Xpower (c) M. Martin - ARVALIS Pomme de terre

Le défanage électrique, une technique qui fait ses preuves

12 août 2021

Conduits à Villers-Saint-Christophe (02) en 2019 et 2020, des essais ARVALIS ont permis d'évaluer la machine de désherbage par électrocution Xpower de Zasso. Les résultats sont concluants sur l'efficacité technique du défanage, d'autant plus si certains facteurs sont réunis. Côté économique, le modèle reste à affiner.

La société européenne Zasso a lancé en 2017 son équipement Electroherb pour détruire les plantes adventices par électrocution. Ce matériel innovant est désormais commercialisé sous l’appellation Xpower. ARVALIS l’a testé pour évaluer sa performance dans la destruction des fanes de pomme de terre.

Une technologie efficace qui n’abîme pas les tubercules, sous conditions

Les expérimentations menées par ARVALIS à Villers-Saint-Christophe pendant deux ans ont montré l’efficacité de cette nouvelle technologie pour obtenir un bon défanage de la culture. Le résultat est plus complet que le broyage simple en évitant les reprises de végétation sur variété difficile comme Challenger par exemple (figure 1), à condition d’effectuer un double passage du Xpower ou d’intervenir après un broyage initial. Le résultat obtenu est alors du même ordre que la méthode de référence - i.e. le traitement chimique par Spotlight après broyage (figure 1 ; modalité BSpot).

Figure 1 : Efficacité du modèle Xpower de Zasso sur les reprises de végétation à J+15 (le 2 septembre) et J+21 (le 8 septembre) (Villers-Saint-Christophe, 2020– Variété Challenger)

Les essais ont également pointé plusieurs facteurs susceptibles d’influer sur le résultat :
• la vitesse d’avancement dans la parcelle : sur végétation difficile, la performance est améliorée en gardant une vitesse modérée : 3 km/h vs 5 km/h en 2020,
• la facilité de destruction des plantes, qui dépend notamment de la génétique, de la maturité naturelle et des conditions de culture. Ainsi, l’essai de 2019 a montré que la variété Nicola est correctement défanée en un passage tandis que la variété Challenger nécessite de répéter l’opération ou de broyer préalablement - ce que l’on constate également dans l’essai de 2020. À noter qu’il n’apparaît pas clairement ici d’effet de l’intervalle séparant les deux interventions (2 jours ou 1 semaine),
• la puissance électrique appliquée (essai de la coopérative Acolyance – aujourd'hui Cérèsia). A noter que les essais ARVALIS ont utilisé la puissance maximale.

Les observations ont montré une bonne innocuité du procédé sur les tubercules (pas de symptôme de type marquage de l’anneau vasculaire) dans les conditions d’étude µ. De plus, le niveau d’humidité du sol influence peu le résultat observé (essai de 2019).

Une efficacité économique à améliorer

Cette nouvelle technique prometteuse est toutefois en phase de construction de son modèle économique, compte tenu du coût de l’équipement et de sa largeur de travail limitée (3 m, pour un débit de chantier d’environ 1 ha/h). L’intérêt qu’elle suscite, les évolutions attendues sur les équipements et l’arrivée de nouveaux acteurs sur ce créneau, comme le procédé Nucrop à l’étude cette année, laissent cependant penser à des baisses de coût d’intervention dans les années à venir.

Focus sur le XPower de ZassoL’équipement est composé de deux parties principales : un générateur électrique alimenté par la prise de force du tracteur (photo 1), et un ensemble de plaquettes applicatrices (photo 2). Un boîtier de commande digital placé dans la cabine du tracteur permet de réguler la juste puissance électrique à délivrer (« la dose de traitement ») pour parvenir à une efficacité de destruction optimale.


Photo 1 : Le générateur est à l’arrière du tracteur


Photo 2 : Le caisson applicateur est à l’avant du tracteur


La puissance électrique générée est électroniquement transformée par 16 unités de capacité unitaire de 3 kW en courant électrique de haute fréquence, à voltage élevé (de 5 000 à 15 000 Volts), mais de faible intensité. Les deux parties de l’équipement sont reliées par câblage sécurisé. L’électrocution des plantes s’effectue grâce à des séries de palettes applicatrices qui traînent sur la végétation les unes derrière les autres à quelques dizaines de centimètres de distance. La charge positive portée par les premières et la négative portée par les secondes génèrent un courant électrique qui traverse les plantes et le sol, causant des lésions aux tissus vasculaires des plantes qui se dessèchent progressivement.

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2 commentaires 19 août 2021 par DUVAL

Bonjour, j'avais fabriqué, à l'aide du principe d'allumage pour un moteur à explosion, avec une bobine à induction de 12 volts pour alimenter des clôtures électriques. Cela marchait très bien. Mon imagination avant de connaître le clopyralid (3-6 dcp) s'est porté sur l'electrocution de chardons en betteraves. Avec un câble à la terre, et l'autre avec une poignée isolée pour éviter les "châtaignes", 2 à 3 coup de ruptures du primaire entrainant un courant de haute fréquence à haute tension, suffisait à faire courber un chardon de 20 cm immédiatement. En 3 à 4 jour la plante changeait de couleur et finissait par disparaitre. Une bobine de 12 volts donne environ 10000 à 15000 volts à haute fréquence sans intensité bien sûr. Mais je n'ai jamais prêté attention au devenir de la racine du chardon. Après j'ai utilisé le lontrel en loca. Cette décharge ne pourrait elle pas provoquer des décharges dans le tubercule si le retour à la terre n'est pas satisfaisante. Cela est à approfondir. J'ai 66 ans et cette expérience date, après quoi le lontrel est apparu, si non j'aurai continué dans cette voie. Cordialement. A. DUVAL 12 rue maire 02590 SAVY 06 70 59 16 44

13 août 2021 par TESSIER

Cette technique a-t-elle un effet sur la faune (utile ou non, les ravageurs (Doryphores..) Et sur le gibier s'il y en a ?

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