Retrait du cipc : les alternatives possibles - Interdiction du CIPC : comment gérer la transition Stockage des pommes de terre

L’après CIPC : points réglementaire et conséquences

13 juin 2022

L’utilisation du chlorprophame (CIPC) pour le contrôle de la germination des pommes de terre est interdite en France depuis le 8 août 2020. Pour éclairer au mieux les opérateurs et producteurs des conséquences de cette interdiction, voici quelques éléments réglementaires et techniques présentés sous forme de questions/réponses.

Au sommaire :
Que dit la réglementation ?
Comment dépolluer / nettoyer les bâtiments dédiés au stockage ?
• Que valent les solutions antigerminatives aujourd’hui autorisées ?
• Comment aménager son bâtiment de stockage ?

Que dit la réglementation ?

La décision de non-renouvellement du CIPC est-elle européenne ou franco-française ?

Le non-renouvellement du CIPC est une décision européenne et s’applique à tous les Etats membres. Elle est parue au Journal Officiel de l’Union Européenne le 18 juin 2019. Cette décision fait suite aux conclusions du rapport de l’EFSA (agence européenne de sécurité sanitaire) dans le cadre de la procédure de réexamen de l’inscription de la molécule au niveau européen, 10 ans après sa précédente inscription. L’EFSA avait conclu à des risques sanitaires chroniques et aigus pour le consommateur vis-à-vis de cette molécule mais surtout vis-à-vis d’un de ses principaux métabolites de dégradation, la 3-chloroaniline.

Cette décision est venue clore de très nombreux débats, au niveau européen, qui se sont notamment déroulés dans le cadre du Comité permanent des végétaux, des animaux, des denrées alimentaires et de l’alimentation animale (SCoPAFF) après la proposition de non-renouvellement de la molécule faite par la Commission l’année précédente (Décision 2018/524 du 28 mars 2018).

La filière française s’est-elle mobilisée sur le sujet ?

La filière française a largement œuvré au fur et à mesure de l’évolution du dossier depuis la parution de l’avis de l’EFSA. Elle a tout d’abord produit un rapport technique d’utilisation de la molécule en France. Ce dernier renfermait notamment les résultats du Plan de surveillance conduit par le CNIPT avec l’appui d’ARVALIS depuis la campagne 2009-2010. Par ailleurs, la filière s’est mobilisée pour demander un délai de grâce à l’utilisation, l’idée était de pouvoir terminer complètement la campagne de stockage/commercialisation 2019/2020.

Elle s’est ensuite très fortement impliquée au sein de la « Potato Value Chain »(1) (PVC) dans le cadre du monitoring des niveaux de contamination croisée susceptibles d’être observés sur des tubercules stockés dans des bâtiments précédemment traités avec du CIPC. Ceci de façon à contribuer à la fixation d’une Limite Maximale de Résidus temporaire (LMR-t) réaliste ainsi qu’à la révision annuelle de cette dernière.

(1) la Potato Value Chain rassemble toutes les filières européennes de pommes de terre, de la production (Copa-Cogeca), à la mise en marché pour le secteur frais (Europatat), pour la transformation industrielle pour la consommation humaine (ESA, EUPPA) et pour la production de fécule (Starch Europe).

Quelles sont les dates des interdiction en France et en Europe ?

Dans son texte du 17 juin 2019, la Commission européenne a fixé des dates buttoirs au retrait des autorisations de mise en marché (AMM) des spécialités contenant du CIPC (8 janvier 2020) et à l’utilisation de celles-ci par les producteurs (8 octobre 2020). Chaque état membre avait la possibilité de fixer ses propres mesures de retrait du marché. Ainsi pour la France, l’ANSES a communiqué le 11 septembre 2019 ses propositions :  

- 8 janvier 2020 : Retrait des AMM des spécialités commerciales,
- 8 avril 2020 : Fin du délai de grâce de 3 mois pour la vente et la distribution des produits formulés contenant du CIPC (reporté au 8 juillet 2020 suite à la note de l'ANSES du 16 avril 2020),
- 8 août 2020 : Fin du délai de grâce de 7 mois pour l’utilisation et le stockage des produits.

Un délai de grâce avait donc été accordé, suite à la demande de la filière française dans sa globalité, pour terminer la campagne 2019/2020.

La Belgique, par exemple, avait fait le choix du 30 juin 2020 comme date ultime d’utilisation du CIPC.

La crise du coronavirus a-t-elle affecté ces délais ?

Dans une note de l’ANSES du 16 avril 2020, le délai de commercialisation des spécialités contenant du CIPC avait été reporté au 8 juillet 2020 pour répondre au contexte exceptionnel lié à la crise du Covid-A9. Les producteurs ont donc pu s’approvisionner jusqu’à cette date pour supporter les délais de stockage prolongés qu’ils ont subis du fait du fort ralentissement de la transformation industrielle en frites depuis la fermeture de toute restauration collective. La date limite d’utilisation du CIPC n’avait toutefois pas été modifiée (8 août 2020).

J’ai entendu parler de LMR-t : de quoi s’agit-il ?

Les travaux conduits par le CTGB (Agence sanitaire des Pays-Bas), en tant qu’état membre rapporteur, et l’EFSA ont permis de fixer un niveau acceptable de résidus dans les tubercules stockés dans les bâtiments précédemment traités avec du CIPC du fait de la rémanence de la molécule. Le niveau défini constitue la teneur maximale en résidus qui est tolérée dans les tubercules pour une durée déterminée. Elle est dénommée Limite Maximale en Résidus temporaire : LMR-t. Sa valeur a été débattue au cours du printemps 2020 pour une durée d’application révisable.

Par son Règlement (UE) 2021/155, paru le 10 février 2021, la Commission européenne a fixé la LMR-t à 0,4 mg/kg. Elle est en vigueur depuis le 2 septembre 2021.

Cette LMR temporaire est régulièrement réexaminée par la Commission sur la base de données de surveillance qui doivent être fournies par la filière pour le 31 décembre de chaque année. Ainsi les organisations professionnelles et interprofessionnelles françaises et européennes ont déjà fourni des données lors de la campagne 2020/2021. Les résultats sont regroupés dans une base de données communautaire pilotée par la Potato Value Chain. Cette démarche a conduit à la proposition de la Commission de réduction de la LMR-t à 0,35 mg/kg. Cette révision devrait être votée fin septembre 2022 pour une entrée en vigueur possible au cours de la prochaine campagne de conservation 2022-2023.

Quels sont les risques encourus en cas d’utilisation du CIPC après la date de fin d’utilisation ?

Pareille application serait tout d’abord illégale d’un point de vue réglementaire. De plus, l’application du CIPC sur les tubercules de pommes de terre, quel que soit le mode d’application, entraînera le dépassement du niveau fixé pour la LMR-t, rendant ainsi impropre à la commercialisation (animale et humaine) toutes les pommes de terre stockées. Le risque individuel sur l’exploitation est donc énorme.

Par ailleurs, ce type de pratiques frauduleuses ferait également courir un risque collectif majeur pour tous les producteurs et toute la filière. Il pourrait éventuellement encourager les autorités à ne plus autoriser la moindre trace de CIPC dans les tubercules en faisant disparaître le principe de la LMR-t si elles s’apercevaient que des traitements au CIPC se poursuivaient.

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Comment dépolluer / nettoyer les bâtiments dédiés au stockage ?

Peut-on encore trouver du CIPC dans les pommes de terre, sachant que le CIPC est un produit très rémanent ?

Du fait de sa dispersion dans le bâtiment de stockage par la thermonébulisation mais aussi par la poussière chargée avec la molécule, les infrastructures des bâtiments précédemment traités sont plus ou moins polluées avec le CIPC. Cette molécule est susceptible de s’y maintenir pendant plusieurs années si aucun nettoyage performant n’est pratiqué. Une contamination croisée peut ainsi apparaître sur les tubercules stockés les années suivant l’arrêt d’utilisation de la molécule, à des niveaux plus ou moins quantifiables. L’objectif est de nettoyer au mieux les installations de stockage pour que les contaminations croisées soient les plus faibles possibles et que la teneur en résidus des tubercules ne dépasse pas la LMR-t.

Existe-il des zones plus contaminées dans les bâtiments de stockage ?

Des analyses de pollution de surfaces conduites par ARVALIS avec la collaboration de plusieurs opérateurs dans différentes installations de stockage avant nettoyage ont montré que l’ensemble des surfaces des bâtiments traités contenaient des traces de résidus. Par contre leur concentration est très différente en fonction de l’emplacement dans le bâtiment. Elle est particulièrement importante dans les zones impliquées dans la distribution d’air dans le stockage, surtout au niveau du couloir technique et des ventilateurs ou du réseau de ventilation, a fortiori si le CIPC était appliqué par thermonébulisation (voir figure ci-dessous). C'est dans ces zones très contaminées qu'il faut être très rigoureux sur le nettoyage.

Figure 1 : Distribution moyenne des résidus de CIPC à la surface des matériaux en bâtiment vrac ventilé en entretien courant (analyses ARVALIS 2019 – coll. McCain)

(Indice 100 = teneur moyenne en CIPC collectée en surface des différentes parois – ventilateurs exclus)

QUELLES SONT LES MÉTHODES DE NETTOYAGE PRéCONISéS POUR LES BÂTIMENTS ET LES éQUIPEMENTS DE STOCKAGE ?

Les recommandations générales sont de commencer par un nettoyage à sec approfondi, complété au besoin par un nettoyage par voie humide.

Des préconisations détaillées, rédigées au niveau européen, ont été communiquées en avril 2020 par la Potato Value Chain* (PVC). Elles sont regroupées dans une documentation en cinq volets.

En plus d’une lettre d’engagement introductive, la PVC propose :
- des directives de nettoyage pour chercher à obtenir la meilleure efficacité,
- une infographie facilitant la prise en compte de ces recommandations. Elle représente de manière visuelle les principes de nettoyage avec un focus sur les zones à risque où les résidus de CIPC ont pu se concentrer. 
- une liste d’auto-contrôle des opérations réalisées dans les bâtiments et sur les équipements. Cette liste est un document d’enregistrement pour que les producteurs puissent tracer leurs actions de nettoyage et les partager avec les acheteurs et transformateurs des tubercules stockés. 
- un guide visuel d’inspection. En se référant aux photos de situations réelles (avant et après nettoyage), ce guide est destiné à aider les producteurs dans leur auto-contrôle afin de vérifier si les différentes parties du bâtiment et les équipements ont été correctement nettoyés.



Cette documentation, réalisée notamment avec la collaboration d’AHDB** et d’ARVALIS - Institut du végétal, s’appuie sur les résultats de tests de nettoyage réalisés dans plusieurs pays de l'Union Européenne pour différents types de stockage. En fonction des nouvelles références qui pourraient être acquise dans ce domaine, la PVC actualisera au besoin la méthodologie de nettoyage actuellement proposée.

*La Potato Value Chain regroupe les différentes organisations européennes de la filière pomme de terre que sont Copa-Cogeca (pour la production), Europatat (Pour la mise en marché sur le frais), ESA et EUPPA (Pour la transformation industrielle destinée à la consommation humaine) et Starch Europe (pour la production de fécule).

**AHDB : Agriculture & Horticulture Development Board ‘organisation de recherche et développement britannique aujourd'hui dissoute)

Un balayage / aspiration / utilisation d’un nettoyeur haute pression est-il suffisant ?

Il s’agit des principales mesures de nettoyage mises en avant dans les directives de nettoyage proposées par la PVC. L’élimination de la terre résiduelle dans le bâtiment par balayage ou aspiration est nécessaire avant de procéder à un nettoyage approfondi du bâtiment. Ce nettoyage doit être effectué dans toutes les zones sales du stockage (sol, gaines, parois, caisses). Il est suivi par un nettoyage plus approfondi via un nettoyeur haute pression à eau chaude ou froide. A ce stade, l’utilisation d’un additif, détergent ou autre n’est pas requise. Les premiers résultats montrent la possibilité d’éliminer près de 60 % des résidus de CIPC présents à la surface des matériaux constructifs par la « simple » mise en œuvre de ces pratiques. Pour être complet le nettoyage doit être réalisé sur toutes les surfaces présentes dans le bâtiment, y compris couloir technique, batterie froide, plafond, gaines de ventilation…

Quelle procédure utilisée pour la decontamination des palox en bois ?

Elle est décrite dans les directives de nettoyage diffusées par la PVC. Elles intègrent notamment les observations obtenues sur les expérimentations françaises qui ont montré que le CIPC est principalement concentré dans les premiers millimètres de l’épaisseur du bois des palox et que celui-ci peut s’éliminer en assez grande proportion si ceux-ci sont exposés plusieurs mois à l’air libre, sous l’action des différents facteurs climatiques (figure ci-dessous).

Figure 2 : Décroissance relative de la teneur en CIPC observée dans des planches de palox maintenues à l’intérieur d’un bâtiment ou exposées aux agents climatiques dans le milieu extérieur

Un nettoyage des palox est également conseillé via un nettoyeur haute pression mais il faut alors prendre soin de bien gérer les effluents pour ne pas les disperser dans l’environnement.

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Que valent les solutions antigerminatives aujourd’hui autorisées ?

Quel produit peut être utilisé pour remplacer le CIPC ?

La stratégie pour contrôler la germination des pommes de terre en stockage repose sur une combinaison des cinq matières actives actuellement homologuées comme produits antigerminatif (l’hydrazide maléique, l’huile de menthe, l’éthylène, le 1,4 diméthylnaphtalène et l'huile d'orange par ordre chronologique d’homologation). Il convient également de souligner que le contrôle de la germination est grandement facilité par une bonne gestion de la température de stockage au niveau de la température de consigne mais aussi une bonne régulation de l’humidité du tas. La mise en œuvre d’une ventilation performante efficace au cœur du stockage est nécessaire à cette fin. Elle pourra au besoin être utilement complétée par une réfrigération d’appoint.

Quelles sont les caractéristiques des différentes solutions antigerminatives ?

Cinq solutions alternatives sont aujourd'hui homologuées en France : l’hydrazide maléique, l’huile de menthe, l’éthylène, le 1,4 diméthylnaphtalène et l'huile d'orange.

Ces solutions ne couvrent pas tous les modes d’application possibles du CIPC mais sont toutefois combinables entre elles pour parvenir au meilleur résultat selon le type de débouché, les conditions et la durée de stockage, les variétés concernées, la température de consigne…

• L’hydrazide maléique a été ré-homologué jusqu’en 2032, avec une LMR désormais relevée à 60 ppm. Deux spécialités sont disponibles en France : l’une sous forme solide (Fazor Star), l’autre sous forme liquide (Itcan). Le produit doit être appliqué au champ sur une végétation non sénescente et non stressée, en dehors d’une période de forte chaleur, lorsque 80 % des tubercules ont un calibre d’au moins 25 mm à 35 mm en fonction des types de production, en veillant à maintenir un délai d’au moins 2 à 3 semaines avant le défanage pour laisser le temps au produit de migrer dans les tubercules. Elle apparaît comme la seule solution pour les bâtiments non adaptés aux thermonébulisations ou diffusions gazeuses. Cependant, l'efficacité antigerminative dans le stockage est susceptible de varier selon les conditions d’application (temps chaud et sec) mais aussi en fonction du repos végétatif naturel de la variété et de la bonne maîtrise des conditions de conservation (température, hygrométrie). Pour les conservations de longue durée, des traitements complémentaires en cours de conservation sont nécessaires, mais à des doses le plus souvent réduites tout en diminuant le risque de germination interne. La présence de la molécule dans les tubercules au moment de la mise en stockage permet par ailleurs de procéder à un bon séchage et à la parfaite cicatrisation des tubercules avant la première application en stockage, limitant ainsi les risques de brûlures.

• L’huile essentielle de menthe (Biox M), reconnue comme produit de biocontrôle et autorisée en Agriculture biologique (AB), est appliquée par thermonébulisation ou évaporation à froid. Elle nécrose les germes déjà présents à la surface des tubercules. La fréquence d’emploi doit être adaptée à la pression germinative de l’année, une dose conséquente (60 à 90 ml/t) est préférable à l’utilisation de faibles doses thermonébulisées parfois insuffisantes pour nécroser entièrement les germes. Une intervention trop tardive peut laisser un reliquat de germe nécrosé ; c’est pourquoi, il est recommandé d’intervenir lorsque le germe est au stade point blanc. L’utilisation du système évaporatif Xedavap délivrant de petites doses très régulièrement permet de détruire les jeunes germes dès leur émission. L’huile de menthe n’est pas soumise à LMR, il est cependant conseillé d’entreposer les palox traités dans un espace aéré pendant quelques jours avant le conditionnement pour réduire l’odeur portée par les tubercules.

• L'huile essentielle d'orange (Argos), également produit de biocontrôle autorisé en AB et non soumis à LMR, s’applique par thermonébulisation directement dans le bâtiment de stockage dès l’apparition d’un démarrage de germination (20 % de tubercules au stade point blanc). Une homologation à froid existe aussi mais les équipements actuellement disponibles pour réaliser ce type d’intervention appliquent généralement des tailles de gouttelettes bien supérieures à celle d’un thermonébulisateur. Une grande vigilance est donc ici de rigueur.
La dose d’application unitaire est de 100 ml par tonne de tubercules stockés. Elle doit être régulièrement renouvelée en cours de conservation, dès que de nouveaux germes apparaissent au bout de quelques semaines, avec un délai d’au moins trois semaines entre deux traitements et un maximum de 9 applications par an. Une (ré)intervention trop tardive, sur des germes fortement développés, peut se traduire par une moindre efficacité du produit qui agit en nécrosant les tissus les plus sensibles. Ces interventions précoces par rapport au développement des germes limiteront également le marquage des tubercules au niveau des germes nécrosés. Cette molécule curative a tout intérêt à être utilisée avec une molécule préventive pour faciliter sa bonne efficacité, qu’il s’agisse de l’l’hydrazide maléique qui permet de décaler la première intervention en cours de stockage ainsi que de ralentir le développement des germes, ou du 1,4 DMN, prolongeant la dormance des tubercules. La combinaison avec l’utilisation de l’éthylène est aussi tout à fait possible.

• L’éthylène, autorisé en AB et non soumis à LMR, est diffusé sous forme gazeuse dans l’ambiance du stockage soit à partir d’une catalyse d’éthanol dans un générateur placé in situ (procédé Restrain), soit à partir de bouteilles de gaz comprimé (procédé Biofresh safestore). Le produit freine la germination et ralentit l’élongation des germes qui adhèrent peu aux tubercules. Sa concentration doit être maintenue à 10 ppm maximum dans l’ambiance du stockage après une montée progressive (procédure slow start) lorsque les tubercules sont secs. Pour éviter tout défaut de sélectivité interne et accroissement excessif de la teneur en sucres dans les tubercules, il est recommandé de maintenir la teneur en CO2 en dessous du seuil de 0,4 % durant toute la durée de conservation. Même si des premiers essais ont montré des résultats encourageants pour des variétés spécifiquement adaptées à la transformation en produits frits, une réserve existe toujours pour l’instant à l’utilisation de cette molécule pour cet usage. Seuls les tubercules des variétés Fontane et Markies apparaissent aujourd’hui stockables sous éthylène sans trop de risque de dégradation de leur aptitude à la friture.

• Le 1,4 DMN (produit Dormir commercialisé par Dormfresh depuis 2017) est thermonébulisé dans le bâtiment. Il maintient le tubercule dans un repos végétatif et doit donc être appliqué assez tôt après la rentrée des tubercules, une fois cependant que ceux-ci sont parfaitement secs et cicatrisés. Une attention toute particulière doit être apportée aux conditions d’application sur des tubercules à peau fine (type chair ferme), notamment en homogénéisant au mieux la température du tas avant traitement et en réduisant la dose d’application. Les traitements suivants doivent se faire avant l’apparition du stade point blanc, dès qu’un éclaircissement des yeux est constaté, correspondant au début de l’initiation des méristèmes germinatifs. L’attente de ce stade avant les applications suivantes permet d’optimiser la cadence et la dose totale appliquée. Les suivis commerciaux réalisés durant la saison 2018-2019 ont ainsi montré qu’une réduction de moitié au moins de la dose totale homologuée (6 applications de 20 ml/t par an) était possible. La LMR est fixée à 15 ppm avec un délai réglementaire avant commercialisation de 30 jours, en veillant à ne pas orienter des tubercules traités vers l’alimentation animale.

Puis-je utiliser différentes matières actives au cours d’une campagne ?

Les différentes molécules peuvent être appliquées au cours d’une même campagne dans le respect de la dose maximale respective à chacune. Il y a un intérêt à combiner les différents modes d’action préventifs et curatifs.

Cependant, les molécules ne sont pas applicables simultanément lors d’une même application. En effet, pour les molécules thermonébulisées ont des températures spécifiques d’application. Un non-respect de celles-ci est extrêmement dangereux pour la sécurité de l’applicateur et du bâtiment de stockage ainsi que pour les tubercules. De plus, lors d’une application d’éthylène par exemple, les sondes d’évaluation de la concentration doivent être coupées et enlevées du bâtiment pour éviter de les endommager par le produit thermonébulisé.

Les caractéristiques générales de ces produits sont reprises dans le tableau comparatif ci-dessous :
caractéristiques générales

NB : Les données de coûts sont susceptibles de plus ou moins fortes variations selon la pression germinative de l'année et la bonne gestion des conditions de conservation

Quels sont les points importants à respecter pour la thermonébulisation, technique d’application principale de ces solutions antigerminatives ?

Trois des solutions sont applicables par thermonébulisation, technique particulière qui consiste à appliquer les produits sous la forme d’un brouillard de très petites gouttelettes de quelques microns de diamètre et à le diffuser dans le stockage via la ventilation interne du bâtiment. Sans être exhaustifs, citons quelques points qui méritent d’être évoqués pour garantir efficacité et bonne sélectivité des produits :
- Le bâtiment doit disposer d’une étanchéité suffisante pour éviter les pertes de produit vers l’extérieur et au besoin un confinement du tas est recommandé si le volume stocké ne représente qu’une petite partie du bâtiment.
- Pour un tas vrac, un réseau de gaines adapté à la pomme de terre doit être en place pour distribuer le produit au cœur du tas de manière homogène grâce à une ventilation fonctionnant en circuit fermé par intermittence au cours de l’application.
- Ventiler en circuit fermé pendant les 24 h précédant le traitement pour homogénéiser la température du tas et contribuer à un état sec homogène des tubercules avant l’application.
- N’appliquer du produit que sur des tubercules parfaitement secs et cicatrisés.
- N’utiliser qu’un thermonébulisateur parfaitement nettoyé.
- Adopter la bonne température de thermonébulisation en fonction des produits de façon à ce que l’application se fasse avec un brouillard sec sans risquer une inflammation du brouillard : 180 et 190°C pour l’huile d’orange et l'huile de menthe, souvent près de 320°C pour le 1,4 DMN. Pour une application réalisée par le producteur, les appareils thermiques portatifs sont ainsi à proscrire en préférant opter pour les appareils électriques dont le réglage de la température d’application est possible.
- Porter les EPI adaptés (voir étiquettes produits et site ephy.anses.fr).
- Fermer hermétiquement le bâtiment pendant au moins 24 h après l’application en arrêtant toute ventilation et refroidissement de façon à ce que le produit puisse agir efficacement.

Les solutions aujourd'hui autorisées sont a priori plus chères, qu’en est-il réellement ?

Il existe de fortes différences de coût selon la solution antigerminative choisie mais aussi selon les paramètres adoptés pour la conservation et les contraintes de stockage et de mise en marché. Un coût indicatif des différentes solutions est précisé dans le tableau précédant. Il est généralement supérieur au coût d’utilisation antérieure du CIPC qui variait généralement entre 3 et 6 € par tonne de tubercules stockés. Les valeurs de coût données sont susceptibles variations selon la pression germinative de l'année et la bonne gestion des conditions de conservation.

A noter que les valeurs citées dans le tableau considèrent les coûts directs liés à la mise en œuvre des produits (coût produit + application) mais ne reprend pas les coûts de dépollution des bâtiments, d’adaptation des bâtiments à l’utilisation des produits (isolation, ventilation…).

J’ai entendu parler de problèmes avec l’utilisation du Dormir, qu’en est-il ?

Lors du lancement du produit par Dormfresh en 2018, des soucis de sélectivité ont, ponctuellement, été observés en France sur des tubercules de type chair ferme dans quelques bâtiments réfrigérés. Les conditions d’application semblent avoir été à l’origine de ces problèmes. La société les a donc adaptées en insistant notamment sur la nécessité d’avoir des tubercules secs, d’une bonne homogénéité de température dans le stockage grâce à la mise en œuvre d’un brassage interne durant les 24 heures précédant le traitement, du choix d’une température de thermonébulisation élevée pour disposer d’un brouillard sec et de l’adoption d’une dose réduite pour au moins la première application sur ces variétés à peau fine.

Le mode d’emploi de ce produit préconisé par la firme est disponible en ligne et aisément accessible en téléchargement en flashant le QR code imprimé sur les emballages ou en cliquant sur le lien suivant : https://www.dormfresh.co.uk/sites/dormfresh/files/technical-datasheet/DormFresh-Tech-Manual-Feb-2021-FRENCH.pdf.

Quels sont les critères techniques à respecter si je veux conserver mes pommes de terre le plus longtemps possible sans utiliser un antigerminatif ?

Pour stocker longtemps des tubercules de pommes de terre sans traitement antigerminatif, il est préférable d’opter d’une part pour des variétés à long repos végétatif. D’autre part, il faut disposer d’un système de ventilation / réfrigération performant de façon à stocker de manière continue à une température de consigne la plus basse possible en adéquation avec les objectifs qualitatifs du débouché visé (sucrage de basse température).

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Comment aménager son bâtiment de stockage ?

Mon bâtiment n’est a priori pas adapté à l’utilisation des produits homologués en cours de stockage ? Que faire ?

En cas de bâtiment insuffisamment étanche ou ne disposant pas d’une ventilation adaptée pour une bonne distribution d’air au sein du stockage, il est toujours possible d’appliquer de l’hydrazide maléique en cours de végétation de façon à assurer un contrôle de la germination durant les premiers mois de conservation. La rémanence antigerminative sera cependant fonction du repos végétatif de la variété et de la bonne maitrise de la température des tubercules stockés.

Pour utiliser les solutions antigerminatives applicables en cours de conservation, il faut renforcer l’étanchéité du bâtiment par la pose par exemple d’un complément d’isolation en parois ou en toiture. Des cloisons amovibles peuvent être posée dans le bâtiment pour séparer l’aire de stockage du reste du bâtiment. La distribution du produit au sein d’un tas vrac nécessite un réseau de gaines adapté mais qui peut être alimenté par des ventilateurs posés dans l’enceinte du stockage. En cas de stockage en caisses-palettes, un dispositif de brasage d’air interne doit être installé.

Compte tenu de la diversité possible des installations, il est préférable de se rapprocher du service bâtiment de la Chambre d’Agriculture pour un conseil adapté à la meilleure solution choisir. Certains techniciens de la région Hauts-de-France ont été formés pour procéder à des diagnostics d'étanchéité des installations de stockage et accompagner les producteurs.

J’ai répondu à une enquête stockage diffusée par l’UNPT, les chambres, etc. A quoi cela a-t-il servi ?

L’enquête a été dépouillée courant septembre 2019. Elle a permis de déterminer les besoins en amélioration des installations à mettre en œuvre pour mettre en adéquation le parc de bâtiments de stockage des différentes régions aux nouvelles obligations de configuration liées au retrait du CIPC (étanchéité, ventilation…). Les données recueillies ont permis d’argumenter auprès des instances nationales et régionales pour chercher à allouer d’éventuels financements à un plan de rénovation/construction de nouvelles installations de stockage. 

Y a-t-il des aides à l’adaptation des bâtiments ?

Des aides spécifiques ont été lancées en 2021 et 2022 dans différentes régions pour l’aménagement des bâtiments de stockage de pomme de terre, en lien le plus souvent avec l’amélioration de leur performance énergétique, dans le cadre des aides FEADER. Un appui financier est ainsi le plus souvent susceptible d’être envisagé pour des aménagements liés à l’isolation des bâtiments et leur ventilation. Cependant, celui-ci est régulièrement lié à des appels à projet qui intègrent différents critères d’éligibilité, variables entre les régions. Pour des renseignements plus précis, il est préférable de se rapprocher du Service bâtiment de la Chambre d’Agriculture. A noter également que des aides sont également possibles pour les investissements visant à développer les productions destinées à l’Agriculture Biologique.

J’ai des questions techniques : vers qui me diriger en termes d’accompagnement (ARVALIS, chambres…) ?

Compte tenu de la diversité possible des configurations des bâtiments de stockage, il est préférable de rechercher dans un premier temps un service disponible au plus près des installations. Le service bâtiment de la Chambre d’Agriculture apparaît ainsi comme un contact initial à privilégier. Après une prise en considération des besoins d’adaptation nécessaires, il pourra le plus souvent aiguiller vers les aides financières gérées au niveau régional. Les équipes d’ARVALIS restent bien entendu disponibles pour toute information complémentaire.

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