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Retours de l’enquête orge de printemps Retours d’analyses

Jaunissements foliaires des céréales : des pistes se dégagent mais le doute persiste

01 juillet 2020

Les résultats des analyses virologiques effectuées sur les parcelles de céréales présentant des symptômes foliaires inhabituels attestent de la présence quasiment systématique de virus. Mais cette présence généralisée interroge. Est-ce la seule cause ? Quelles seront les conséquences sur les rendements ?

Le mois dernier, nous faisions un état des lieux sur les symptômes foliaires inhabituels qui apparaissaient sur céréales : essentiellement sur les orges de printemps, et plus ponctuellement sur des blés, d’hiver ou de printemps.

S’il s’agissait globalement de jaunissements de feuilles supérieures, deux situations distinctes ont été identifiées : un phénomène localisé en Auvergne sur du blé tendre d’hiver, et un phénomène généralisé sur orges de printemps, pratiquement dans tous les bassins de production, avec jusqu’à 100 % des parcelles concernées.

Des virus détectés

Toutes les analyses virologiques ont souligné la présence de virus :

- Sur blé tendre d’hiver, en Auvergne : le virus de la mosaïque des stries du blé, véhiculé par un acarien, et celui de la Jaunisse Nanisante de l’Orge, détecté dans les mêmes parcelles (15 cas positifs BYDV sur 15 parcelles).

- Sur orges de printemps, un peu partout en France : des virus de la JNO ont été détectés dans 100 % des parcelles présentant des symptômes et ayant fait l’objet de prélèvements pour analyses (45 parcelles d’orge de printemps). Dans certaines situations, les symptômes ne laissaient pas de place au doute. Dans d’autres secteurs, notamment dans le Centre et dans l’Est (Bourgogne, Champagne-Ardenne), l’absence de moutonnement et la répartition des symptômes (homogènes et dispersés, à la différence des foyers habituellement observés sur cultures d’hiver) laissent planer le doute sur l’existence d’autres causes, pas encore identifiées.

Si toutes les parcelles d'orges présentant des symptômes ont été testées positives à la JNO, cela ne signifie pas que toutes les plantes d’une parcelle sont positives ; et à l’inverse, certaines plantes asymptomatiques au sein d’une parcelle pouvaient contenir le virus. Les analyses conduites sur 31 échantillons appariés (plantes avec symptômes d’une part, plantes sans symptômes d’autre part, issues de la même parcelle) indiquent la détection de virus sur 25 prélèvements d’orges sans symptômes, avec quand même pour 8 d’entre eux une détection moins soutenue. Seuls 20 % des orges sans symptôme étaient indemnes de virus de la JNO (figure 1).

Pour ces raisons, des analyses plus détaillées vont être poursuivies dans les laboratoires pour mieux caractériser la situation : la quantité de particules virales dans les plantes, la répartition entre les organes, la recherche d’autres virus ou pathogènes éventuels.

Il est important tout de même de souligner que la présence de symptômes visibles de JNO sur céréales de printemps est un phénomène rare, ponctuellement observé certaines années (en 2016 par exemple). Il n’existe donc pas de référentiel pour comparer la situation de ce printemps à des campagnes précédentes.

Figure 1 : Détection de virus de la JNO
A gauche : orges de printemps, 31 prélèvements appariés (différentes régions, 13 en Champagne-Ardenne : 2 ARVALIS et 11 Vivescia)
A droite : blé tendre hiver, 17 prélèvements appariés (15 en Auvergne)

Un scénario climatique printanier particulier…

Il faut rappeler la particularité de la séquence climatique de ce printemps, avec une alternance de conditions potentiellement stressantes (fortes amplitudes thermiques, absence de pluie, rayonnements élevés, fortes températures ponctuellement), et répandues sur la quasi-totalité du territoire. De tels scénarios peuvent générer des perturbations dans le fonctionnement de la plante, en particulier celui de la photosynthèse. C’est ce qu’on appelle le plus souvent des « stress oxydatifs » : l'énergie chimique générée par la chlorophylle via l’énergie lumineuse ne peut être efficacement utilisée et dissipée par les étapes suivantes de la photosynthèse. Celles-ci sont ralenties par le stress hydrique et les faibles températures matinales. Cette énergie chimique devient alors toxique pour la feuille elle-même. Ainsi apparaissent des nécroses foliaires, sur les parties les plus exposées de la plante : les extrémités et/ou les courbures des feuilles supérieures.

Cependant, si les conditions climatiques de ce mois d’avril 2020 sont remarquables, elles ne sont pas inédites non plus. Elles s’avèrent très similaires aux relevés des mois d’avril 2011 et 2007. Ce qui est plus rare, c'est qu'elles interviennent sur des cultures d’orge peu développées ! en effet, environ 50 % des orges de printemps ont été semées cette année au cours de la seconde moitié de mars. Ces cultures étaient donc très peu avancées (et donc enracinées) : levée/tallage voire début de montaison lors des extrêmes climatiques d’avril.

… qui fait suite à un hiver tout aussi particulier

Si avril 2020 a été remarquable par son caractère quasi-estival, il ne faut pas oublier que l’hiver 2019-2020 se démarque également par son humidité et sa douceur extrêmes : cela signifie des sols gorgés d’eau, y compris lors des préparations pour les semis, et une persistance de populations de pucerons dans les céréales d’hiver, les CIPAN et tous les autres couverts aptes à les abriter. Ainsi, il n’est pas totalement surprenant d’être confronté à une telle abondance d’insectes dès le début du printemps.

Phénomène climatique ou JNO, ou les deux…

La présence du virus de la JNO dans une plante affecte notamment sa vascularisation : les canaux du xylème (sève « brute », ascendante) et du phloème (sève « élaborée », descendante) sont partiellement obstrués. Il s’ensuit une signalisation déficiente au sein de la plante, et une altération de la photosynthèse en générant des stress oxydatifs… comme les fortes fluctuations climatiques mentionnées plus tôt. Il est donc tout à fait possible que les jaunissements observés sur feuilles soient bel et bien le résultat d’une coïncidence entre deux évènements stressants : la présence initiale du virus dans les plantes (virus inoculé par les pucerons présents et actifs dans les parcelles, et peu contrôlés par des interventions insecticides mal positionnées), qui engendre une prédisposition accrue aux stress climatiques et notamment aux stress oxydatifs visibles sur feuilles, révélée à grande échelle fin avril et courant mai suite à une période climatique extrême.

Les composantes du « scénario 2020 » seront difficiles à évaluer

Aujourd’hui, les conséquences de ces jaunissements sont difficiles à évaluer sur la récolte 2020. Les symptômes très impressionnants sur le feuillage ont été partiellement ou totalement estompés par la sortie des épis, qui ne présentent pas de tels jaunissements.

De plus, les retours de pluie du mois de mai et début juin peuvent avoir permis aux plantes d’assurer une montée à épi finalement satisfaisante et inespérée il y a un mois. Donc, comme en céréales d’hiver, peut-être observerons-nous des écarts de rendement finaux très importants entre parcelles.

La séparation des facteurs sera également très difficile :
- les semis tardifs d’abord, associés à des préparations de sol précipitées, ont décalé le cycle des cultures vers des périodes plus chaudes et sèches ;
- la présence à très grande échelle et à forte fréquence de parcelles « jaunies » n’autorisera pas de comparaisons pairées « avec/sans symptômes » ;
- le contrôle des populations de pucerons s’est avéré compliqué (peu de pucerons visibles en fin d’automne, incertitude sur leur dynamique en sortie d’hiver, recours à des traitements en végétation à la place des traitements de semences historiques) et peu de parcelles peuvent servir de témoins indemnes ;
- les retours de pluie en mai et juin ont ponctuellement permis des rattrapages, soit par une bonne montée à épi, soit par de bonnes fertilités épis et/ou de bons PMG ;
- il est avéré que des plantes peuvent être asymptomatiques malgré la présence de virus. Les différences variétales observées se sont plutôt traduites par des gradients de symptômes, non par des réponses binaires de type présence/absence de symptômes.

Des investigations supplémentaires sont donc nécessaires pour aboutir à un diagnostic final qui puisse expliquer tous ces symptômes très particuliers. Seul une analyse fine nous permettra de savoir d’une part quelle aura été la nuisibilité de ces jaunissements, et surtout quelles devront être les stratégies futures de conduite des orges de printemps.

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4 commentaires 16 octobre 2020 par DOUREL

Je partage pleinement la position de david

03 juillet 2020 par TESSIER

L'impact des pluies sur le tassement des sols n'est sans doute pas sans conséquence. Je crois également que la reprise des sols par le labour (et sans doute même la décompaction) après les moissons sera une opération difficile..

03 juillet 2020 par NIVET

Ce qui est remarquable également cette campagne c’est la présence de JNO sur toutes les régions françaises avec des populations de pucerons malgré tout peu visibles sur plantes jeunes! C’est la nuisibilité de la charge virale injectée qui semble avoir beaucoup joué.Des semis précoces semblent parfois en blé moins impactés que les plus tardifs! Conduite de la campagne 21 bien compliquée!!! P.V. Nivet 16

03 juillet 2020 par DAVID

vivement le retour du Gaucho

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