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Audition parlementaire sur les produits phytosanitaires (paysage céréalier) Protection des cultures

La Présidente d’ARVALIS auditionnée à l’Assemblée Nationale

31 janvier 2018

La mission parlementaire sur les produits phytosanitaires de l’Assemblée Nationale a auditionné le 24 janvier 2018 Anne-Claire Vial. L’occasion pour la Présidente d’ARVALIS d’expliciter la vision de l’institut sur la gestion actuelle et future de la protection des cultures.

Nicolas Bousquet : Quel est l’objectif de cette mission parlementaire ?

Anne-Claire Vial : Il s’agit d'une « mission d'informations sur les produits phytopharmaceutiques ». Présidée par la députée Elisabeth Toutut-Picard (LREM, 7e circonscription de Haute-Garonne), elle pratique des auditions de différents acteurs pour élaborer des propositions « réalistes ». Cette mission a été mise en place au moment du débat sur le glyphosate. Il est clair qu’elle s’inscrit dans une perspective de réduction de l’usage des produits phytosanitaires. C’est à la demande de la commission que deux instituts techniques, dont ARVALIS, ont été auditionnés. Bien entendu, nous avons immédiatement accepté. La prise en compte des réalités techniques et scientifiques pour éclairer la décision politique est évidemment un enjeu majeur.


N.B. : Quels sont les messages que vous avez voulu faire passer à la commission ?

A-C.V. :
Nous avons porté des idées simples, assises sur les données acquises dans nos expérimentations. Nous avons d'abord rappelé que nul n'ignore aujourd'hui la sensibilité sociétale aux risques, qu’ils soient réels ou perçus, liés aux produits phytosanitaires. Les producteurs en sont particulièrement conscients et ils sont prêts, sous réserve de faisabilité technique ou économique, à faire évoluer leurs pratiques. Mais il y a un écart entre la réalité technique et le calendrier politique. L'enjeu génétique en est une bonne illustration : ce levier est considéré comme majeur pour réduire l'impact des bioagresseurs, via des variétés plus résistantes ; mais il faut 10 ans pour créer et mettre en marché une nouvelle variété !

« Il y a un écart entre la réalité technique et le calendrier politique. »


Nous avons ensuite explicité et illustré par des exemples la notion de protection intégrée à laquelle ARVALIS consacre pratiquement 30 % de son budget. Nous avons ainsi délibérément évité de rentrer dans le débat « pour ou contre les produits phytosanitaires » pour plutôt insister sur ce qui pourrait être un scénario crédible de leur diminution. Il est important en effet de comprendre que la protection des cultures intègre trois phases : d’abord la prophylaxie, pour diminuer le risque, puis la caractérisation de ce risque pour agir à bon escient (au travers des OAD notamment) et enfin la lutte directe quand le risque est avéré. Sur ce dernier point, les produits phytosanitaires sont un outil majeur mais pas unique : interventions mécaniques, biocontrôle, écologie chimique sont aussi des techniques mobilisables.

Et donc, réduire les produits phytosanitaires suppose que les autres leviers soient mobilisables, efficaces techniquement et économiquement, et faisables pour le producteur. Dans ce cadre, nous sommes à même d’expliquer qu’il serait absurde de supprimer des produits sans solution alternative, pas forcément chimique, mais qui soit aussi efficace.


N.B. : Et sur ce point, avez-vous le sentiment d’avoir été entendus ?

A-C.V. : Ecoutés sûrement, entendus… nous verrons au résultat. Mais quand on dit clairement les choses, quand on les appuie sur des données incontestables, on a plus de chance d’être compris. Nous avons ainsi pu expliquer qu’il y avait urgence de développer la recherche sur le biocontrôle par exemple : nous avons aujourd’hui 9 solutions de biocontrôle sur céréales d’efficacités variables, pour faire face à 80 bioagresseurs ! Nous avons également montré que les stratégies « multi leviers » sont nécessairement plus complexes de mise en œuvre, parfois plus variables que les solutions phytosanitaires ; elles nécessitent mise au point, recherche, accompagnement des producteurs et de leur encadrement technique. Et la somme de questions qui nous ont été posées, sur les domaines scientifiques, techniques, économiques montrent en tout cas l’intérêt de la mission pour nos propos.


N.B. :
Au-delà du strict débat que vous avez eu, en retirez-vous un sentiment sur les positions de la commission ?

A-C.V. : Oui, bien sûr, on a un « ressenti » à l’issue d’un tel entretien, ou des surprises. J’en citerais quelques-uns :
- La priorité donnée à l’argument « santé publique ». Elle justifierait toute décision forte de limitation de l’usage des phytosanitaires. Mais, si l’on part de l’idée que tout pesticide est a priori un poison, alors même qu’ils sont autorisés suite à l’avis positif des agences sanitaires françaises et européennes, tous les raisonnements deviennent sans objet.

- La question du temps. Le temps politique est court, le temps de la recherche est plus long. Le risque est donc grand de décisions politiques précipitées qui placent les producteurs dans des impasses techniques faute de mise au point de solutions alternatives opérantes.

- L’absence de prise en compte des réalités internationales. On a parfois l’impression que la France serait isolée du monde, que l’on pourrait y prendre des décisions sans en mesurer les conséquences concurrentielles. Se priver d’outils chimiques que d’autres, y compris en Europe, conservent, est évidemment un élément de distorsion de concurrence incompréhensible. Faire peser des contraintes sur nos producteurs en acceptant l’importation de produits non soumis aux mêmes contraintes nous semble aussi incohérent. Et tous ces aspects semblent très peu présents dans la réflexion. Nous avons beaucoup insisté sur ce point qui nous apparaît central.

- Enfin, on croit entendre, dans les propos de certains élus, l’idée que la France serait une utilisatrice invétérée de produits phytosanitaires. Rappelons qu’à l’hectare, la France se place strictement dans la moyenne européenne. Rappelons aussi que, première puissance agricole européenne, elle est particulièrement sobre en pesticide par tonne de produit ou par million d’euros de production agricole.

Replay ! Consultez la vidéo de l'audition des membres de l'ACTA par la mission parlementaire sur les produits phytopharmaceutiques du 24 janvier 2018.

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13 commentaires 08 février 2018 par MARTIN

Il ne faut pas oublier que la présidente est d'abord pharmacienne (suissesse et docteur en pharmacie? ) et "par mariage",agricultrice dans la Drome, un département agricole d'agriculteurs mais aussi de bobos. Je n'ai pas senti des arguments techniques forts devant des parlementaires pour les quels une ouverture vers l'agriculture raisonnable utilisant la chime à bon escient, suscitait des insultes dont la plus légère était d’être traité de complice d'assassin ! Les temps n'ont guère changé !

05 février 2018 par MOUTARD

Ilr este à craindre que les membres de la mission parlementaire gardent une vision trop simpliste et critique de l'usage des produits de protection des productions agricoles. Par le battage médiatique, l'écologie a tronqué le débat. Je crains fortement que la France par dogmatisme engage son agriculture dans une voie compliquée. La France ne veut pas mesurer sa contradiction entre les orientations qu'elle souhaite pour son agriculture et les accords internationaux qui permettent des importations de produits agricoles produits selon des techniques que la France veut interdire sur son sol. L'innovation durant les périodes d'adaptation à la nouveauté technique fait peser un risque économique majeur aux exploitations agricoles. Toutes les innovations techniques (biocontrôle, binage,...) sont plus onéreuses; je doute qu'il y ait la volonté politique d'intégrer ces surcoûts dans les prix payés aux producteurs. De plus, les prix agricoles doivent d'abord connaitre un rattrapage historique. nous ne pouvons pas ne plus gagner notre vie et innover. le postulat faux de ces politiques et ces écologistes est de croire que nous traitons pour le plaisir. un moment, il faut bien avoir l'argent pour payer les impôts fonciers qui ne font qu'augmenter... Plus, j'y pense plus je passe que j'ai tort de laisser faire car comme tant d'autres nous allons être le dindon de la farce. Dommage que l'agriculture soit divisée à un période où nous devrions plus nous laisser faire.

02 février 2018 par VUILLIOT

Merci Mme Anne Claire VIAL, pour cette mission sur les produits Phytopharmaceutiques. Il est urgent que les élus Français s'ouvrent sur les pratiques agricoles dans le monde et rien qu'en Europe ! Qu'ils prennent bien conscience ,plus ils vont interdire l'usage des phytosanitaires en France, plus ils mangerons des aliments importés contenants des doses de matières actives qui nous sont interdites à l'utilisation !!! Les agriculteurs ont déjà fait énormément de progrès est notre production est saine . Veut-on revenir au moyen age avec ses vagues d' épidémie et de virus.... Pourquoi ne pas supprimer la pharmacie pour l'homme on y retrouve beaucoup de matières actives utilisées pour les plantes. Si l’espérance de vie augmente c'est bien grâce à la phytopharmacie qui nous apporte une alimentation plus saine.

02 février 2018 par TANCRÉ

Bonne vision du problème :produire des aliments sains(pas obligatoirement par la culture bio qui n'est qu'un mode de production sans induire la qualité sanitaire et alimentaire)à partir de techniques de production raisonnées et éprouvées (les plantes ou les animaux ont besoin de solutions adaptées pour se développer et résister aux contraintes de croissance en constantes évolutions:mutations des résistances aux maladies et apparition de nouveaux prédateurs). Comme pour la médecine il faut trouver les solutions d'avenir dans la plus grande cohérence et transparence Il y a encore du travail

02 février 2018 par BOURSIEZ

bravo madame pour cette intervention devant des idéologues qui ne craignent pas de casser notre profession que l on exerce tous les jours avec dame nature

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