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Introduire de la luzerne pour améliorer l’autonomie en protéines du troupeau Systèmes fourragers

Introduire de la luzerne pour gagner en autonomie protéique

06 décembre 2018

ARVALIS a simulé l’impact de l’introduction de la luzerne dans une ferme-type de polyculture-élevage des Pays de la Loire. L’exploitation améliore nettement son indépendance vis-à-vis des concentrés protéiques, mais le bilan économique reste assez neutre.

Pour contrer l’effet de la tendance haussière et volatile du cours des matières premières riches en protéines, certains éleveurs s’orientent vers la production de fourrages riches en protéines. Cette stratégie est également mise en œuvre afin de répondre à la demande croissante de produits laitiers non OGM.

La luzerne, réputée plus productive et plus résiliente face aux aléas climatiques que les autres espèces prairiales, fait office de candidate « idéale ». Elle n’en reste pas moins exigeante sur le plan agronomique et du temps de récolte.

Une ferme-type de 175 ha et 121 vaches laitières

Afin d’évaluer les impacts techniques et économiques de l’introduction de la luzerne dans les exploitations, ARVALIS a réalisé des simulations sur un modèle de ferme-type de la région Pays de la Loire, en agriculture conventionnelle. L’exploitation « virtuelle » comprend 75 ha dédiés aux céréales et oléagineux, 47 ha au maïs fourrage (11 t MS/ha), 53 ha de prairies, 121 vaches laitières (1 million de litres de lait vendu), et 3,5 UTA dont 1 UTA salariée. Dans la simulation, les opérations de pressage-enrubannage de la luzerne ont été externalisées pour maintenir une charge de travail constante. La budgétisation intègre l’ensemble des moyens de production.

Les simulations ont été réalisées pour sept contextes économiques réels de campagnes laitières (de 2009/10 à 2015/16).

Des changements techniques profonds

La ferme modèle est autonome en fourrage. La complémentation énergétique est réalisée avec du blé autoproduit. La luzerne est intégrée dans les rotations pour quatre ans (10 t MS récoltées/ha). Pour maintenir les performances laitières, elle est incorporée dans les rations d'hiver à hauteur de 4 kg MS/VL/j (sous forme enrubannée ou de foin), en remplacement partiel des concentrés protéiques et du maïs ensilage.

L’introduction de la luzerne modifie profondément les rotations et les assolements. Pour une surface de luzerne de 10 ha, les surfaces en céréales et oléagineux se maintiennent alors que le maïs fourrage diminue de 11 ha. Les surfaces concernées par l’alternance des cultures d’hiver et de printemps passent de 45 ha à 24 ha, ce qui assure une meilleure couverture hivernale des sols.

La production de luzerne diminue le recours aux tourteaux de colza et de soja, respectivement de 9 et 20 tonnes, soit des baisses de 19 et 31 %. Cependant, pour compenser le déficit énergétique de la luzerne, 58 tonnes supplémentaires de blé sont autoconsommées - une hausse équivalant à près de 8 ha. La luzerne ne nécessitant pas d'apports azotés, les besoins en azote diminuent de 1 538 unités par an à l’échelle du système. Enfin l'exploitation enregistre une faible baisse d’utilisation de produits phytosanitaires : l’indice de fréquence de traitement (IFT) moyen passe de 2,05 à 1,97 dans le scénario avec luzerne.

Un bilan économique mitigé

La luzerne remplaçant en partie le maïs ensilage et les concentrés protéiques achetés, l’autonomie en concentrés est améliorée, passant de 40 à 61 % pour la matière sèche et de 15 à 30 % pour la MAT (figure 1). Malgré une baisse systématique du prix de revient du lait (-2 à -6 €/1000 l), l’amélioration de l’autonomie n’est pas accompagnée d’un résultat économique nettement supérieur. Le revenu disponible moyen augmente seulement de 1,3 % (soit + 939 €/an) sur les campagnes de prix réels étudiées. A noter qu'aucune "prime" ou compensation de prix en réponse à un éventuel cahier des charges non-OGM n'a été prise en compte.

Figure 1 : Niveaux d'autonomie en concentrés de la ferme-type, avec ou sans luzerne

En moyenne sur les 7 campagnes, le scénario avec luzerne génère un produit issu de la vente des céréales en baisse de 5 600 euros par rapport au scénario sans luzerne (figure 2). L’introduction de luzerne entraîne par ailleurs une faible augmentation des dépenses de travaux pour tiers et de carburant en lien avec les opérations de récolte de la luzerne. D’un autre côté, les achats d’aliments (tourteaux) voient leur niveau baisser de manière significative (- 10 700 €). Dans une moindre mesure, les dépenses liées à la fertilisation et aux amendements enregistrent une légère baisse de 650 €.

Figure 2 : Variation moyenne des principaux postes de produits et charges de la ferme support avec luzerne par rapport à la ferme sans luzerne

Un intérêt renforcé si le ratio de prix entre les concentrés et le blé augmente

L’intérêt économique de la luzerne est d’autant plus fort que son rendement est proche ou supérieur à celui du maïs fourrage. Dans cette étude, le ratio des rendements est égal à 0,91. Mais si le rendement de la luzerne est supérieur à celui du maïs, l’intensification de la surface fourragère dégage des surfaces pour les cultures de ventes et améliore donc le résultat économique.

Toutefois, le meilleur indicateur de la rentabilité de l’introduction de luzerne semble être le ratio entre le prix des concentrés protéiques et le prix du blé (non vendu). Plus ce ratio est élevé, plus l’introduction de la luzerne est économiquement performante. Dans cette étude, les ratios les plus élevés (2,8, 2,7 et 2,6) se rencontrent respectivement lors des campagnes 2009-10, 2014-15 et 2015-16 (tableau 1).

Enfin, l’éloignement des parcelles, non étudié ici, est à prendre en compte. Récoltée en quatre coupes, la luzerne requiert de 12 à 20 opérations par parcelle, hors implantation et transport des récoltes. Le temps et les coûts des déplacements grèvent le bilan économique.

Tableau 1 : Résultats économiques de la ferme-type étudiée, avec ou sans luzerne, selon différents contextes économiques

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3 commentaires 09 décembre 2018 par DAGOUNEAU

Nous avons réalisés le même travail pour une exploitation bovin viande et nous en tirons les mêmes conclusions.

07 décembre 2018 par Uijttewaal

Bonjour. Merci pour votre commentaire. Vous avez raison de pointer le lien entre le rendement à récolter et le coût de chaque mode de récolte. Dans les simulations, la 1ère et 4ème coupe étaient enrubannées alors que la 2nde et la 3ème étaient conduites en foin. L’enrubannage a été choisi en raison de la « faible » surface à conduire (10ha) qui est le seuil à partir duquel la question du choix entre ensilage et enrubannage se pose (outre la cohérence avec le système de distribution). Pour des rendements supérieurs à 2tMS/ha, l’ensilage coûte effectivement moins cher que l’enrubannage.

07 décembre 2018 par CAILLEAU

récoltée avec une ensileuse ou autochargeuse coute moins cher que l ' enrubannage et est plus rapide les cout sont très élevés pour les 3éme coupe et suivante avec des tonnage faibles qui se font souvent juste pour récolter quelque bottes en foin ou enrubannage dans notre contexte pédo climatique il faut ou faudrait pouvoir faucher en grande largeur sans conditionneur (6 a 11 m) le stade de récolte et la qualité de conservation sont primordiale