En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies pour vous proposer des contenus adaptés à votre région et réaliser des statistiques.

En savoir plus
Un homme tourne la vanne pour alimenter un canon à eau et irriguer le blé à montaison en Occitanie fin mars 2021 Messagerie Ouest Occitanie

Irrigation des céréales : doit-on commencer à arroser ?

01 avril 2021

Après un hiver marqué par de fortes pluies, notre région est exposée à une sécheresse importante depuis un mois. Ce qui pose question sur le déclenchement des irrigations. Le point sur la situation.

Entre 15 et 40 mm de pluie en cinq semaines

La pluviométrie cumulée est inférieure à 20 mm dans une partie du Gers, du Tarn-et-Garonne et de la Haute-Garonne. Le reste de la région a reçu entre 20 et 40 mm en un mois.

Carte 1 : Pluviométrie (en mm) du 15 février au 23 mars 2021

Point stades

Les céréales ont atteint le stade montaison. Les parcelles les plus avancées sont à 2 nœuds. Les enracinements sont généralement bons pour les semis d’octobre. Les semis de fin novembre sont ceux qui sont les plus superficiels, ayant eu moins de temps pour se développer et des conditions humides en décembre et janvier qui n’ont pas favorisé la descente des racines.

Tableau 1 : Prévisions de stades du blé tendre dans différents secteurs de la région

Tableau 2 : Prévisions de stades du blé dur dans différents secteurs de la région


Photos 1 et 2 : blés tendres en montaison à Montaut-les-Créneaux (32)

L’état hydrique des sols

Les dernières pluies conséquentes datent de mi-février. Les réserves hydriques sont encore remplies pour les sols profonds mais sont atteintes pour les sols plus superficiels. La situation actuelle est préoccupante pour tous les sols superficiels. Les pluies de début mars n’ont pas dépassé 40 mm selon les secteurs.

Compte tenu des besoins croissants des cultures, ces apports d’eau sont vite consommés et les sols s’assèchent rapidement. Un blé en montaison consomme environ 3 mm par jour (soit plus de 20 mm par semaine).

Figures 1 à 4 : Réserves hydriques pour un blé semé au 30 octobre sur différents types de sols – bilans réalisés avec l’outil IRRE-LIS®

En Crambade (31) - Alluvions argilo-calcaires profonds - Réserve utile de 170 mm

Montans (81) - Boulbènes profondes - Réserve utile de 120 mm

Fleurance (32) - Boulbènes superficielles - Réserve utile de 105 mm

Riscle (32) - Limons argileux - Réserve utile de 100 mm

Quel impact du climat actuel sur les céréales ?

En situation de stress hydrique, la plante met en place des mécanismes d'adaptation pour rééquilibrer son statut hydrique, aux dépens d'une fraction de son métabolisme. Suivant l'intensité et la durée du déficit hydrique, la croissance de la plante sera plus ou moins affectée.

La demande climatique, communément appelée évapotranspiration potentielle (ETP), engendre une perte d’eau au niveau des stomates. En l’absence d’une ressource en eau suffisante et accessible aux racines de la plante, celle-ci perd une partie de son eau interne et le potentiel hydrique des cellules s’abaisse. Les conséquences sont multiples mais la principale d’entre elles est une réduction de la photosynthèse. Elle se traduit par :
• Une réduction de l’expansion cellulaire
• Une réduction de l’afflux de CO2
• Un détournement des nutriments destinés aux organes en croissance
• Une élévation de la température des tissus végétaux

Comme dit plus haut, un blé à montaison consomme environ 3 mm d’eau par jour. Tant que la demande évaporative reste modérée (températures fraîches, pas trop d’ensoleillement, ni de vent), le stress ressenti par les cultures n’engendre pas de gros accidents, seulement une réduction progressive du métabolisme. L’arrivée d’une période chaude, même courte (3-4 jours), pourrait en revanche avoir des conséquences beaucoup plus néfastes sur la croissance et le développement des céréales.

Et sur les rendements futurs ?

Le blé tendre présente de multiples capacités de compensation à travers les composantes de rendement successives, ce qui lui confère une bonne résistance au stress hydrique. Le blé dur est moins performant. En effet, une perte de talles pendant la montaison sera moins tamponnée par la fertilité-épi que pour le blé tendre ; cependant, les variétés récentes, comme Anvergur, possèdent des capacités de fertilité d’épis importantes, ce qui leur permet plus de souplesse. Dans certains contextes, le stress hydrique courant montaison peut favoriser l’installation de la fusariose du plateau de tallage, pouvant conduire à un échaudage important en cas de déficit hydrique pendant le remplissage des grains.

Au cours de la montaison, la taille et la qualité de l’appareil photosynthétique qui alimentera la plante sont conditionnées, de même que certaines composantes de rendement : le nombre d’épis par plante, le nombre d’épillets par épi et le nombre de fleurs fécondées par épillet.

Un déficit hydrique prolongé se traduit par une réduction du métabolisme de la plante, pénalisant pour la photosynthèse totale. Il affecte le nombre de grain par m² s'il intervient durant la phase de montaison.

Cependant, en début de montaison, les niveaux de croissance et de composantes de rendement sont souvent excédentaires. Aussi, un stress hydrique durant cette phase n’aura pas ou peu d’impact sur le rendement final si la surface foliaire et la densité d’épis sont maintenues à des niveaux satisfaisants par la suite (pluviométrie ou irrigation). En revanche, le stress hydrique est beaucoup plus préjudiciable à la culture s’il intervient pendant la seconde partie de la montaison, de 2 nœuds à floraison. Il affecte le peuplement et la fertilité des épis.

Côté fertilisation azotée

Quelle dose apporter ?

Différents cas de figures se présentent aujourd’hui selon les dates d’apports d’azote déjà réalisés.

• Les apports réalisés avant le 25 février sont aujourd’hui totalement valorisés par la plante.

→ La plante est le plus souvent encore alimentée.

• Concernant les apports réalisés après le 25 février, selon les secteurs, le cumul des pluies depuis cette date ne permet pas leur valorisation complète. Pour une bonne valorisation, il faut environ 15 mm de pluie dans les 15 jours suivants le passage.

Une partie a été perdue par volatilisation et/ou par réorganisation dans le sol, avec une différence selon la forme utilisée et l’état d’humidité du sol au moment de l’apport.

→ Si cela correspond à la totalité de l’apport montaison, alors il faudra veiller à bien piloter le dernier apport pour ajuster la dose nécessaire.

→ Si cela correspond au premier passage de l’encadrement de l’apport épi 1 cm, alors il faudra solder la dose dès le retour de conditions favorables.

Quelle forme d’azote choisir ?

En l'absence de pluies significatives, les engrais azotés apportés à la culture ne sont pas dissous et donc, non assimilables par la plante. Une carence peut alors affecter les céréales à paille si l'azote n'est pas absorbé dans les 15 jours après l'apport. Dans cette situation, une irrigation précoce s'avère très productive.

Dans certains contextes climatiques, la sécheresse peut avoir des répercussions sur l’alimentation azotée. Dans les situations à faible fourniture du sol en azote, et en l’absence de pluie pendant plus de 15 jours après l’apport d’azote réalisé avant le stade épi 1 cm, la culture est affectée par la carence azotée. Des essais conduits sous les abris mobiles du Magneraud (17) ont montré que la perte de rendement liée à un retard d’absorption de 23 jours de l’azote apporté au stade épi 1 cm allait de 8 à 15 q/ha selon la forme d’engrais utilisée. Dans les sols à faible réserve en eau - qui sont aussi des sols à faible fourniture d’azote -, la carence azotée se produit en même temps que le stress hydrique et les effets du manque d’eau et d’azote se cumulent. La productivité de l’irrigation peut alors dépasser 3 q/ha pour 10 mm alors qu’elle se situe autour de 1,5 à 2 q/ha en cas de stress hydrique seul.

Figure 5 : Efficacité des différentes formes d’engrais azotés selon le type de climat

Des symptômes de maladies foliaires ?

L’inoculum est présent depuis la fin de l’hiver en septoriose et rouille jaune. L’absence de pluie permet aux plantes de croître sans contamination sur les nouvelles feuilles. Les températures fraîches de mi-mars ont limité l’inoculum présent.

Certaines parcelles ont toutefois des symptômes de rouille jaune sur variétés sensibles (ex : Tiepolo). A partir du stade montaison, ces parcelles doivent être traitées contre cette maladie explosive.

Il n’y a aucun traitement fongicide à prévoir avant un retour des pluies, excepté en cas de rouille jaune.

Pour en savoir plus, consultez le Baromètre Maladies Blé tendre.

Faut-il irriguer ?

Pour les agriculteurs ayant accès à l’irrigation, même si des pluies conséquentes revenaient vers le 10 avril, il est recommandé d’arroser en situations superficielles.

Evidemment, l’azote devra être apporté juste avant si cela n’a pas été fait.

Si l’année continue dans la sécheresse, il faudra jusqu’à 4 irrigations pour obtenir la meilleure rentabilité. Commencer à irriguer puis arrêter lors du remplissage du grain (en mai) donne de mauvais résultats.

Si une seule irrigation est envisagée, le positionnement le plus efficace sera à 2 nœuds.

Les deux autres stades optimaux pour positionner l’irrigation sont dernière feuille pointante (mise en place des composantes fertilité-épi et taille de l’enveloppe du grain) et début remplissage (mise en place de la composante poids de mille grains).

Réagissez !

Merci de vous identifier pour commenter cet article

aucun commentaire pour l'instant

  • ARVALIS - Institut du végétal
    • 3, rue Joseph et Marie Hackin
      75016 PARIS
      Tél : + 33 (0)1 44 31 10 00
      Fax : + 33 (0)1 44 31 10 10