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Récolte du maïs fourrage

Quelles performances attendre de l’ensilage brins longs ?

24 octobre 2018

Né aux États-Unis en 2008 et apparu en France en 2015, l’ensilage du maïs en brins longs est une technique de récolte connue sous le nom de shredlage. Ses inventeurs lui prêtent de multiples vertus nutritionnelles mais qu’en est-il vraiment ?

La technique de l’ensilage de maïs en brins longs visant une coupe longue des tiges et des feuilles et des grains pulvérisés est à l’œuvre en France depuis maintenant 3 ans. Majoritairement connue sous le nom de Shredlage (dont le brevet est détenu par le constructeur Claas), la technique est aussi développée par les autres constructeurs d’ensileuses avec des configurations d’éclateurs proches (DuraShredder, XCut…). Aux Etats-Unis et en Allemagne, cette technique a fait l’objet de plusieurs études en stations expérimentales entre 2012 et 2017. Que peut-on en retenir ?

Au sommaire :
- Une coupe plus longue et des grains plus éclatés
- Vigilance sur la densité et la qualité de conservation du fourrage
- Des profils fermentaires similaires
- Qu’en disent les vaches laitières ?

Une coupe plus longue et des grains plus éclatés

L’ensilage de maïs « conventionnel » - par opposition à l’ensilage brins longs - est récolté avec une longueur de coupe théorique de l’ordre de 12 à 18 mm. Cette longueur est ajustée en fonction de la teneur en MS du fourrage ainsi que de l’agressivité des matériels de reprise du fourrage au silo.

Avec l’ensilage brins longs, les constructeurs préconisent d’accroître significativement la longueur de coupe pour atteindre 21 à 26 mm, voire 30 mm. L’objectif affiché par les promoteurs de cette technique est d’améliorer la rumination en apportant des fibres « physiquement efficaces » grâce au maïs.

Quant à l’éclatement intense des grains, il provient à la fois du rainurage en croix de l’éclateur et du différentiel de vitesse plus marqué entre les deux rouleaux de l’éclateur : de 40 à 50 % pour l’ensilage brins longs, contre 20 à 30 % en « conventionnel ». Couplés à un écartement réduit allant de 1 à 2 mm selon la teneur en matière sèche du fourrage, les éclateurs écrasent et cisaillent la matière (tiges, feuilles, spathes, rafles et grains) dans deux directions. L’objectif est de pulvériser les grains mais également de déchirer les morceaux de tiges dans le sens de la longueur. Certains mettent en avant une meilleure fermentation au silo, d’autres une meilleure digestibilité du maïs ainsi ensilé. Notons ici que les constructeurs proposent désormais en standard d’augmenter le différentiel de vitesse des éclateurs conventionnels afin d’accroître leur capacité à éclater les grains.

La répartition granulométrique peut être jugée grâce au tamis Penn State. L’ensilage brins longs vise notamment une proportion plus importante de particules > 19 mm (tableau 1).

Tableau 1 : Répartition granulémotrique du maïs ensilé passé au tamis Penn State (% du poids brut retenu sur chaque tamis)

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Vigilance sur la densité et la qualité de conservation du fourrage

Avant d’exposer les performances zootechniques de cette nouvelle méthode de récolte, il est primordial de connaître ses répercussions en termes de conservation du fourrage. Les références disponibles à ce jour permettent d’affirmer qu’en comparaison de l’ensilage conventionnel, la densité des silos d’ensilage brins longs est équivalente ou inférieure (-12 %). Ceci s’explique par la plus faible compressibilité des grosses particules de fourrages comme en témoignent des tests en laboratoires.

La densité du silo détermine sa porosité (place occupée par l’air). Lors de la phase de reprise du fourrage, le risque d’échauffement est d’autant plus élevé que la vitesse d’avancement du front d’attaque est faible et que la porosité du silo est élevée. Cette dernière constitue donc un point de vigilance important.

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Des profils fermentaires similaires

Les ensilages brins longs et conventionnels présentent des profils fermentaires similaires (pH, acides lactique, acétique, propionique, alcools, ammoniac). Seule une étude rapporte des pertes de MS supérieures pour l’ensilage brins longs (-6,2 vs -3,9 %), mais cette différence apparaît difficilement attribuable à la technique de récolte.

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Qu’en disent les vaches laitières ?

Les performances de l’ensilage brins longs versus conventionnel ont désormais fait l’objet de 10 essais en production laitière (tableau 2). Les deux techniques de récolte affichent des performances équivalentes (production laitière et qualité du lait). Seul un des essais menés en Allemagne (Ettle, 2017a) montre une baisse d’ingestion significative avec le maïs en brins longs, sans pour autant pénaliser la production de manière significative. L’augmentation de la longueur de coupe ne semble donc pas constituer un levier permettant d’optimiser la valorisation de la ration.

Dans ces études, publiées entre 2012 et 2017, le maïs fourrage constituait entre 39 et 50 % de la MS ingérée par les vaches laitières. Pour la plupart, de l’herbe ensilée ou un autre fourrage grossier était intégré à la ration. Ces différents essais permettent de renforcer le panel des situations explorées : % MS du maïs fourrage, longueur de coupe, durée de conservation…

A noter que les pratiques entre pays diffèrent fortement et impactent les modalités expérimentales. Le témoin « conventionnel » reflète ces pratiques : il est obtenu avec une longueur de coupe de 19 mm aux Etats-Unis contre 7 à 8 mm en Allemagne… la France se situant entre les deux.

Tableau 2 : Performances des vaches laitières alimentées avec des rations contenant de l'ensilage de maïs en brins longs en comparaison à du maïs « conventionnel »

Cliquez sur l'image pour l'agrandir
CSPS : corn silage processing score. (*) significativement différent au seuil de 5 %. nc : non communiqué

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Dans le cadre du projet FranceAgriMer « Eclat’maïs », piloté par ARVALIS en partenariat avec le laboratoire Germ-Services, la ferme expérimentale des Trinottières et l’INRA, deux essais de comparaison ensilages brins longs et conventionnels seront mis en place sur vaches laitières cet hiver à La Jaillière [44] et aux Trinottières [49]. Ces essais visent également à chiffrer les enjeux liés à l’éclatement du grain en ensilage conventionnel.

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