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Gelée blanche sur orge d'hiver en avril 2016 Céréales d’hiver

La chute des températures expose-t-elle les cultures à des accidents physiologiques ?

28 avril 2016

Les températures minimales sont régulièrement froides le matin (en-deça de 5°C) sur une bonne partie du territoire. Il s’agissait, la semaine dernière, de petites gelées blanches, et cette semaine, de descente d’air froid depuis le Nord. Quelles sont les différences entre les deux phénomènes et quelles sont les incidences possibles sur les cultures ?

Une descente d'air polaire instable positionnée entre les îles britanniques et le nord de l'Europe provoque des précipitations, sous forme de giboulées et de neige dans certains secteurs. Une grande partie de l’Europe du Nord est touché, avec des maximales qui dépassent rarement les 10°C.

Cet air polaire alimente un système dépressionnaire présent de la Scandinavie au Maghreb en passant par la France et fait ainsi barrage à l’anticyclone des Açores.

Tous les facteurs sont réunis pour la persistance d’un temps frais, digne d’une fin mars. Les régions les plus exposées se situent de la Normandie au Bassin Parisien, ainsi que sur une grande moitié Nord et Est.

Deux types de gelées

Cette situation météorologique est propice à l’apparition de gelées qui peuvent être de deux types : les gelées « blanches » et les gelées par advection d’une masse d’air froid.

Les gelées « blanches » sont typiques du printemps et le plus souvent associée à une perte par rayonnement et à l’absence de vent, et assez localisées. Malgré l’impression de glace, les températures ne chutent pas fortement en dessous de 0°C, et l’atmosphère se réchauffe très vite au lever du soleil  (figure 1). Les différences d’exposition peuvent induire de grosses variations entre parcelles ou au sein des parcelles.

Les gelées par advection d’une masse d’air froid apparaissent plutôt en plein hiver et, du fait du repos végétatif des plantes, provoquent peu de dégâts, sauf si les températures sont très négatives et que la couverture neigeuse fait défaut. La chute de température est en général plus lente mais plus durable. Les effets de fonds de vallée, ou de « coulée » d’air froid peuvent être plus marqués avec ce phénomène.

Dans tous les cas, la température au sol est sensiblement inférieure à celle relevée sous abri.

Figure 1 : relevés climatiques de la station de Boigneville (91), du 18 au 28 avril 2016


La fertilité des épis se joue maintenant

Actuellement, les céréales d’hiver sont en milieu ou fin de montaison ; elles ont donc perdu une partie de l’avance qui était observée fin février. Cela veut dire qu’elles sont dans une phase de grande sensibilité aux accidents climatiques, car c’est notamment en ce moment que se finalise la densité d’épis (en fonction de l’intensité de la régression de talle) et la fertilité des épis (Photo 1).

Photo 1 : épi de blé au stade Dernière Feuille Etalée (Z39)


Une période sensible aux températures fraîches

Les températures fraîches ou froides présentes depuis plus d’une semaine peuvent entraîner des accidents physiologiques de deux types :

- Pendant la montaison, des températures négatives peuvent provoquer des dégâts via la formation de cristaux de glace dans les tissus fragiles de l’épi en cours de formation (photo 2, droite). La température de -1.8°C est mentionnée dans la littérature comme seuil de dégâts, alors que les feuilles peuvent résister à des températures de -4 à -8°C (Reynolds et al, 2001)

- A la méiose pollinique (déterminable approximativement au champ comme le moment où le sommet de l’épi atteint la ligule de la F2 définitive, soit quelques jours après le stade « dernière feuille étalée »), des conditions climatiques défavorables (très faible rayonnement, basses températures, hydromorphie ou sécheresse très forte) peuvent altérer définitivement la fertilité du pollen.

En dehors d’une violente gelée (qui engendrerait des dégâts sur feuilles et la perte de tiges), les conséquences de ces accidents ne seront pas visibles avant l’épiaison (cas d’un gel) ou la floraison (cas d’une stérilité à la méiose).

Toutes les situations ne sont pas au même niveau de risque

Actuellement, au nord de la Loire, le stade de la méiose pollinique n’est pas atteint sur blé sauf variété anormalement précoce, et les températures fraiches ne vont pas induire de développement rapide dans les jours à venir. En orge d’hiver par contre, le stade méiose a été potentiellement atteint cette semaine. C’est dans ces situations q’une forte chute de températures pourrait engendrer des dégâts aux épis.

Plus au sud, les stades sont plus avancés, et la méiose est proche voire dépassée ; dans ces situations, si les conditions évoquées plus haut apparaissent, les cultures présenteront des risques. Néanmoins, il semblerait que le flux de nord actuel (températures froides, forte nébulosité et précipitations) épargne la moitié sud du pays.

Photos 2a et 2b : symptômes sur épis de : (gauche) problème de stérilité à la méiose (l’épi est normalement formé, mais seuls quelques grains se forment au sein de l’épi, positionnés de manière aléatoire) et (droite) gel courant montaison (tout ou partie des épillets sont détruits).

Attention à ne pas confondre les dégâts mentionnés ci-dessus avec le phénomène d’épillets surnuméraires (Photos 3a et 3b), qui ne sont que la prolifération de primordia habituellement dormants, et stimulés par une montaison fraiche. Ceci était très fréquent en 2013 sur Apache. Toutes les variétés ne présentent pas ces épillets surnuméraires, par ailleurs neutres pour le rendement final.

Photo 3a : Epillets surnuméraires



Photo 3b : présence de glumes disposées de manière désordonnée, insérées à la base des épillets (source UCATA, Cher, 2012)


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4 commentaires 29 avril 2016 par PETIT

au lieu de produire du blé à marche forcée, il serait plus judicieux de laisser la nature s'auto-gérer,et de programmer les interventions non pas dés que le premier épandeur ou pulvé sort, car il s'agit bien d'une compétittion entre producteurs!! A ce titre, je sème 60 kg de blé à l'hectare, ensuite, la nature me dicte la conduite à tenir,et pour cette année en particulier, je ne suie pas inquiet puisque je viens de terminer mes derniers régulateurs. et pourtant ma moisson je la ferait comme tout le monde en juillet et aout. alors, forcement, des blés semés à des densités surnumérère ne généreront que peu de talles,lesquelles seront de l'ordre de 2 à 3 et du fait de la compétition entre plantes la montaisont sera plus précoce,tout comme les interventions correspondant aux stades végétatifs Mes blés ,toutes variétés confondus, prennent le temps de s'installer, les talles sont générées en fonction de la densité,et à 90 100 plantes/m2 je compte en moyenne entre 7 et 10 talles /m2, j'ai meme observé deux plateaux de tallage formant ainsi une quinzaine de talles!!pour certaines variétes tardives. Il s'agit d'accompagner les plantes, et non de les forcer;car elles s'adaptent aux conditions d'hygrométries de températures et d'ensoleillement du moment. C'est pourquoi aujourd'hui je ne suis absolument pas inquiet quant-aux éventuels dégats liés aux basses températures du moment Il faut savoir se retenir, et surtout observer avant de courir.

29 avril 2016 par ROUSSELIN

est ce une opportunité pour réduire les fongicides? les outils de prévision ne semble pas intégrer les effet température sur les maladies

29 avril 2016 par TAMBOISE

intéressant, mais c'est un facteur sur lequel on n'a aucune action. Dire que les fongicides sont quasiment inefficaces à ces températures moyennes (<10°c) serait bien plus utile...

29 avril 2016 par BARRAULT

Merci pour l'information Il serait intéressant de publier les différents incidents lors de l'épieson de manière à effectuer un constat et de ne pas confondre avec d'autres accident ou carence.

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