microfaune du sol après destruction électrique à 2 km/h du couvert végétal, en pourcentage du témoin non désherbé

Focus sur le XPower de ZassoXPower de Zasso

L’équipement est composé de deux parties principales : un générateur électrique alimenté par la prise de force du tracteur (à l’arrière), et des applicateurs (à l’avant du tracteur). Un boitier de commande digital placé dans la cabine du tracteur permet de réguler la puissance électrique.
Les deux parties de l’équipement sont reliées par câblage sécurisé. L’électrocution des plantes s’effectue grâce à des séries de plaquettes applicatrices qui trainent sur la végétation les unes derrière les autres. La charge positive portée par les premières et la négative portée par les secondes génèrent un courant électrique qui traverse les plantes et le sol, causant des lésions aux tissus vasculaires des plantes qui se dessèchent progressivement.

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8 commentaires 06 février 2022 par GAUTIER

Pour moi en maraîchage bio Cela est à essayer

06 février 2022 par GAUTIER

Pour moi en maraîchage bio Cela est à essayer

04 février 2022 par ROEDERER

Impact sur la faune sauvage ? Pourquoi cette question ? Logiquement, l'électricité ne va pas abîmer la nature puisque la nature elle-même en fabrique à des voltages et des intensités bien supérieurs à ce que nous, pauvres hommes, pouvons atteindre... : les éclairs. Et puis, à 2 ou 4 km/h la faune a bien le temps de se déplacer, d'autant que, pour l'instant, l'outil me semble peu large et bien protégé par un carter. Par contre le coût carbone de l'attelage devrait être comparé à celui d'un traitement classique... Merci. JMRoederer

04 février 2022 par JONVILLE

A 2 km / heure cela donne 1,6 heure / ha contre 10 minutes /ha pour le désherbage classique, sauf erreur de ma part dans les calculs Je connais des agriculteurs qui ont une moyenne de chantier de 50 ha / ha , cela va faire drôle dans l'organisation des chantiers ! Une technologie qui semble plus adaptée à des cultures type maraichage ... A suivre donc

04 février 2022 par LANG

A 2 km/heure il va falloir prendre en compte des temps de travaux conséquents en comparaison avec un passage de glyphosate !

04 février 2022 par TESSIER

En effet la ''technologie'' devra s"améliorer..

04 février 2022 par GITEAU

Impact sur la faune sauvage

04 février 2022 par DEBERNARD

Pour moi, une découverte, et une innovation à l'évidence prometteuse. L'enjeu étant bien d'avoir à terme plusieurs alternatives au glyphosate -aux pesticides- afin de pouvoir piocher dans un éventail de solutions selon la catégorie d'adventices, la météo, etc. Comme toute innovation, la technologie s'améliorera au fil des ans. Souvenons-nous des premières machines à vendanger mises en service. D'aucuns leur prédisaient un bel avenir ! Et, pourtant, la réalité leur a fait une place de choix... Michel Debernard - Consultant - Cerfrance Poitou-Charentes

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