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récolte des menues pailles Techniques culturales

La récolte des menues pailles : un levier complémentaire de gestion des adventices à moyen terme

04 juillet 2019

La récolte des menues pailles permet d’exporter une partie des graines d’adventices de la parcelle et de limiter ainsi leur réensemencement. Cette technique pourrait venir compléter les leviers de gestion des adventices habituellement utilisés. Dans une parcelle d'essai fortement infestée en ray-grass, l'effet de cette pratique est significatif sur la densité d'adventices après 4 récoltes successives de céréales d'hiver ; il se traduit par un écart de 20 % sur le rendement du blé.

Les menues pailles sont rejetées par la grille supérieure de la moissonneuse-batteuse lors du nettoyage du grain. On y retrouve glume, glumelles, brisures de pailles, petits grains et graines d’adventices. Elles peuvent être valorisées pour le paillage, le fourrage, la combustion, la méthanisation ou encore comme agro-matériaux. D'un point de vue agronomique, leur récupération limite l’enrichissement du stock semencier en mauvaises herbes de la parcelle. Bien sûr, cette technique ne peut réguler que les adventices à port dressé et dont les graines ne sont pas déjà disséminées au moment de la moisson. Mais une bonne partie des adventices problématiques en céréales répondent à ces critères : le ray-grass, le brome, le gaillet, voire le vulpin si la moisson est précoce.

De 2014 à 2018, un essai conduit par ARVALIS, en partenariat avec la chambre interdépartementale d’agriculture d’Île-de-France, a permis de mesurer l’impact de la récolte des menues paille sur le développement d'adventices, et en particulier de ray-grass.

L’essai a été mis en place sur une parcelle non labourée, en présence d’une population de ray-grass résistants aux antigraminées foliaires (groupe HRAC A et B). La stratégie de gestion des adventices repose sur des déchaumages à l’interculture, des applications herbicides en automne puis un passage de bineuse en sortie d’hiver.

Au sommaire :
Des levées de ray-grass toujours importantes la première année
Les bénéfices s’accentuent au fil des campagnes
Une pratique qui ralentit le développement des ray-grass, mais ne suffit pas à le stopper
Des effets visibles sur le rendement
Une réduction significative des repousses de céréales

Des levées de ray-grass toujours importantes la première année

Au début de l'essai, au moment de la récolte du blé en 2014, la densité de ray-grass est assez élevée, de 28 ± 3 plantes/m². Cette année-là, la récupération des menues pailles a permis d’exporter plus de 70 % des semences de ray-grass qui n’étaient pas tombées au sol avant la moisson du blé (figure 1).

Figure 1 : Ray-grass tombés au sol (en g/m2) à la récolte du blé en 2014 selon que les menues pailles sont exportées ou éparpillées

Malgré ces taux d’exportation élevés, la densité d’adventices présente à l’interculture 2014 (mesurée un mois après un déchaumage) puis dans l’orge d’hiver au printemps 2015 (après deux désherbages d’automne) n’est pas significativement différente entre les modalités avec ou sans exportation des menues pailles. Cela s'explique par le fait que les levées d’adventices observées ne sont pas seulement issues des graines de l’année mais aussi de celles déjà présentes dans le stock semencier. Par conséquent, l’exportation régulière des menues pailles pourrait avoir un effet plus prononcé à moyen terme. Les observations réalisées les années suivantes confirment cette hypothèse.

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Les bénéfices s’accentuent au fil des campagnes

Juste avant la récolte de l’orge d'hiver en 2015, il y a 40 % de ray-grass en moins dans la modalité avec récolte des menues pailles par rapport à la modalité avec menue paille éparpillée. Lors de l’interculture 2015 puis en sortie d’hiver 2016 dans le blé suivant, la densité de ray-grass est deux fois plus faible dans la modalité récoltée par rapport au témoin éparpillé. Après trois campagnes successives de récolte des menues pailles (2014-2015-2016), on observe une diminution de la densité de ray-grass de 75 % avant le binage de sortie d'hiver et de 43 % à la récolte 2017 dans la modalité avec récolte des menues pailles par rapport au témoin (figure 2). En 2018, l’implantation d’une orge de printemps a permis de réduire nettement la densité de ray-grass dans les deux modalités. Il y a tout de même 46 % de ray-grass en moins avec récupération des menues pailles à la récolte 2018.

Figure 2 : Evolution de la densité de ray-grass avant récolte depuis la mise en place de l’essai selon que les menues pailles sont exportées ou éparpillées (essai 2014-2018)

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Une pratique qui ralentit le développement des ray-grass, mais ne suffit pas à le stopper

Cependant, bien que la densité de ray-grass soit plus faible quand les menues pailles sont récoltées, on constate une augmentation globale de l’infestation de l’essai par cette graminée. Entre la récolte 2014 et la récolte 2017, la densité de ray-grass a été multipliée par 7 avec récupération des menues pailles (passant de 28 à 204 ray-grass par m²)  et par presque 13 dans la modalité éparpillée (atteignant 358 ray-grass par m² en 2017). Il faut dire que la succession de céréales d'hiver pendant quatre campagnes successives "galvanise" cette adventice.

Il faut attendre l’implantation d’une culture de printemps en 2018 pour enfin voir la densité de ray-grass diminuer.

Des bromes s'invitent dans l'essai !La succession de céréales d’hiver a aussi favorisé le développement de bromes (toutes espèces confondues), apparus en sortie d’hiver 2016 dans l'essai. Comme pour le ray-grass, la densité de bromes augmente plus vite en l’absence de récolte des menues pailles, avec des écarts significatifs. Par contre, l’effet de la culture de printemps est encore plus radical sur ces adventices : aucun brome n’a été observé dans l’orge de printemps, quelle que soit la modalité.
Enfin, des chénopodes, des renouées liseron et du gaillet-grateron étaient présents sur l’essai mais en densités trop faibles pour pouvoir conclure sur un éventuel effet de la récolte des menues pailles sur ces adventices. Pour ces espèces, les variations de densités observées au cours du temps semblent surtout liées à leur période préférentielle de levée et aux cultures en place.

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Des effets visibles sur le rendement

Afin d’évaluer si les effets de la récolte des menues pailles sur le ray-grass se traduisent en termes de rendement, celui-ci a été mesuré en 2016, 2017 et 2018 (figure 3). La densité de ray-grass sur l’essai est telle qu’elle provoque une forte compétition sur le blé, se traduisant par des rendements assez faibles. En ralentissant l’expansion du ray-grass, la récolte des menues pailles quatre années de suite a permis de réduire les pertes de rendement dues à cette concurrence.

Lors de la récolte 2016, le rendement en blé de la modalité avec récolte des menues pailles était supérieur, sans différence statistique significative, d'environ 10 % par rapport à la modalité éparpillée.

En 2017, les différences deviennent significatives, avec un rendement plus élevé de 20 % en cas de menues pailles exportées. Ces différences sont probablement la conséquence de la compétition exercée par le ray-grass pour les ressources hydriques et minérales dès la sortie d’hiver : en février 2017 (avant un binage), il y avait 75 % de ray-grass en moins avec récolte des menues pailles par rapport au témoin. En 2018, la densité de ray-grass dans l’orge de printemps est plus faible et aucune différence significative de rendement n’a été mise en évidence.

Figure 3 : Rendement de la céréale (en q/ha) en fonction de la modalité de gestion des menues pailles

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Une réduction significative des repousses de céréales

Les menues pailles contiennent des graines d’adventices mais aussi les grains de céréales trop petits pour être récoltés. Par conséquent, leur exportation permet aussi de réduire la quantité de repousses de blé ou d'orge à l’interculture. Celle-ci a été réduite de 40 % après la moisson 2014 (mesure effectuée un mois après le premier déchaumage). Les résultats 2015 sur orge confirment cette tendance, avec une réduction de 50 % des levées de repousses après un déchaumage dans la modalité de menues pailles exportées (figure 4).

Figure 4 : Repousses de céréales (en pieds/m2) levées à l’interculture après exportation ou non des menues pailles (blé en 2014 et orge en 2015)

En conclusion, cet essai confirme l’intérêt de la récolte des menues pailles pour limiter le retour de graines de ray-grass et de bromes, et ainsi contribuer à leur gestion. Mais il met aussi en évidence l’importance de combiner plusieurs leviers, à commencer par la rotation, car la récolte des menues pailles à elle seule ne suffit pas pour enrayer le développement du ray-grass sur l’essai. Cette technique est plutôt à voir comme une possibilité supplémentaire qui vient s’ajouter aux autres leviers déjà mobilisables pour gérer les adventices. Par contre, elle nécessite du temps de manutention pour la valorisation des menues pailles récoltées.

Que faire des menues pailles ?Valoriser les menues pailles (paillage, méthanisation, combustible…) nécessite d’abord de presser et de transporter ces coproduits.
Le pressage des tas laissés en bout de champ est la principale difficulté rapportée par une trentaine d'agriculteurs enquêtés par ARVALIS en 2015. Face à cette difficulté, certains constructeurs développent des machines adaptées soit pour presser directement à la sortie de la moissonneuse, soit pour faciliter la reprise des tas.
Une autre possibilité est de dévitaliser les graines d’adventices contenues dans les menues pailles. Il devient alors possible de les laisser au champ sans risque de renouveler le stock semencier. Cette solution est proposée par deux constructeurs australiens, qui commercialisent des « broyeurs » de menues pailles à intégrer sur la moissonneuse. Les deux matériels (Harrington Seed Destructor et Seed Terminator) fonctionnent sur le principe rotor/stator, avec des vitesses de rotation élevées de l’ordre de 3000 tours/min. La dévitalisation des graines est assurée par la projection des graines sur les éléments des rotor et stator. Toutefois, ces graines ainsi que les particules de terre constituent le principal facteur d’usure de ces pièces mécaniques. En outre, le broyage requiert une puissance de 100 à 120 ch et entraîne une production importante de poussières et de bruit. Pour le moment, ces systèmes sont donc réservés aux modèles de moissonneuse-batteuse les plus puissants (500 ch et plus). ARVALIS n'a pas encore pu évaluer l'efficacité de ces matériels.

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